vendredi 30 décembre 2011

Sayouba Traoré : Belle en savane

Il s’agit d’une seconde découverte pour moi, en lisant le nouveau roman de l’auteur burkinabé paru chez Vents d’ailleurs, Belle en savane. Il y a deux ans déjà je chroniquais L’héritier. Texte fort qui reposait sur le même terreau que cette nouvelle parution. Un jeune couple africain vit dans une parcelle familiale dans ce qui pourrait être défini comme le clan du mari. Sita, la jeune femme est belle, mais elle n’est pas l’élue voulue par le clan familial. Elle a elle-même refusé Karfougo, un bon parti, travailleur et amoureux, accessoirement cousin.



Sita tient son foyer. Elle a deux filles. Elle tombe soudainement malade. Elle reçoit le soutien de la famille de son mari jusqu’à ce qu’on apprenne qu’elle a la maladie que l’on ne nomme pas.


Sayouba Traoré brosse toute une série de réactions qui suivent l’annonce d’un verdict : une femme atteinte du sida. Dans son style incantatoire, fait de phrases souvent courtes, qui dans ce livre plaira ou pas selon l’humeur du lecteur, l’écrivain sahélien aborde un sujet tabou en littérature africaine : le sida vu et subi par les femmes. Un narrateur observateur raconte la répudiation de Sita, sa mise au ban de la société et son combat pour faire face avec dignité à l'adversité, la rumeur et au mépris.


L’auteur souligne avec force la violence de ces sociétés patriarcales qui excluent sans ménagement femme et enfants, porteurs du VIH, qui jettent l’opprobre sur une famille, le tout sans questionner le mâle, qui souvent est le véritable vecteur de la maladie. La charge de Sayouba Traoré est lourde et significative, surtout quand on la met en parallèle avec son roman précédent où un jeune homme chômeur se prostituait pour nourrir son clan. D’ailleurs, je me pose un peu la question de savoir pourquoi Belle en savane n’est pas la suite de L’héritier, avec les mêmes personnages. L’issue du roman donne quelques indices et une volonté du romancier de mettre de l’eau dans son vin.


Le reproche qui peut être fait après lecture est à la fois la question du style de Sayouba Traoré qui avait fait la force de L’héritier et celle de la sensation d’inachevé que l’on perçoit sur plusieurs séquences de cette narration, sur la critique de certains archaïsmes des rapports sociaux. Et une densité qui manque un peu sur le personnage de Sita, en particulier dans son rapport à la maladie. La réintégration dans le milieu social semble trop simple. C’est un point de vue. On retrouve par contre le sens du proverbe d’un homme qui semble en savoir beaucoup que ce qu’il nous propose.


Bonne lecture,


Sayouba Traoré, Belle en savane
Editions Vents d’ailleurs, 1ère parution en 2011, 144 pages
Vous pouvez écouter Sayouba Traoré sur RFI

vendredi 23 décembre 2011

Djibril Tamsir Niane : Soundjata ou l'épopée mandingue

Je participe depuis quelques temps à de sympathiques joutes verbales autour de romans traitant du monde africain, intramuros mais aussi de la diaspora africaine. Ces rencontres ont lieu du côté du 18ème arrondissement de Paris, au restaurant franco-réunionnais Le Loyo, le dernier mardi du mois. Lors d’une de ces palabres joyeuses, il fût question du traitement des grandes épopées africaines et Aurore, une lectrice hors pair nous présenta le texte de Djibril Tamsir Niane, Soundjata ou l’épopée mandingue. Vous rajoutez à cela ma lecture récente d’Al Capone le Malien du togolais Sami Tchak et vous trouverez deux raisons qui m’ont poussé à lire en priorité ce texte important de la littérature africaine.

Djibril Tamsir Niane, intellectuel guinéen est parti à la source de la tradition orale auprès du griot Mamadou Kouyaté pour retranscrire et rendre universel l’épopée de Mari Djata, l’homme aux deux noms, fils du Lion et du Buffle. Le récit transmis par le griot raconte l’histoire de la naissance du futur roi du Manding, son enfance, son bannissement avec sa mère, ses frères et sœurs, ses pérégrinations dans les grandes cours royales de l’Afrique de l’Ouest du 13ème siècle et la reconquête de son royaume sous l’emprise du terrible Soumaoro, le roi sorcier de l’Empire Sosso.

C’est un texte intéressant, riche d’enseignement reprenant le discours du griot et plongeant le lecteur dans un univers fascinant dont on a finalement peu de traces. Le schéma est assez classique au niveau de la construction de Soungolo Djata dont les oracles ont annoncé le grand règne. Il forge sa personnalité à partir des adversités qui jonchent son parcours avec la ressource pour réagir et avoir le sens du dépassement de ceux pour qui la vie n’a pas été un long fleuve tranquille. En cela le parcours de Soundjata Keïta tel que raconté par la tradition orale ne présente pas une spécificité africaine.

Ce qui m’a interpelé, c’est la référence et la comparaison faite par la tradition orale avec Djoulou Kara Naïna, un autre très grand conquérant qui n’est autre qu’Alexandre le grand, roi de Macédoine. On sous-estime les échanges que l’Afrique noire a eus au Moyen-âge avec le monde moyen-oriental et occidental. Cela d’ailleurs allait à l’encontre des théories impérialistes et colonialistes de concevoir de telles interactions, durant cette période. Dans le cadre de la tradition orale que l’auteur guinéen retranscrit, l’expansion de Soundjata Keïta est à mettre en parallèle avec celle des plus grands conquérants de l’époque.

Un autre aspect non négligeable qui résulte des échanges entre l’auteur et le griot, est ce regard méprisant que les tenants de la tradition orale malinké porte sur l’écrit. Elle explique également une forme de rétention des données car le griot, verbe du puissant, du monarque, du notable ne peut pas tout livrer. Certaines informations relèvent de la confidentialité, des cercles d’initiés. Tournure dont s’affranchit l’écrit sous son format actuel.

Les griots connaissent l'histoire des rois et des royaumes, c'est pourquoi ils sont les meilleurs conseillers des rois. Tout grand roi veut avoir un chantre pour perpétuer sa mémoire, car c'est le griot qui sauve la mémoire des rois, les hommes  ont la mémoire courte.(...) nous autres griots  nous sommes dépositaires de la science du passé, mais qui connait l'histoire d'un pays  peut lire dans son avenir.
D'autres peuples se servent de l'écriture pour fixer le passé; mais cette invention a tué la mémoire chez eux; ils ne sentent plus le passé car l'écriture n'a pas la chaleur de la voix humaine.
Page 78, Editions Présence Africaine


Dans un souci de fidélité à l'égard du griot, j’imagine, Djibril Tamsir Niane ne développe pas certains points de la personnalité de Soundjata ou encore certaines situations. Cette approche pose un problème car elle contraint le lecteur a observé ce texte plus comme un conte, voir un mythe que comme des faits réels à cause de nombreux raccourcis dans la narration. C’est néanmoins un livre à lire et à faire découvrir aux enfants comme un conte.

Bonne lecture.

Djibril Tamsir Niane, Soundjata ou l’épopée mandingue 
Editions Présence africaine, première parution en 1960, 153 pages
Source photo - WebGuinée.net

mercredi 14 décembre 2011

Patrice Nganang : Contre Biya - Procès d'un tyran














En septembre dernier, je me suis rendu à la salle cossue des mariages de la mairie du deuxième arrondissement de Paris. C’était un lundi matin et le rendez-vous avait été donné pour 9h30. Il faut dire que cela tombait bien pour moi, j’étais en vacances, sinon il m’eût été impossible de répondre à pareille convocation.


Il faut dire que j’avais un empressement certain à rencontrer un auteur dont j’apprécie beaucoup le propos et la prose. Patrice Nganang, romancier et universitaire camerounais basé à New York où il enseigne la théorie littéraire. La conférence de presse abordait la constitution du fameux Tribunal Article 53, dont l’objet est de contourner l’impunité imposée par le président camerounais, Paul Biya, qui a rendu impossible toute tentative de poursuite à son égard, dans son pays s’il venait à quitter le pouvoir. Vous pourrez avoir plus d’éléments d’information sur cette initiative originale de constitution d’un tribunal de la société civile qui dépasse le cadre camerounais et qui tente de collecter des témoignages à charge contre l’homme qui vient d’être réélu à la tête du Cameroun.


Dans le dossier de presse transmis au public très restreint, il y a le livre qui va faire l’objet de ma chronique. Contre Biya – Procès d’un tyran.


Ce livre dont le titre ne présente aucune équivoque, est un recueil d’interventions publiques de l’auteur camerounais, de prises de position tranchées avec la hargne qui le caractérise, le style littéraire en moins. Il n’est pas question d’esthétique ici, mais le prolongement d’un discours qui apparait déjà dans son œuvre romanesque, avec les gants en moins.


Il procède une attaque irrévérencieuse contre la personne de Paul Biya, président du Cameroun depuis 29 ans au moment où ce dernier brigue un nouveau mandat en ayant modifié la constitution de son pays,  puis porte son analyse contre les intellectuels camerounais en vue, ceux qu’il estime et qui l’inspirent, ceux qui se sont compromis, ceux que le système a anéantis. Il porte également son regard sur la société civile camerounaise, sur la jeunesse de ce pays, victime du pouvoir du palais d’Etoudi. Puis il analyse deux arrestations arbitraires, emblématiques selon lui, du pouvoir despotique de Paul Biya, à savoir le cas de l'artiste musicien Joe la Conscience (dont le fils de onze ans fut abattu pendant que ce dernier était incarcéré à Yaoundé) ou encore, celui récent de l'écrivain Bertrand Téyou, coupable d’avoir écrit un pamphlet contre la première dame du Cameroun (selon l’auteur).


Ceux qui ont lu Temps de chien, reconnaitront là l’auteur proche des sous-quartiers et qui rêve d’un avenir meilleur pour ses compatriotes, sans Paul Biya. Si on peut saluer le courage et la fidélité de Patrice Nganang dans son combat et dans sa ligne de pensée, je dois reconnaitre que l’irrévérence voulue de son propos et la fixation exclusive sur la personne de président camerounais me laisse perplexe. D’abord, parce qu’on pourrait avoir la naïveté de croire que si Paul Biya disparaissait les problèmes de ce pays disparaitraient comme par un tour de magie. C’est à mon avis une des limites du propos qui s’il a la même tonalité d’un Mongo Béti sur la forme, il s’attaque moins à un système qu’à une personne. Contrairement au célèbre auteur de Main basse sur le Cameroun qui, si son propos était méprisant à l’égard d’Amadou Ahidjo, c’est avant tout parce que le despote était le représentant de la Françafrique. De ce point de vue, Patrice Nganang est beaucoup plus modéré que l’essayiste disparu.


Il me semble également que l’irrévérence est un legs dangereux même pour ceux qui auront la légitimité du pouvoir qu’ils obtiendront parce que la fonction et la personne qu’il l’incarne aura été démystifiée. C’est un point de vue. Ce que nous semons, nous le récolterons. L’irrévérence atténue la portée du discours au si juste soit-il.

La progression dans l’ouvrage m’a néanmoins permis de dépasser le malaise sur ce point pour aborder les prises de position passionnantes et passionnées de l’universitaire camerounais qui rend un hommage à ceux qui combattent le système de l’intérieur et le paie au prix fort. Pour moi, qui connait un peu mieux le Congo, lire que Biya est un tyran a quelque chose de surprenant, tant l’homme dégage une image différente des grands despotes que furent Mobutu, Eyadéma ou Kadhafi, mais en illustrant son discours par des exemples précis, on ressent la réalité du système actuel oppressant qui sévit  au Cameroun.

On regrettera le fait que souvent, le contexte de parution ces tribunes ne soit pas précisé, ni quels journaux les ont relayées (surtout si ce sont des journaux locaux). Une série de textes qui méritent une attention certaine.

Editions Assemblage - paru en 2011 - 168 pages.

Notez que Patrice Nganang a obtenu la mention spéciale du Jury dans le cadre du Prix des Cinq Continents pour son roman Mont-Plaisant.

Voir également les chroniques des journaux Le Jour, ICI CEMAC

samedi 10 décembre 2011

Gangoueus, Prix Amakpa 2011, catégorie Culture

Pour une fois, ce n'est pas un bouquin que je tiens mais plutôt un magnifique trophée made in Africa. Je me retrouve ce soir dans une posture un peu délicate à procéder à une auto-célébration. Mais, vous me connaissez, vous qui passez de temps en temps dans cette case pour, comme le dit une amie très chère, goûter aux livres, vous savez que ce n'est pas mon genre. Et faute de restitution sur le web, de cette belle rencontre organisée par les Amis de Toumaï, une association ambitieuse, brillant par un sens de l'organisation exceptionnelle, je vais laisser une trace, façon Gangoueus, sur le net.

Le rendez-vous était pour 19h15 dans le 13ème arrondissement de Paris, dans un coin qu'on ne maîtrisait pas trop. Apéro au programme. Le timing ne fut pas terrible à mon niveau. En plus, le temps de trouver une place pour garer ma tire dans le secteur des Salons de la MAS, et nous fûmes à juste titre priver de collation. Mais au moins, nous étions arrivés à temps pour la cérémonie qui débutait à 20h. Très belle salle. Tapis rouge. Les Prix AMAKPA 2011 organisés par les Amis de Toumaï récompensant des acteurs des diversités Afro en France dans les domaines respectifs de la culture, de l'économie ou de l'humanitaire furent lancés. Démarrage de la soirée avec Peeda Gospel avec un jeune homme dotée d'une voix surpuissante. Un peu trop d'ailleurs. On le comprendra à la fin en écoutant Peeda lui-même. Ensuite, Didier Bilé a ambiancé la salle avec le zouglou dont il fut l'un des initiateurs dans les années 90 sur les campus universitaires ivoiriens. Souvenirs, souvenirs... L'homme n'a pas perdu de sa superbe. Alternant entre le lubricité d'une femme en manque et le politiquement incorrect (mettre en scène Kadhafi). Du zouglou, quoi! Puis un défilé de mode intéressant avec des mannequins maîtrisant leur sujet, le port altier. Mention spéciale pour Franck Anon, créateur d'accessoires, chapeaux, sacs à main, qui a fait une émule à côté de moi. 

Quand vers 22h, l'annonce des prix va être faite, la grande salle est pleine. 
Pour la catégorie économie - Le site So and So de Mme Aïssata Tounkara :
Rien que le design de ce site internet force le curieux à faire un détour du côté de la rue Etienne Marcel. Intéressant, très intéressant.

Pour la catégorie culture - Mon blog littéraire Chez Gangoueus.
Émotions, discours où on n'oublie d'évoquer l'essentiel, le soutien de ma belle, les rencontres littéraires parisiennes qui se meurent faute de rencontrer un public qui boycotte celles et ceux - romancier(e)s - qui cravachent pour raconter un passé, un présent et parfois un futur qui nous concernent.

Pour la catégorie Social : Mme Marie Ahin  pour son association AMA et développement qui a choisi de mobiliser tous moyens humains, matériels, techniques et financiers à sa disposition en faveur des catégories les plus défavorisées des pays de l’hémisphère sud. Crée en 2002, AMA & Développement  s’est fait connaître du grand public à travers des campagnes de soutien pour les enfants orphelins et déplacés de guerre en Côte d’Ivoire, opération réussie et suivie plus tard par une collecte de jouets. Aujourd’hui, AMA & Développement se bat pour mettre en place un système de parrainage en vue d’aider les enfants victimes ou orphelins du VIH/SIDA… 


Peeda a pris le relais pour terminer cette sympathique soirée par deux magnifiques chants de gospel, délivrant un très beau message sur la solitude et l'espérance.

Que dire donc après tout cela? Merci aux organisateurs pour l'excellence de leur travail, pour leur courage à définir ce qui correspond selon eux à un modèle de réussite. La question de la légitimité se pose naturellement ainsi que l'objectivité du choix. Mais encore une fois, la légitimité, elle s'impose, elle se prend. D'une certaine manière, je suis proche des Toumaï dans leur démarche. Définir mes propres lectures, en essayant m'extraire  des standards des grandes maisons d'édition pour plonger dans une littérature pas encore reconnue au niveau international (on attend toujours le Prix Nobel issu de l'Afrique francophone ou d'Haïti) et asseoir une légitimité. Choisir de récompenser qui on veut au lieu de ceux qu'on nous impose. 

Merci aux nombreux amis ayant fait le déplacement pour me soutenir. Merci  à mes parents pour avoir créé un cadre propice.  Merci pour ma femme et tout l'amour qu'elle me donne.

Merci à Dieu pour son don précieux à mon égard.

And the winner is... Gangoueus !

dimanche 4 décembre 2011

Kossi Efoui : L'ombre des choses à venir


Dans le cadre de la dernière rencontre Afriqua Paris avant une mise en veille de cette initiative culturelle, nous avons reçu cette semaine le dramaturge et romancier Kossi Efoui. Quel réel plaisir de terminer avec un homme de lettres qui incarne autant le théâtre que le roman. Réel plaisir car, en effet, pendant plus de trois ans, les rencontres Afriqua Paris au restaurant l'Albarino Passy se sont évertuées à promouvoir les arts du Récit venant des Afriques.   

Ceux qui n'ont pas eu le plaisir d'écouter Kossi Efoui parler de son travail d'écrivain ne peuvent pas comprendre l'intérêt d'une telle rencontre autour d'un auteur rare au propos interpellant. Vous trouverez un compte rendu complet de cette rencontre sur le site La Plume Francophone

Pour l'occasion, j'ai lu  son roman paru en 2011 : L'ombre des choses à venir

Ce roman commence sur une désertion. Un jeune homme se cache, terré. Dès le départ, le contexte de ce qu'il fuit est planté. On ressent le système répressif qui s'abat sur le narrateur. 

Ce dernier se détache du présent pour une introspection qui le conduit dans  l'enfance. Une enfance sous ce que Kossi Efoui appelle l'Annexion, marquée par la déportation des parents du narrateur vers un camp de rééducation dénommé la Plantation. On voit déjà l'importance des mots forts qui caractérisent  le régime dans lequel le narrateur à grandi. L'Annexion faisant penser à l'épisode coloniale ou encore la Plantation qui évoque l'esclavage. Pourtant, l'univers ainsi décrit dépasse le cadre de ces mots rattachés à des époques précises de l'Histoire pour se prolonger dans un temps plus récent, proche des dictatures tropicales qui pourraient perçues comme des prolongements de l'Annexion initiale jamais rompue ainsi que ces camps de concentration, goulags ou plantations... L'auteur s'emploie d'ailleurs, comme c'était déjà le cas dans Solo d'un revenant, à ne pas ancrer son regard sur un lieu, un espace et à un temps donné. Seule la situation, ici la désertion et tout ce qui conduit vers un tel acte, trouve un sens dans ce texte.

Une désertion qui renvoie à plusieurs cas de figure. Celle de l'armée, quand elle incarne un combat injuste du point de vue de l'individu face à un système avec un naturel redoutable une politique d'assujettissement de peuples voisins irréductibles. Le pouvoir de suggestion est important puisqu'en lisant cet aspect de ce roman, je me suis détaché du narrateur pour penser au Vietnam et aux mouvements pacifistes américains de l'époque, à la solitude, la liberté ou la vérité d'un boxeur refusant d'aller combattre pour une guerre qu'il trouve injuste. Je pense que c'est la force des romans de Kossi Efoui de pouvoir conduire le lecteur dans une réflexion intéressante, pas forcément aisée d'ailleurs. Une désertion qui renvoie aussi à l'émigration.

Comme ce fut déjà le cas avec Solo du revenant, j'ai eu du mal à rentrer dans ce roman. Je pense que cela est  le fait de l'écriture du romancier togolais, son style qui sans être lourd n'est pas forcément entraînant. Pourtant, j'aimerai dire c'est un auteur qu'il faut prendre le temps de lire. C'est visiblement la démarche de cet auteur qui ne l'oublions pas est un dramaturge, qui je pense, quand il écrit, entend sa parole clamée par le lecteur.

Bonne découverte !

Kossi Efoui, L'ombre des choses à venir
Edition du Seuil, 160 pages, première parution en 2011

Voir également la chronique de la rencontre Afriqua Paris avec Kossi Efoui.
Kossi Efoui s'est exprimé sur ce roman dans l'émission A voix nue et sur Cultures Sud.

Notez la Grande Librairie du 12 mai 2011 avec sa participation.
Lire les chroniques de Jeune Afrique