jeudi 29 septembre 2011

Afriqua Paris reçoit Kossi Efoui et la compagnie Théâtre inutile le 28/11/2011

Rencontre, échanges avec Kossi Efoui romancier et dramaturge à l'occasion des représentations de sa pièce Oublie ! Rendez-vous lundi 28 novembre de 19h à 21h à l'Albarino Passy, 4 rue Lekain 75016, en entrée libre. Cette rencontre sera animée par Pénélope Duchaufour, spécialiste de l'œuvre de l'auteur et LaRéus Gangouéus, blogueur littéraire avec la participation de la compagnie Théâtre Inutile

Kossi Efoui - source photo OIF

Kossi Efoui est né en 1962 à Anfouin (Togo), sa participation au mouvement étudiant des années 1980, durement réprimé par le régime, l'a conduit à se réfugier en France. Titulaire d'une maîtrise de philosophie obtenue à l'Université du Bénin (Togo), passionné de théâtre, il a remporté le grand Prix Tchicaya U Tam'si du Concours théâtral interafricain de RFI en 1989 avec Le Carrefour (L'Harmattan, 1990). Il a publié plusieurs pièces dont certaines ont été jouées sur les scènes européennes et africaines : Récupérations (Lansman, 1992), La Malaventure (Lansman, 1995), Que la terre vous soit légère (Le Bruit des autres, 1996). Déjà auteur d'un premier roman, "La Polka" (Le Seuil, 1997), "La fabrique des cérémonies", publié en 2000 au Seuil, l'a consacré auprès du grand public comme une des grandes voix de la littérature africaine contemporaine. (source Africultures.com). Son troisième roman, Solo d’un revenant a obtenu plusieurs prix internationaux parmi lesquels peuvent être cités Le Prix Ouest-France/Etonnants voyageurs et le Prix Tropiques 2009.

Les représentations de la pièce Oublie ! auront lieu à l’Etoile du Nord, Paris (75018), les 29, 30 novembre et les 1er, 2, 3 décembre 2011. Le texte est publié aux éditions Lansman. 

Restaurant Albarino Passy, 4 rue lekain 75016 Paris – Métro : La Muette (ligne 9) / Passy (ligne 6) / RER : Boulainvilliers / Réservation : 01 44 96 74 78 / 06 75 32 58 42 ou albarino.passy@wanadoo.fr Infos, horaires et carte sur le site Internet : http://www.albarinopassy.com

mardi 27 septembre 2011

Léonora Miano : Ces âmes chagrines


Antoine Kingué est Snow.   Rien que sur ce surnom on pourrait disserter sur les questions identitaires qu'il soulève. Ce jeune homme est d'ascendance subsaharéenne pour reprendre la formulation de l'écrivaine Léonora Miano. Il est né en France. Il côtoie le milieu de la mode et du show-business, il fait attention à son image, use de tous les stratagèmes possible pour paraître à son avantage. Si avec sa coiffure peroxydée, sa stature svelte, Snow est un personnage qui attire le regard, il cache très bien les zones d'ombre de sa vie personnelle.

En toute circonstance, Snow ne laisse rien paraître de ses sentiments les plus profonds, du sadisme, de la rage et de la haine qu'il nourrit à l'égard de sa mère et qu'il réduit à l'état de mendicité. Il couvre avec maestria ses activités louches consistant à racketter des sans-papiers travaillant sous son identité, dont son propre frère aîné, Maxime. Léonora Miano développe la violence sourde qui motive les actions manipulatrices de Snow, elle met en scène son rapport à l'autre complètement biaisé par sa propre histoire, son rapport contrarié à l'Afrique, une incompréhension des choix affectifs de sa mère, du rejet de son beau-père blanc, baroudeur ou mercenaire qui a usé de sa mère comme d'une propriété un poil exotique à exhiber.

De fil en aiguille, la romancière pose la trame d'une saga familiale entre la France et le Mboasu, ce pays d'Afrique centrale d'où vient la mère de Snow et Maxime. Léonora Miano arrive admirablement à définir les rapports entre quatre générations pour remonter à la source du mal, de la malédiction.

Le texte est équilibré avec des rebondissements, des situations que l'on a dû mal à comprendre parfois, les éternelles attentes de l'amour et le positionnement sur la question de l'identité. En cela, cette écrivaine reste fidèle à sa réflexion sur le rapport à l'Afrique des différents migrants venus de gré ou de force en Occident. 

La structure de ce roman n'est pas linéaire. Elle renforce la complexité de ce texte. Elle permet de cerner d'appréhender les personnalités de Snow, de Maxime, de Thamar (la mère) ou de Modi, la grand-mère débonnaire. Non-dits, malédiction, haine, amour, ces âmes chagrines ont  besoin d'être restaurées. Comment? Lisez le bouquin.

Si le personnage froid, implacable de Snow que l'on suit avec attention dans les méandres de ses calculs mesquins, occupe une place centrale, les autres figures sont tout aussi denses, nuancées et tandis que celles portées par une forme d'angélisme béat et d'un désintérêt exceptionnel se voient rattraper par des années de contenance.

Comme d'habitude, j'ai pris du plaisir à lire ce nouveau roman de Léonora Miano qui éclairera beaucoup sur l'écartèlement de certains français noirs confrontés à des questions identitaires, traumatisés par une Afrique mal expliquée et plus perçue comme un lieu de pénitence qu'autre chose.

Bonne lecture,

Editions Plon, 1ère parution en 2011, 281 pages

Vous pouvez également lire les chroniques de Bric à book, Lecturissime, Senego ou encore la critique de Christian Eboulé sur Cultures Sud.

mardi 20 septembre 2011

Rencontres culturelles sur Paris - Septembre - Octobre

J'aurais voulu être égyptien au Théâtre Nanterre-Amandiers
Je m'étais promis de lire ce recueil de nouvelles à sa sortie, mais, voilà, on ne fait pas toujours ce que l'on veut. Cette pièce de théâtre sur laquelle il y a une assez bonne communication dans les bouche de métro va me permettre de me rattraper. J'aurais voulu être égyptien a été écrit deux ans, c'est un texte antérieur à la révolution égyptienne. La pièce sera jouée du 16 septembre au 21 octobre 2011 au Théâtre des Amandiers de Nanterre. A noter la présence d'Alaa El Aswany le samedi 24 septembre de 15h à 17h lors d'un débat dans le même théâtre sur le thème Afrique ALLER-RETOUR.

Kinshasa Symphony à  l'Espace Saint-Michel de Paris
Notez également le film reportage Kinshasa Symphony qui revient sur cet orchestre philharmonique de l'église kimbanguiste. Pour avoir côtoyé des acteurs ayant accompagné ce projet, il est intéressant de voir sur le grand écran cette démarche qui prouve la capacité d'adaptation et la créativité des congolais... de Kinshasa.


Le film est diffusé à l'Espace St-Michel en plein coeur du Quartier latin de Paris. Il est encore en salle au moment de la mise en ligne de cet article.

L'esclave vieil homme et le molosse au Théatre Darius Milhaud
L'esclave vieil homme et le molosse va être joué par la compagnie Chaines brisées à partir du 06 octobre 2011 et 31 décembre 2011 au Théâtre Darius Milhaud sur Paris (tant pis pour les provinciaux). J'avais chroniqué ce roman de Patrick Chamoiseau, il y a quelques années sur ce blog. Je suis curieux de voir le résultat sur les planches.


Grand dîner littéraire Afriqua Paris animé par Carlton Rara
Enfin, n'oubliez pas le grand dîner littéraire sur le thème de la littérature haïtienne à l'Albarino Passy le 31 octobre 2011 de 19h à 23h pour la rentrée d'Afriqua Paris. Je reviendrai dans un article spécial sur cet évènement animé par l'artiste Carlton Rara.

Photo - Nicolas Lelièvre



mercredi 14 septembre 2011

Interview de Khadi Hane à propos Des fourmis dans la bouche

Khadi Hane, est l'auteure du roman Des fourmis dans la bouche, paru en France aux Editions Denoël et à paraître pour l’Afrique de l’Ouest aux Nouvelles Editions du Sénégal. Un texte fort qui bouscule. Elle nous accorde le privilège à quelques unes de mes interrogations après lecture

En gras les questions de votre serviteur. Bonne lecture!


Comment fait-on pour écrire et produire son sillage personnel, quand on a une telle tradition de la littérature par les femmes dans son pays, avec des auteures comme Aminata Sow Fall, Mariama Bâ, Ken Bugul et bien d’autres ? D’ailleurs quel regard portez-vous sur la production actuelle de cette littérature sénégalaise ?

J’ai aimé les livres dès mon plus jeune âge. Quand j’en tenais un, je voyageais simplement à travers une histoire inventée (pour moi, je m’en persuadais). Ne se posait pas la question de savoir s’il était écrit par un homme ou une femme. Je ne réalisais pas alors cette tradition dont vous parlez, de la littérature portée par des femmes au Sénégal. Elle m’est apparue beaucoup plus tard, quand j’ai découvert d’autres textes, pour la plupart écrits par des hommes.  
J’ai rejoint la liste de ces femmes par hasard, un peu malgré moi. Je me destinais à occuper un emploi dans une entreprise où je pourrais évoluer. C’est à défaut de ce travail, que j’ai commencé à mettre sur papier mes ressentis de chômeur, dont une partie est devenue plus tard la trame de mon premier roman, publié aux Nouvelles Editions Africaines du Sénégal, sous le titre de : Sous le regard des étoiles…

La littérature sénégalaise est prolifique encore aujourd’hui, avec de nouveaux textes où sont abordés tous les sujets sans tabou, qu’ils soient graves ou pas. Avec aussi l’apparition dans les écrits des langues nationales, ce qu’il faut saluer. Si pendant longtemps, celles-ci n’ont servi que dans les contes, donc dans l’oralité, de plus en plus d’auteurs s’engagent dans cette pratique qui, malheureusement pour l’instant ne trouve pas un large public. Je suis persuadée que la politique d’apprentissage de nos langues amorcée au Sénégal contribuera à une grande diffusion de ces textes.
Je n’ai pas lu tous les auteurs contemporains sénégalais. De ceux que j’ai lus, j’ai une affection particulière pour Boubacar Boris Diop, dont j’ai un respect profond pour l’engagement social et culturel, pour Aminata Sow Fall, un exemple pour moi. Je citerai aussi Nafissatou Dia Diouf, Sokhna Benga, Ibou Fall, Khady Sylla, Diana Mordasini, Mamadou Mahmoud Ndongo, le poète Hamidou Dia, Louis Camara, pour ne citer que ceux-là. Je ne saurai dresser ici une liste exhaustive de la nouvelle génération qui aurait peu à envier à ses aînés.



Dans les deux romans que j’ai pu lire de vous, à savoir Le collier de paille et Des fourmis dans la bouche, le personnage central que vous mettez en scène est une femme africaine irritée et écartelée entre modernité et traditions, acceptation ou rejet d’un pouvoir patriarcal. Khadi Hane, j’aimerai savoir avant : êtes-vous une femme en colère ?

Je ne suis pas une femme en colère. Je me définirais plutôt comme une observatrice du monde dans lequel je vis. J’aime aller vers les autres, découvrir ce qui m’entoure, écouter, échanger, me mettre à la place de certaines personnes, hommes ou femmes, dont le vécu m’interpelle. Dans les deux romans que vous citez, les personnages peuvent paraître écartelés entre modernité et tradition, ce sont surtout deux femmes qui ont à la base, de par leur éducation, cette solidité qui en fait des personnages forts, sachant ce qu’ils veulent. C’est aussi pour cela que je laisse dans ces deux romans l’opportunité au lecteur de choisir la fin qui lui convient Si vous regardez bien, les dernières phrases de ces romans sont : « Je la lirai demain, je la lirai demain peut-être » pour « Le collier de paille » et  « Peut-être était-ce là le miracle que j’espérais voir surgir pour me décider enfin à retourner au Mali » pour « Des fourmis dans la bouche ». Il y a dans ces deux romans l’idée de donner au lecteur le mot de la fin.  


En ces temps de crispation sociale en France, est ce que cela a été difficile pour vous  en tant qu’auteure africaine de placer le cadre de votre histoire dans le quartier « africain » de Château-Rouge avec le risque de reproduire des clichés sur cet univers et de conforter certains préjugés ?

Comme je l’ai dit ailleurs, je porte ce livre depuis sept ans et son histoire depuis quinze ans. Son écriture a été difficile pour moi, par le fait que j’y raconte de vraies histoires de femmes, rencontrées, alors que je travaillais comme interprète en langues africaines.
Au départ, ce livre devait compter des centaines de pages. Par pudeur, il a été réduit à 150 pages.
Je vous ferai remarquer qu’on n’a pas eu besoin de ce roman pour découvrir que Château Rouge est un quartier « africain ». Pour ce qui est des clichés, je vous laisse le soin de vous promener dans le quartier. Si au cours de la promenade, vous ne voyez aucun noir à la peau abîmée par l’hydroquinone, aucun gratteur d’écailles malien dans une poissonnerie, aucune boucherie hallal, aucun vendeur de produits de contrebande, alors qu’on m’accuse de reproduire des clichés qui, si nous admettons la vérité, n’en sont pas vraiment.

A un moment, il faut arrêter de jouer les victimes. Pointer du doigt ce qui ne va pas est un point de départ pour cheminer vers une solution aux maux (et mots) dont nous souffrons. Il ne s’agit pas de dire : c’est la faute aux autres, mais bien d’accepter notre critique. Trouvez-vous normal que j’achète mon manioc à un commerçant chinois ?  

 

Pour la sénégalaise que vous êtes, pourquoi avoir choisi de brosser le portrait d’une femme malienne élevant seule ses enfants ? Est-ce que les dérives patriarcales que votre personnage tance avec rage et fougue ne sont propres qu’à cette communauté malienne?

Je suis certes sénégalaise, si je m’arrête à ma pièce d’identité sénégalaise.
Mais je suis aussi malienne que n’importe quelle malienne. Ma mère était malienne, née à Kayes. Mon père a grandi à Kayes. Les deux se sont installés ensuite au Sénégal. Alors, qu’on arrête de me faire ce faux procès qui ne repose sur rien. Khadîdja Cissé est aussi sénégalaise, mauritanienne, guinéenne ; elle peut venir de n’importe quel pays d’Afrique de l’ouest. Ce n’est pas pour rien qu’elle porte mon prénom en entier. Son histoire est un concentré de plusieurs histoires racontées par des femmes que j’ai accompagnées dans leurs démarches administratives en France. Je l’ai dit plus haut : j’étais interprète en langues africaines. Son mariage précoce est celui de n’importe quelle femme mariée à 13 ans, son éducation la mienne, son célibat avec des enfants à charge celui d’une veuve ou divorcée an attente de se remarier, son aventure avec Jacques Lenoir celle de milliers de femmes africaines. Dans son appartement lugubre j’ai vécu à Château Rouge. Quant au patriarcat, il est commun à tous les pays où il existe une séparation des rôles par le sexe.
Quiconque a ses habitudes dans un foyer Sonacotra sait que les hommes se réunissent souvent pour ramener à leur réalité celui ou celle qui s’en sont écartés. 


L’indécision de votre personnage Khâdidja, qui élève seule ses quatre mômes dans des conditions extrêmement précaires, est sublime. Sans ressource, elle se refuse de réclamer une quelconque pension du père de son dernier gosse et attend tout de l’état providence. Pouvez-vous vous exprimer sur cette démarche dont on ne sait s’il faut définir la source dans l’orgueil, le désir d’indépendance ou l’égoïsme ?

Khadîdja n’attend rien de l’état providence. Elle est d’ailleurs la première à en nier l’existence. C’est une femme déçue. Petite, on l’a façonnée, modelée, on lui a donné une place dans un clan de valeureux Cissé, on l’a destinée à épouser son cousin, à perpétuer des us auxquels elle tenait. Du jour au lendemain, son père la donne en mariage à son ami d’enfance qui ne vit pas au Mali, ainsi brise-t-il le destin de  fille. Il pose aussi un déni sur les valeurs du clan. A partir de là, tout bascule pour Khadîdja. Quand elle arrive en France, elle est persuadée d’avoir laissé la coutume derrière elle. Et quand celle-ci la rattrape, les souvenirs sont encore plus pénibles. 


Vous mettez en scène une femme qui est à la fois jugée par sa communauté en raison de sa relation avec un blanc, image d’une Afrique traditionnelle et repliée dans les caves de son histoire, et par ses enfants, produits de l’école républicaine française. Le lecteur que je suis a eu l’impression de constater l’impuissance ou l’incapacité pour cette femme de produire une quelconque prise de position claire, enfermée dans une impossibilité de se renier. Attitude qui se traduit magnifiquement dans votre roman par une colère sourde. Est-ce une bonne lecture de votre personnage ?

Khadîdja est une femme brisée. Elle est prisonnière d’une vie qu’elle n’a pas voulue, dans laquelle elle a très peu de marge de manœuvre, puisqu’elle porte plusieurs histoires en même temps. Dans la vie réelle, personne ne supporterait autant de supplices sans agir. Et puis, n’oublions pas que « Des fourmis dans la bouche » reste une fiction, même si tirée d’histoires vraies.    
    


Je dois dire que j’ai apprécié le style de votre écriture qui colle de très près à la rage, à l’explosion contenue de Khâdidja. Pouvez-vous nous parler de la manière, des conditions dans lesquelles vous avez écrit ce roman ?

J’ai en partie répondu à cette question plus haut. Pendant quelques années, j’ai travaillé comme interprète auprès de familles africaines, dans lesquelles les femmes ne parlaient pas le français et elles venaient toutes d’un village. Je les accompagnais dans leurs démarches administratives, de santé etc. Certaines conditions de vie insoutenables m’ont poussée d’abord à la réflexion ;  plus tard j’ai été taraudée par le besoin de les divulguer. On ne peut pas parler de ces choses sans rage. Quand vous les avez vues, elles vous empêchent de dormir. Au début, je faisais comme tout le monde : j’acceptais qu’il en soit ainsi, avec le prétexte que nous n’étions pas chez nous. Puis la culpabilité m’a décidée. Je voulais qu’on sache que tout n’était pas si bien que nous le faisions croire à ceux restés en Afrique.

Khadidja m’a fait penser à la jeune fille du Collier de paille, qui bien qu’ayant plus stable, est animée de la même fureur à l’endroit de certaines traditions. Aussi, j’aimerai avoir votre avis : comment sénégalais, maliens ou africains doivent faire évoluer leurs cultures?

Il ne s’agit pas pour moi de penser à la manière de faire évoluer une culture. Tout ce qui m’intéresse c’est l’individu, l’être humain et son épanouissement. Il n’y a pas un seul modèle de bonheur. L’essentiel est que chacun d’entre nous puisse avoir accès au sien, dans le respect de l’humain. Mon père me disait souvent : si tu te retrouves dans un pays où tout le monde est borgne, ferme un œil. C’est le message que j’adresse à ceux qui vivent dans un pays qui n’est pas le leur.


Votre personnage s’appelle Khâdidja, un peu comme vous Khadi Hane. Est-ce que vous vous sentez proche de l’histoire de cette femme ?

Bien sûr. Je ne pouvais pas trouver au personnage un autre prénom que le mien. Je me sens Khadîdja, je suis Khadîdja, je l’ai en moi. En fait, je suis toutes les femmes africaines évoquées dans ce roman. Leur histoire est la mienne.


Il y a dans les deux romans que j’ai lus de vous, une volonté de choquer frontalement le lecteur, homme ou femme. Est-ce que je me trompe ? A trop secouer le cocotier, ne craignez-vous pas de vous prendre une noix sur la tête ? Je veux dire d’être incomprise par votre lecteur ?  On pourrait vous reprocher de vous contenter d’une description qui laisse le lecteur sur un questionnement. Est-ce votre approche ?

Vous savez, même sans avoir secoué le cocotier, on se prend toujours une noix sur la tête. Alors autant secouer le cocotier. Au moins, on mériterait le coup. J’écris comme les mots me viennent, je ne force rien. Comme je sens l’histoire venir. Ici, au-delà du coup de colère, il y a des moments où Khadîdja Cissé est en paix. Dans son village. A Paris. Elle est en extase quand elle raconte son pays à sa fille. Pour ce qui est de choquer le lecteur, s’il se pose une seule question après la lecture du roman, cela veut dire qu’il a été sensible à son histoire. Mieux vaut le questionnement que l’indifférence. La colère des uns ne reflète-t-elle pas la douleur ressentie au contact de la noix de coco, même si ce ne sont pas eux qui ont secoué le cocotier…


Quels sont les auteurs qui vous inspirent et dont vous recommanderiez la lecture aux aficionados de ce blog ?

Toutes mes lectures m’inspirent. On ne peut pas écrire sans avoir lu. Dresser ici une liste complète des auteurs que j’ai lus est impossible. Voici quelques uns que j’aime beaucoup : Yann Queffélec, Steinbeck, Sami Tchak, Toni Morrison, Paulo Coelho, Richard Bohringer, Akli Tadjer, Wabéri,  Alain Mabanckou qui a eu la gentillesse de défendre « Des fourmis dans la bouche » devant les libraires, au New Morning où a eu lieu sa présentation en juin dernier.
Je viens de finir la lecture de « Rien ne s’oppose à la nuit » de Delphine De Vigan, roman magnifique à lire absolument et je suis en train de finir « Un roi » de Corinne Desarzens, à lire aussi, absolument. Dans ce dernier, on apprend beaucoup sur soi.


Des fourmis dans la bouche, c’est particulièrement désagréable. J’ai tout de même envie de vous poser la question suivante : quand on analyse l’issue des portraits de femmes et les situations d’impasse que vous décrivez dans Le collier de paille et dans Des fourmis dans la bouche, serait-il faux de penser que vous dénoncez en fait une forme d’émancipation à l’ « occidental » de la femme africaine ?

Vous mettez le doigt dessus. Je ne suis pas de ces femmes africaines qui rejettent  de leur culture tout en bloc pour faire la place au féminisme tel qu’il est véhiculé en occident. Je ne suis pas féministe, mais humaniste. Je m’intéresse à l’individu, la condition humaine m’interpelle. Le tout c’est d’être en accord avec soi-même. On doit porter son fardeau, comme on a envie et non comme on nous dit de le faire.
Photo - source Khadi Hane

jeudi 8 septembre 2011

Sunday Adelaja : TRANSformer L'EGLISE

Si je vous dis que Sunday Adelaja est le pasteur et fondateur de la plus grande église évangélique d’Europe, Embassy of God, il est probable que vous clignez des yeux et que vous me demandiez de répéter. Si j’ajoute à cela le fait qu’il est nigérian et que son église à Kiev est très loin d’être ethnique (comme les grandes églises franciliennes par exemple) et essentiellement composée d’ukrainiens pur jus, je vous sens encore plus dubitatif. Et enfin, si je termine en précisant que cette église a posé en Ukraine des actes symboliques qui furent précurseurs de la Révolution orange qui a secoué l’Ukraine en 2004 et qui a conduit l’opposition de ce pays au pouvoir après une tentative d’hold-up électoral du camp pro-russe, vous me dites « mais qu’est-ce que tu racontes, man? ».
Et pourtant, c'est le cas.

Dans TRANSformer L’EGLISE, Sunday Adelaja raconte un parcours personnel hors du commun qui l’a conduit d’un village de la province de l’Oguni jusqu’au au cœur d’une des révolutions les plus pacifiques de l’histoire et qui, je le pense, a encore des conséquences aujourd’hui quand on observe ce qui se passe en Afrique du nord.

C’est avant tout un exposé sur sa démarche spirituelle, sa mise en œuvre de principes puisés dans la Bible qui l’ont conduit à construire une église ukrainienne forte de plusieurs dizaines de milliers de membres malgré les opposition à son développement. Parmi les points principaux de sa vision, il y a cette idée de ne pas concevoir l'église comme une structure repliée sur elle-même, mais comme une entité ouverte sur la société dans laquelle elle est implantée et surtout une force de proposition aux problématiques de la société. Il revient sur les éléments qui ont participé à la croissance de sa communauté, avec sa volonté d'aller vers les petites gens souvent et de prendre à bras le corps les problèmes de la société ukrainienne postsoviétique en proie au début de son ministère pastoral au fléau de la drogue, de l’alcoolisme, de la prostitution et autres dérives… Sans compter sur les nombreuses vies brisées transformées par la foi prônée en Christ.

Ce récit met en scène l'audace de cet homme de Dieu, qui a initié au début des années 2000 une marche dans les rues de Kiev pour réagir aux problèmes récurrents de local. Combat complexe, étonnant à placer dans l'Ukraine post-communiste.

Le texte échappe à la surcharge de références bibliques si chère aux auteurs évangéliques comme pour asseoir un semblant de légitimité auprès de leurs lecteurs. Ici, et c’est de mon point de vue la particularité de ce texte, ce pasteur donne les clés d’une réussite étonnante par un récit ouvert à tout public curieux de comprendre comment un ancien étudiant d’Afrique noire a réussi une telle prouesse, tout cela loin d’une logorrhée inaudible par le commun des mortels.

C'est une lecture passionnante qu'il nous propose, riche de son expérience d'homme de terrain qui a transformé des milliers de vie en Ukraine et au-delà. Une invitation à aller de l'avant que j'ai trouvé stimulante.

Sunday Adelaja, Transformer l'Eglise.
Titre original Churchshift,
Traduction en français par,
Edition Sénévé, 1ère parution en 2008

Voir les reportages de Canal+ (L'Effet Papillon) un poil caricatural du point de vue des journalistes, mais instructif.
Source photo - Sunday Adelaja Facebook.

samedi 3 septembre 2011

Afriqua Paris : L'hommage à Hamid Skif

La rencontre du 30 juin dernier fut l'occasion de recevoir chez Afriqua Paris deux auteurs passionnants. Deux hommes qui dans une autre vie furent journalistes. Emmanuel Goujon, romancier venu nous présenter son roman L'imperméable déjà chroniqué ici qui nous replonge dans les épisodes douloureux de la seconde guerre par des regards croisés sur l'imperméable, leader d'un corps franc constitué de "tirailleurs" africains. Nourri à la fois par ses recherches et son expérience de journaliste reporter sur de nombreux conflits armés, Emmanuel Goujon livre une réflexion intéressante sur l'héroïsme et la quête de filiation. Il en parle :


Le deuxième volet de cette rencontre estivale fut l'hommage émouvant rendu au poète algérien disparu Hamid Skif par son ami Yahia Belaskri, romancier récemment auréolé du Grand Prix littéraire Ouest France / Étonnants voyageurs pour son bouleversant roman Si tu cherches la pluie, elle vient d'en haut

Au delà du portrait brossé ainsi que l'itinéraire de cet écrivain qui a pris le chemin de l'exil en Allemagne, Yahia Belaskri a fait entendre la voix du poète engagé que fut Hamid Skif avec beaucoup de sensibilité en lisant quelques poèmes de son ami. Écoutons le romancier algérien.


Hamid Skif est mort le 18 mars 2011.
Son oeuvre demeure.