samedi 29 octobre 2011

Muriel Diallo : La femme du blanc

J’ai terminé ma lecture il y a quelques jours, et j’ai peur que les mots s’évaporent alors je tente de les cocher le plus rapidement malgré la multitude de préoccupations qui sont miennes actuellement. Je suis rentré dans ce livre avec une idée préconçue, à savoir un nouveau livre traitant du couple mixte. Ce n’est pas que je pense avoir fait le tour de la question sur le sujet, puis, très honnêtement, chaque auteur se penchant sur une question y apporte sa touche personnelle, son exploration profonde renvoyant à l’instar du sonar un écho audible ou non. Le hic ici, c’est que ce n’est pas le sujet du roman même si  le titre et l’introduction le laissent fortement penser. 

Fausse piste ? Intentionnelle ? Peut-être, peut-être pas. Beautiful est une femme médecine peule. Son père est commis de cuisine pour un colon qui se prend d’intérêt pour elle. Elle aménage dans sa demeure. Un couple mixte dans les années 30 en Afrique de l'ouest est perçu comme une parfaite anomalie. D'autant que Beautiful semble être une femme totalement libre, complètement atypique... Elle parle, mais sa voix se tait rapidement dans le texte pour laisser place à d'autres voix...

Sa petite-fille, plusieurs décennies après, part à la quête de Beautiful, recherche de traces, de témoignages pour cerner ce personnage emblèmatique de sa famille et sans l'aval de ses parents, plutôt sceptiques quant à l'utilité de ce voyage aux sources. Si cet itinéraire permet au personnage narrateur de pouvoir traverser mers et monts, pour revenir à cette Afrique à la rencontre de cette femme dont on ne saura que des bribes son histoire personnelle, il serait faux de penser que cette quête est centrale dans ce texte.

Plutôt que de se caresser le nombril, la narratrice conte des destins de femmes qu'elle a croisée dans la rue, dans le métro, dans des foyers pour femmes, dans sa famille... Et c'est ce regard très intime, très fort qui porte ce roman magnifique où au fil des rencontres sont brossées des portraits de femmes violentées par la société, un compagnon, un père, un corps, portraits de femmes en souffrance et marginalisées. Une violence contenue que la rencontre va révéler et permettre une nouvelle approche, ou, tout simplement un retour arrière après la vision d'une crane explosée de la femme plume, un regard triste sur ces batailles qu'elle n'avait plus la force de porter seule.

Parfois la tragédie de ces femmes se télescope soit avec la propre histoire de la narratrice celle de  Beautiful, son aïeul. Beautiful. Belle mais aussi forte. Muriel Diallo nous parle de ces deuils auxquels son personnage cabossé par la vie ne sait jamais résignée.  

Avec une boîte de carton comprenant des éléments intimes de Beautiful, la narratrice tente d'affronter sa réalité en se référant à cette figure qui semble si stable dans son esprit. J'ai beaucoup aimé le ton de ce roman. Je ne sais pas si l'on doit parler ici de femmes puissantes. Plutôt de femmes brisées qui luttent contre vents et marées. L'intelligence de ce texte  est qu'il ne nous présente pas cette réalité en rose. La parole libérée, l'écoute attentive libère parfois, mais parfois il est trop tard. La fin du roman est de la même qualité, avec un resserrement du propos sur elle-même, la narratrice, qui a force d'avoir bourlingué, confronté à ces univers, finit par être insensible au don qui peut lui être fait. C'est un coup de coeur.

Extrait : Face à l'horreur, le rêve est une alternative. Parole de Tao
Tu vas me dire que Icare l'a fait. Et que tout le monde sait comment son vol a fini! Mais moi, je n'ai plus rien à perdre. Pour un peu l'envol... J'ai laissé ma peur sur la terre des Hommes, et en ce moment, ma peur ronfle dans mon lit jusqu'à n'en plus pouvoir auprès de mon père.
Je tends les bras, je ferme les yeux et me jette du haut du pont. Je vais m'écraser, je m'écrase? Non. Je ne m'écrase pas, je vole, je vole comme un oiseau. Comme j'aime m'élever! Je me penche un peu, je tournoie dans les airs. Un aigle, je suis un aigle. Je ne veux plus me réveiller. J'admire là-bas d'étranges plantations. Rien de commun ni déjà vu.
Page 81, Editions Vents d'ailleurs

Bonne lecture.

Muriel Diallo, La femme du blanc
Editions Vents d'Ailleurs, 184 pages, 1ère parution en 2011
Voir également l'interview de l'auteure



mercredi 19 octobre 2011

Palabres sur AfricaMix


Courant septembre, j'ai vécu une expérience riche, drôle, passionnante. Une de ces rencontres que j'affectionne, un prolongement de mes lectures, sauf que j'étais enfermé dans un studio très intimiste d'Africa 
n°1, la radio africaine qui émet en région parisienne. Anasthasie Tudieshe, charmante et brillante journaliste faisait un portrait détaillé de votre serviteur. Loin de mon fidèle clavier, je me suis senti bien seul soumis aux joutes subtiles de la belle dame. Je vous mets en ligne ce portrait en 15 volets réalisés dans le cadre de l'émission Africamix. Il vous manquera la bande son musical qui interrompait ces short cuts, choix parmi tant d'autres énorme et inspiré, puisque j'ai eu droit entre autres à Chaka Demus and Plyers, coup de maître, évocation d'une atmosphère de lecture de l'adolescent que je fus à l'époque où ces jamaïcains faisaient danser la planète. Je placerai un titre sur chaque séquence.

Gangoueus, oui mais encore?


Identité multiple, mes choix de lecture


Mon premier livre - Pourquoi avoir créé un blog littéraire?


Écrivain contrarié?


Première identification à une oeuvre littéraire.


Identification à une oeuvre littéraire (suite)


Blogueur et informaticien... Première chronique...


Cases, paillotes et latérite : la littérature africaine?


Ligne éditoriale - la lecture, lieu de rencontres


Champs d'investigation


Les écrivaines africaines et moi !


Les écrivaines africaines et moi (2) !


Quelle littérature pour un peuple brisé? Le cas de Faulkner


Quel est le livre des livres?



Ce fut une expérience passionnante, dans un petit studio à la fois oppressant et convivial où la journaliste était dans son élément comme un poisson rouge dans son océan. Merci à Anathasie Tudieshe pour ce moment d'échange ainsi qu'à la radio africaine pour cette exposition à leur public. Bonne écoute, et que vous soyez d'accord ou pas, vous aurez compris que ce qui compte pour moi, c'est votre avis.














samedi 15 octobre 2011

Voyage en littérature haïtienne : apéritif et dîner littéraire

Lundi 31 octobre : apéritif à 19h, dîner et spectacle littéraire de 20h à 23h 
Restaurant Albarino Passy, 4 rue Lekain 75016 Paris / Tel. 01 44 96 74 78 

Se brûler à la littérature haïtienne à travers la poésie de Franketienne, la femme jardin de René Depestre, aux Gouverneurs de la rosée de Jacques Roumain… à travers la voix de Carlton Rara. Le restaurant L'Albarino Passy s'associe à Afriqua Paris pour proposer un voyage en littérature à travers un apéritif et un dîner. Cet évènement se veut le rendez-vous des fans d'Haïti et des "Afriques" en général, des amateurs de littérature et de tous ceux qui sont prêts à découvrir une partie de ce patrimoine culturel qui résonne bien au-delà des frontières de la Grande île des Caraïbes.


Spectacle littéraire avec Carlton Rara, artiste franco-haïtien auteur du spectacle "Paroles d'Haïti". Animation et échanges avec Jean Marie Théodat, universitaire et LaRéus Gangouéus, blogueur littéraire.

A 19 h : Apéritif littéraire Introduction à la littérature haïtienne. Entrée libre. 

A 20h à 23 h : Dîner assis et spectacle littéraire Paroles d'Haïti de Carlton Rara

avec des extraits des oeuvres de Franketienne, Anthony Phelps, Guy Viarre, René Despestre, Yanick Lahens, Jacques Roumain… lus par Carlton Rara (photo Nicolas Lelièvre. DR). Ecouter ici un extrait :  

Infos sur les invités :
Carlton Rara, musicien franco-haïtien, compositeur, toujours proche des mots, a depuis toujours lors de ses concerts, trouvé prétexte à dire des textes. Il est maintenant souvent sollicité pour ses lectures poétiques avec ou sans musique. http://www.carltonrara.com/ .



Jean Marie Théodat, né à Port-au-Prince, est agrégé de géographie. Il est maître de conférences à l'Université Paris I. En 2001 il co-fonde le LAREHDO (Laboratoire des relations haїtiano-dominicaines). Il publie un cahier sur France Info : http://radiofrance-blogs.com/radio-ibo/.

Réassi Ouabonzi, ingénieur d'études, est aussi un "serial lecteur". Depuis 2007, il chronique livres et évènements culturels sur son blog : Chez Gangoueus.  Il évoquera certains auteurs contemporains haïtiens comme Gary Victor, Dany Laferrière, Evelyne Trouillot, Kettly Mars, Marie-Célie Agnant, René Depestre, Guy Régis Jr ou Jacques Roumain… 

Participation : dîner à la carte, réservation fortement recommandée. Réservation : 01 44 96 74 78 / mail : albarino.passy@wanadoo.fr http://www.albarinopassy.com

jeudi 13 octobre 2011

Mo Yan : Le chantier


On est en Chine populaire, en province du côté de Masang pour ceux qui connaissent bien ce pays. Un chantier routier est en cours. Il dure. Les ouvriers n’en voient pas l’issue et ils sont condamnés à se supporter les uns les autres dans des conditions de logement précaires et particulièrement insalubres.
Mo Yan

source photo - A gentle concession International Book Fair of Torino
Salone Internazionale del Libro

Yang Liujiu gère cette petite troupe d’hommes en l’absence du commandant Guo. Au loin, la ville de Masang où nombre d’habitants perçoivent ces travailleurs comme des étrangers, pire des voleurs… On note également les personnalités de Sun Ba voleur de chiens, Liu Shu déterreur de trésors, Liu le cuisinier bossu et nostalgique, obsédé par la famille qu'il a perdu dix années plutôt pour ne citer quelques membres atypiques de ces travailleurs fourbus aux histoires personnelles si différentes…

Car la démarche de Mo Yan est bien celle-là. Partir d’une situation extrême et zoomer sur la vie, sur l’itinéraire des différents acteurs de cette comédie humaine puisque c’est sur ce ton que le romancier chinois a décidé d’orchestrer sa symphonie : le rire gras et la truculence. Le chantier est un grand rire de l’auteur qui dévoile en fait, quand l’écho s’est tu, la profonde tristesse, sinon la détresse des personnages, leurs questionnements plus que leurs certitudes s’étalant sous nos yeux. Cette Chine qui bosse dure et qui écrase ces chinois en usant de la propagande maoïste à une époque qui l'on peut identifier comme étant la Révolution culturelle. A noter que ce roman a été publié en Chine en 1989. J’ai noté ce détail en me demandant si l’ancien militaire devenu romancier a fait de la prison pour ce type de texte extrêmement corrosif, l’air de rien.


Le texte se lit très rapidement, on rit souvent, on réfléchit parfois, sinon beaucoup, certains seront scandalisés par certaines scènes, et maudiront peut-être l’écrivain un poil sadique, mais ils n’oublierons pas, je l'espère, qu’il est avant tout le témoin affectueux d’une époque de son pays.

Je tiens à remercier mon aîné Kangni Alem qui m’a fait découvrir cet auteur. C’est mon premier roman chinois, un peu confus de le dire, mais pas le dernier. De toute façon, les chinois ne nous laissent pas le choix, nouveaux envahisseurs, il va falloir en savoir plus sur eux.

Mo Yan, Le chantier
Titre original : Zhulu, 1ère parution en chinois en 1988, aux éditions Zuojia Chubanshe, Pékin
Editions du Seuil en 2007, 214 pages
Traduction du chinois par Chantal Chen-Andro

Autres chroniques :
Fluctuat.net
Wodka



mercredi 12 octobre 2011

Notes sur le Vieil homme esclave et le molosse au Théâtre Milhaud


Invité pour la première de l’adaptation au théâtre de L'esclave vieil homme et le molosse, j’arrivais avec plein de présupposés liés à la lecture que j’ai eu de ce roman de Patrick Chamoiseau. Je ne sais pas si c’est le cas pour vous, mais aller voir une pièce de théâtre ou un film d’un ouvrage déjà lu me stimule dans le sens où j’ai le sentiment de mettre en branle l’interaction des regards que je tente tant bien que mal de mettre en scène sur ce blog.


Oui, le metteur en scène a beaucoup plus transpiré que moi sur la lecture d’un texte qu’il doit adapter en fonction du public, de la personnalité de ses comédiens, de la mise en scène, rendre accessible la langue de l’auteur. Le lecteur que je suis ne peut pas se mettre au même niveau l’homme de théâtre, que le cinéaste, ce serait prétentieux. Par contre, il peut analyser les partis pris de celui qui adapte, sa fidélité au texte ou au contraire la primauté de son discours, de sa lecture sur le propos même de l’auteur. Bref, je me dois de vous parler de cette première après tant de bavardage sur ma posture de lecteur spectateur.


Le théâtre Darius Milhaud est un petit théâtre près de la porte Chaumont dans le 19ème arrondissement de Paris. Il y a du public. Le comédien, Alain Azerot,  est près de nous, grand, imposant, la barbe grise, le cheveu court grisonnant. Sa stature est en adéquation avec l’idée de l'esclave vieil homme. Sur le côté, Norbert Nobour,  percussionniste, rythme la lecture de ce texte. Car, il s’agit d’une lecture. J’ai d’abord trouvé cela surprenant et pour être honnête, j’ai pensé à un problème de préparation. Puis au fil de la pièce, après la description de la plantation dans laquelle cet esclave vieil homme apparemment soumis à sa condition, en écoutant le texte rendu accessible se démarquant un poil des tournures créoles récurrentes du texte initial et portant mieux la poésie de Chamoiseau, la pièce prend une tout autre dimension. Alain Azerot, remarquable conteur rentre dans la peau du divaguant qui fuit vers la liberté traquée par un molosse immonde. Je dois dire que le jeu est hypnotisant et on se surprend à intégrer la réalité de cette âme traquée par la bestialité d’un système. Peu importe l’issue de ce combat terrible contre la bête, contre les éléments, le comédien, par son jeu dont il sort épuisé, complètement trempé de sueur alors qu’il est resté assis toute la pièce durant, mais la gestuelle, le regard, l’intensité du jeu font que ceux qui au départ étaient avachis dans leurs sièges, se redressent comme rappelés par le souvenir d’une humanité blessée et oubliée.


Et le rendu du texte de Chamoiseau… Que dire ? Allez l'entendre cette voix, cette langue adaptée, je vous le recommande.


Cette adaptation vaut le détour. Elle est jouée jusqu’à la fin de l’année.

L'esclave vieil homme et le molosse, adapté du roman de Patrick Chamoiseau
par Florence Gaillard et Gislaine Riphose, avec l'interprétation du narrateur et de l'esclave vieil homme par Alain Azerot, composition et accompagnement musical par le percussionniste Norbert Nobour, mise en scène de Florence Gaillard (Compagnie Chaines Brisées). Voir la programmation de la pièce sur le site du théâtre.

vendredi 7 octobre 2011

Hendrik Witbooi : Votre paix sera la mort de ma nation


Peut-être que je me trompe, mais il me semble que l’on a très peu de témoignages écrits de guerriers, de résistants africains à l’invasion puis à l’occupation du continent par les troupes européennes. Les grands faits de la résistance africaine sont passés sous silence faute d’être passé de la tradition orale à une retranscription sur papier. L’histoire est donc contée par les chasseurs, inculquée à des générations d’élèves africains qui grandissent en se disant que les traités de paix et de protectorat signés par des monarques analphabètes ont été la norme, l'unique norme.



Aussi, les lettres de guerre d’Hendrik Witbooi, puissant capitaine de la communauté nama des oorlams (Namaqualand) contre la pénétration allemande dans le Sud-Ouest Africain, future Namibie nous donne un éclairage intéressant sur la résistance qu’il a opposé aux allemands pendant une quinzaine d’années, jusqu’à sa mort en 1904 sur un champ de bataille à 74 ans.

Hendrik Witbooi est le leader de la communauté des oorlams, mélange de peuples rouges s’étant affranchis de l’asservissement des boers et de voleurs de bétail qui au cours du 19ème siècle vont constituer un peuple puissant et guerrier de Namibie. C’est une communauté dont les leaders ont été christianisés, comme ce fut le cas d’Hendrik Witbooi, instruit et lettré, qui va avoir une vision messianique de son leadership sur les peuples de la région, en particulier des héréros dont il méprise la culture et l’inhumanité des actions. Alors que Witbooi guerroie avec ses ennemis séculaires, les allemands pointent leur nez sur ce vaste territoire et imposent des traités de protectorat aux différentes communautés blanches, rouges ou noires de la région. Witbooi qui ne comprend pourquoi il devrait céder sa souveraineté s’oppose à cette démarche, jusqu’à défendre sa posture par les armes.

Ce livre est donc un recueil de lettres écrites par Witbooi en temps de guerre ou de paix à l’endroit de ses principaux interlocuteurs, adversaires, alliés, traitres. On y trouve des échanges avec Samuel Maharero, le chef des héréros, avec le médiateur H. Van Wick, des demandes à l’endroit de Cecil Rhodes avec lequel il a été en affaire, avec les anglais dont il cherche le soutien pour obtenir des armes et lutter contre les allemands, et enfin les autorités militaires allemandes incarnées principalement par Carl Bruno Van François, le Capitaine Leutwein.

Ce qui me frappe chez Witbooi, et dans ses échanges extrêmes et racés avec ses interlocuteurs, et que j’ai d’abord mal interprété, c’est son sens politique. Avant d’aller à l’affrontement, il tente de flatter les anglais et de les renvoyer à leurs responsabilités, de les opposer aux allemands en lui fournissant des armes à lui que ne comprend pas le fondement du partage de Berlin. S’il s’oppose aux héréros au départ, il relativise énormément le conflit ancien par rapport au danger d’une collaboration avec les nouveaux occupants. Je l’ai trouvé parfois bavard, mais finalement pertinent et j’avoue que la franchise de ces échanges avec le Capitaine Leutwein sont riches d’enseignement quand on veut engager des pourparlers en ayant la possibilité de se regarder dans un miroir.

Agacé au départ, je me suis pris au jeu de ces lettres, avant d’être ému par l'un des derniers courriers de cet homme original qui ne voulait pas abdiquer sa souveraineté pour un sou.

Vous l’aurez compris, je recommande cette lecture qui, pour les occidentaux, interpellera sur la violence et la barbarie de la colonisation célébrée par Victor Hugo et pour les africains frappera par la clairvoyance rare, trop rare d’un leader qui a compris ce qu’est le prix à payer de la privation de la liberté, de l’identité, de la sécurité d’un peuple.

Bonne lecture et passez nous donner votre avis sur cette lecture.

Edition Le Passager clandestin, 174 pages, 1ère parution en 2011

Voir également les chroniques de Raphaël Adjobi sur son blog, de Fiolof dans la Marche aux pages, de la revue web Lectures, sur le site de la Fondation de la poste ou encore sur Des petits riens.
Chacune de ces chroniques est dense et elle réflète la qualité de ce témoignage de ce chef du Namaqualand.

Lu dans le cadre de la :
 Babelio!


  

dimanche 2 octobre 2011

Codes noirs


Il y a quelques années, lors d'une discussion de salon qu'affectionnent les étudiants rêvant d'un monde meilleur, fut évoqué le code noir. Je ne connaissais pas à l'époque le sujet ou plutôt l'existence d'un traité de droit régissant les rapports en maîtres et esclaves dans l'espace colonial de la France de l'Ancien régime puis de la France post-révolutionnaire. Pour être sincère, j'avais dû mal à croire à l'existence d'un tel texte et surtout à son accessibilité de nos jours. Aussi quand les Editions Dalloz ont édité ce petit ouvrage recueillant à la fois le Code noir régissant les rapports humains dans les Antilles françaises de Louis XIV, puis celui s'appliquant pour l'Ile Bourbon et Madagascar de Louis XV ou encore l'ensemble des textes de loi mis en oeuvre en Guadeloupe par le gouverneur général Antoine Richepanse. Ce recueil reprend également les récents textes de droit au niveau international (SDN, ONU) traquant toute forme d'esclavage, servage autres certaines approches de travaux forcés, avec une extension au mariage forcé.

Je ne veux pas faire polémique en publiant ce texte et je suis conscient du caractère délicat d'une telle chronique. Il est important de souligner que le lecteur peut avoir l'impression que l'on brode énormément avant d'arriver au coeur du sujet qui se concentre sur les différents articles de loi des différents codes noirs. Il  est pourtant essentiel de saisir le contexte de la traite négrière, de l'esclavage dans les îles, celui de la première abolition de l'esclavage sous la Révolution française, du rétablissement de l'esclavage en Guadeloupe et de l'indépendance haïtienne, avant la seconde abolition de 1848 sous l'impulsion de Schoelcher.

Le lecteur réalise au fur et à mesure de sa lecture que les épisodes du feuilleton célèbre Racines  ne nous font saisir qu'une très faible portion de ce que fut la condition de l'esclave dans l'espace colonial français durant trois siècles. Même si les lois américaines ne furent pas forcément les mêmes par le simple fait que le système s'appliquait dans un milieu protestant et un espace géographique plus important, la violence instituée, le régime de lois au service des maîtres ne laissant aucune chance à l'esclave la possibilité d'exister par lui-même dans une structure dans laquelle il est un objet, un meuble parmi tant d'autres. 

Je ne rentrerai dans plus de détail sur le texte en lui-même. Par contre, ce texte disponible est comme me le disait un écrivain l'une des facettes étonnantes de l'Occident capable par l'écrit de tracer, d'évoquer le sublime de ses réalisations comme l'abomination la plus abjecte normée en règles de lois. Car le code noir s'appliquant aux colonies mais étant en totale opposition avec les valeurs de la métropole (Ancien Régime, France Révolutionnaire, France napoléonienne, etc.) atteste de l'écartèlement parfait entre les intérêts mercantiles primaires et les idéaux humanistes prônés au siècle des lumières et applicables finalement de manière parcimonieuse, surtout quand on construit une idéologie raciale et raciste pour tenter de justifier la condition du nègre.

Ce que souligne ce texte de loi, cela en toutes circonstances, que ce soit pour Saint-Domingue après la concession de l'indépendance par Charles X ou avec l'abolition de l'esclavage de 1848 dans les colonies françaises, le fait qu'une indemnisation fut instituée pour les propriétaires et en aucun cas pour les esclaves affranchis.

De nombreux autres éléments ont attiré mon attention, mais je m'arrêterai ici.

En voici ma lecture succincte. Quelle sera la vôtre?

Editions Dalloz, textes présentés par André Castaldo, préface de Christiane Taubira, 150 pages, 1ère parution en 2006 

Voir également la réflexion de Raphael Adjobi sur ces codes noirs.