dimanche 28 août 2011

Christian Mambou : Vol à domicile

Cela faisait un petit bout de temps que je n'avais pas eu le loisir de lire un auteur congolais. C'est donc avec beaucoup d'intérêt que je me suis plongé dans ce troisième roman de Christian Mambou. Découverte d'un auteur.

Tout se passe à entre Nancy et Vandoeuvre-lès-Nancy en Meurthe-et-Moselle. Lucille embauche une jeune femme pour être une aide à domicile pour sa mère âgée et fragile qui fait partie du gotha nancéien. La jeune fille est une métisse. Le problème : Odette, la mère de Lucille est une militante active du Front national vouant une haine soutenue à l'endroit des étrangers.

Lucille, dont André le père décédé fut un médecin globe-trotteur, en particulier en Afrique centrale, est beaucoup plus ouverte que sa mère. Elle impose cette aide à domicile. Odette, dont l'âge  n'a pas adouci le caractère et la détermination à ne pas se soumettre à quelque diktat que ce soit,  compte bien avoir la jeune aide à domicile à l'usure et s'en débarrasser.

Présenter comme cela, l'histoire peut paraître quelque peu convenue. Mais Christian Mambou est un bon romancier qui sait à la fois manier la plume et construire une intrigue avec différents rebondissements et un final pour le moins inattendu. Le premier élément est le cas quelque peu suspect de cette aide-à-domicile prête à endurer le caractère acariâtre de la vieille dame. On pressent que cette dernière a un intérêt particulier à travailler sur ce site. Frida. Elle a usurpé l'identité de sa copine guyanaise Sarah pour obtenir ce poste. Elle projette en effet de réaliser un vol au domicile de son employeur. D'autres acteurs au passé extrêmement trouble vont se mêler à cette affaire et tenter de régler le compte de la petite dame odieuse.

C'est un texte qui est construit comme un polar. Le lecteur prit dans l'histoire a envie de connaitre le fin mot de ce roman se déroulant dans l'est de la France avec en toile de fond le Congo Brazzaville. La relation entre les différents personnages est très bien travaillée par l'auteur. Le portrait d'Odette est intéressant. Contrairement à ce qu'on pourrait s'attendre, le romancier croque le portrait d'une femme tout en nuance. Bribe de vie que  réussit à lui arracher Frida, dans son désir de capter la confiance de la vieille femme. Une femme qui a aimé à la passion un homme qui ne fut pas son mari. Une femme d'une époque où les mariages arrangés étaient de mise en France. Une femme très croyante. Odieuse. Mais pas seulement. On pourrait dire que le propos de Christian Mambou est avant tout de dire que derrière n'importe quelle posture partisane, il y a des hommes et des femmes, chargés de leurs contradictions, de leurs hypocrisies, de leurs peurs. On pourrait reprocher à l'écrivain congolais de ne pas avoir creuser un peu plus ce personnage pour mieux analyser ce qui peut amener quelqu'un à militer pour un parti d'extrême droite.

Tout le monde a le droit à une deuxième chance. Un personnage (en dehors d'Odette) que je n'ai pas décrit justifie cette sentence.

L'écriture est maîtrisée, agréable. Christian Mambou est un jeune romancier à découvrir.

Editions AlfBarre, 1ère parution en 2011, 269 pages.
Crédit photo - Emmanuelle Barbaras

Voir également les chroniques sur le blog Liss dans la vallée des livres et Culture Sud. Petit bémol. La chronique d'Anaïs Heluin sur Cultures Sud est extrêmement sévère, ce qui est tolérable de la part d'un critique littéraire, mais elle révèle surtout toute l'intrigue de ce polar. Ce qui est regrettable.

jeudi 25 août 2011

Afriqua Paris 2010-2011 en vidéo

Quelques moments filmés des rencontres d'Afriqua Paris au restaurant L'Albarino Passy. La première rencontre de septembre 2010 a permis aux romanciers Alain Mabanckou, et Gary Victor de présenter leur actualité avec respectivement Demain, j'aurai vingt ans et Le sang et la mer en compagnie de la comédienne Mariann Mathéus et du dramaturge Claude Bonin. 

Sur cette première séquence, Alain Mabanckou rend un très bel hommage au travail de l'haïtien Gary Victor. Je ne reviendrai pas sur l'épisode du bouquin oublié.


Sur la séquence suivante, Gary Victor nous parle de son roman Le sang et la mer qui a reçu un bel accueil dans la blogosphère de lecture. Un roman où le fantastique haïtien côtoie le drame et le désir de survie d'une jeunesse de ce pays rattrapée par ses divisions et la violence de ce pays. Nous n'avons malheureusement pas la rencontre dans son intégralité.


En novembre, Sami Tchak revient sur son roman Les Filles de Mexico publié au Mercure de France, dans le cadre d'une rencontre consacrée initialement au renouveau de la littérature togolaise. A noter la présence d'Edem Kodjo, homme d'état togolais et surtout éminent homme de lettres de son pays qui s'exprime sur la question. Enfin, la romancière et dramaturge éthiopienne Myriam Tadessé nous parle de son roman L'instant d'un regard (Editions L'Harmattan). 




KAMAYITI.COM : l'effort fait les forts

En mars 2011, il faisait froid dans les rues de Passy, mais nous avons eu droit à une sympathique rencontre autour des comédiens Alvie Bitémo et Benoist Bouvot qui nous présentaient la pièce Samantha à Kinshasa tirée du roman de Marie-Louise Mumbu.


La romancière haïtienne Marie-Célie Agnant évoque le macoutisme et ses conséquences plusieurs années après sur les victimes. C'est le thème de son roman Un alligator nommé Rosa publié chez Vents d'ailleurs.


AfriquàParis - Mars 2011 - Partie 2 par Culture_video

Coming soon : la rencontre du 30 juin 2011.

samedi 20 août 2011

Khadi Hane : Des fourmis dans la bouche

Certaines lectures stimulent vos sens et votre attention. Vous sentez, en effet, que quelque chose se passe entre vous et l'écrivain. L'écrivaine. Khadi Hane m'avait marqué avec son roman Le collier de paille. Un texte étonnant, une histoire complète folle, inattendue. Aussi la sortie d'un nouveau roman chez Denoël a attiré mon attention...et je n'ai pas été déçu. 

Château Rouge. Petit quartier de la capitale française connu pour son grand marché exotique où afrodescendants de toute l'Ile-de-France viennent s'y ravitailler en denrées venues d'ailleurs, vendues par des chinois, des pakistanais ou des arabes. Khâdidja habite le quartier avec ces quatre mômes dans des conditions extrêmement complexes. Elle ne voit pas le bout du tunnel. Elle ne s'en sort pas. Une relation passionnée avec un  toubab fait d'elle l'objet de toutes les railleries sinon insultes de sa communauté. Elle ne s'en sort pas. Madame Renaud, l'assistance sociale use de tous les moyens pour contraindre Khâdidja à poursuivre le père blanc de son dernier môme afin qu'il verse une pension alimentaire. Ce à quoi elle s'oppose farouchement. Elle ne s'en sort pas. Son fils aîné, Karim, la déteste viscéralement et progresse lentement vers le deal de drogue dans le quartier, les premières convocations à la police commencent. Elle ne s'en sort pas. Elle attend du système un peu de riz pour nourrir ses chiots...

Khadi Hane possède cette capacité de décrire la violence que produit sur un individu l'écartèlement entre modernité et traditions (Le collier de paille), entre un communautarisme oppressif et une ville-lumière  méprisante. Si dans Le collier de paille, cette violence s'exprime de manière épisodique, ici elle en imprègne constamment le personnage de Khadidja et la romancière charge son écriture du regard extrêmement sévère, voire méprisant de cette jeune mère de famille sur la communauté malienne, sûrement par le fait que ce soit l'une des plus rigides sur ces codes. Ce qui me semble intéressant quand on suit les personnages centraux de Khadi Hane, c'est la mise en scène de leurs contradictions et leur jusqu'au-boutisme si je peux m'exprimer ainsi. Khâdidja est à la fois une mère sans ressource qui ne veut pas qu'on lui retire la garde de ses enfants et qui refuse dans le même temps de suivre une procédure proposée par l'administration pour sauver la situation. Elle ne veut pas poursuivre celui qu'elle aime, celui qui est prêt à la jeter à la  rue, elle et ses enfants, celui qui est l'origine de la perte de son emploi, celui qui lui a permis de se réaliser en tant que femme. 

La plus grande violence étant, de mon point de vue, cette incapacité à concilier deux mondes, deux réalités profondément différentes avec tous les compromis nécessaires. 

C'est une lecture énervante, passionnante. Quelle rage! Une fois rentré dans l'histoire, le lecteur que je suis ne lâche pas le texte, car on a envie de savoir le fin mot de tout cela. Ce livre fera polémique. A cause des excès de la charge de Khadi Hane à l'endroit de la communauté malienne. En plus, il est difficile d'écrire sur un quartier comme Château rouge sans sombrer dans quelques formes de caricatures. C'est le cas, ici et certains préjugés seront renforcés, mais quand on a les fourmis dans la bouche, cela ne peut pas se passer autrement.

Dans un foyer Sonacotra
Tonton Jules presse le pas. Je l'imitai, abasourdie par le monde qui grouillait de partout, cinéma de Jean Rouch en plein Paris. Des fourmis, des essaims de fourmis noires étaient fondus les unes dans les autres, dans un vacarme continu. Au foyer, on caquette. Une voix cafardeuse de l'homme dont les épouses sont restées au pays se perçoit comme la plainte d'un coq dans une basse-cour sans femelle. Les nouvelles du Mali son disséquées, les ragots exagérés. Pn y refait son monde à coups de mandats au pays et de tontines, les gens n'arrêtent de caqueter que la nuit tombée, quand le corps du vieil immigré endormi se confond avec celui du jeune, allongé sur la même couche.
Page 111, éditions Denoël

Cissé, un nom valeureux
Des Cissé, il y en a combien à Château-Rouge? Paris se fichait de ce nom que je portais. Personne ne se retournait sur mon passage. La noblesse d'une pauvre négresse de la rue de l'Inconnu dans le dix-huitième arrondissement de Paris importait peu à ceux qui, comme moi, mourraient de faim dans leur appartement délabré.
Page 118, éditions Denoël

Un livre à découvrir.

Editions Denoël, Rentrée littéraire 2011

Voir également la critique de Sami Tchak sur Cultures Sud et un interview de Khadi Hane sur son roman sur le même site.

lundi 15 août 2011

Sami Tchak : Le paradis des chiots

source photo - zetalab

El Paraiso est le paradis des chiots. El Paraiso est un grand bidonville d'une de ces mégapoles sud-américaines. C'est également une référence à l'auteur cubain José Lézama Lima dont l'oeuvre centrale porte ce titre. Il faut croire que le paradis des chiots n'a rien avoir avec celui des hommes. Effectivement, Sami Tchak nous propose une plongée en apnée dans l'enfer des bidonvilles. L'auteur togolais prend le parti de nous faire découvrir l'humanité dans ce qu'elle a de plus sombres. Ici, les chiots sont des enfants.

Ernesto, est la fifille à Linda. C'est comme cela que le désignent Riki et Juanito, deux terribles compères. Sa mère, la fameuse Linda, se prostitue et elle laisse à la rue d'El Paraiso le soin de former et d'éduquer son garçon. Ici, il n'est pas question de scolarité, d'insertion quelconque. Ernesto a une dizaine d'années. Il est confronté à cette dure réalité qu'il conte avec un brin de naïveté et de lucidité. Il doit survivre aux agressions des autres enfants de la rue, il se prostitue dans le centre de cette grande ville, il a toutefois, la possibilité d'un toit que lui offre sa mère...

C'est un roman polyphonique avec une prépondérance du discours de l'enfant sur son quotidien, ses batailles, sa quête d'amour, son désir de survie, ses rencontres. Mais, la voix de la mère, Linda, est  très intéressante à écouter. Intéressante. Difficile aussi. Poignante. On comprend que la rue n'est pas toujours quelque chose d'imposer, mais un choix poussé par l'orgueil, le concours de circonstances. Et l'amour toujours, un sentiment recherché, une béquille inespérée qu'on arrive pas toujours à saisir à cause d'une vie déformée par la perversion, la déviance, la pauvreté, la reproduction de schèmes retors. Sami Tchak est très sombre sur le sujet. Un enfant arraché à la rue n'est pas forcément gagné pour une vie différente.

La première phase du roman est donc une succession de discours différents expliquant la situation d'Ernesto et le pourquoi de cette réalité. Discours. Celui d'Ernesto. Celui de Linda. Celui d'El Che. El Che, Ernesto, un homme inconnu qui arracha temporairement Linda à la rue. Une étrange relation le lia à Linda et à un passé lointain et bien lourd dont  les conséquences vont avoir un impact sur le présent. L'auteur ayant brouillé les cartes, le lecteur se prend même de compassion pour cette mère pas si indigne que ça, qui élève son gosse en livrant à la rue, parce que cela semble être son unique modèle.

Le propos d'Ernesto, le môme se réinstalle dans la suite du roman, comme pour rappeler qu'il s'agit d'histoire de chiots, pour se poursuivre sur les aléas que rencontrent le jeune homme, la jalousie, la méchanceté, la perversité, la folie... La violence n'est jamais là où on la croit vraiment. Elle peut être exprimée par une jeune fille douce en apparence et soumise à toutes ces contraintes. Elle est souvent suggérée plus qu'elle ne l'est montrée, Sami Tchak use des métaphores avec entrain et une grande maitrise de la langue.

D'ailleurs, c'est une composante qui fait de ce roman un texte à part : la richesse de la langue qui porte un texte aussi lourd. J'aime dire que ce genre de texte vous rappelle par leur qualité le fait que n'est pas écrivain qui veut. Assurément Sami Tchak est un grand écrivain qui arrive à se rapprocher de l'univers de cet enfant et de produire une écriture dense et sensible qui porte magnifiquement la voix du personnage d'Ernesto.

Je n'hésite pas à affirmer que le lecteur qui sort de cette lecture sans être affecté, un poil pertubé par cette narration est quelque part un pervers. Je me souviens que Le pain nu de Mohamed Choukri m'avait ébranlé par sa violence et le caractère cru des mots utilisés par le romancier marocain. Le paradis des chiots, c'est la même histoire en Amérique latine, en plus explosif. Il faut donc s'accrocher pour lire cette peinture de la condition de l'enfant de la rue.

J'ignore le mystère El Che, El Che dont je t'ai donné le prénom, toi qui est né le 23 avril dans la cabane devenue mienne. J'ai accouché sans l'assistance de personne, à seize ans, sans l'assistance de personne. Bon tu attends d'autres détails, hein, Ernesto? Tu veux, tu veux savoir comment je me suis débrouillée seule avec toi. Ernesto, sache que j'ai réussi  à nous maintenir en vie, nous deux, j'ai réussi, hantée par les visages d'El Che et de Leonardo Escobar, j'ai réussi, pleurant assez souvent quand j'allais livrer mon corps, j'ai réussi à nous maintenir en vie. J'ai réussi , quand, alors que tu venais d'avoir trois ans, j'ai commencer à te laisser seul à El Paraiso pour aller bosser au coeur de la ville, j'ai réussi à nous maintenir. Je revenais le soir, tu étais entrain d'errer, avec d'autres gosses, dans le quartier, tout sale, morveux, toi, tout sale. Je te récupérais, je te reprenais à la rue, ta si généreuse et cruelle nounou, la rue, et je lui murmurais à l'oreille, à la rue, Demain, je te le ramènerai tôt le matin, parce que je ne peux aller avec lui là où je bosse, je ne peux pas aller avec lui là-bas où je bosse.
Page 116, Editions Mercure de France

Bonne lecture!

Sami Tchak, Le paradis des chiots
Editions Mercure de France, 1ère parution en 2006, 223 pages

Voir également les critiques littéraires de Yves Chemla et de Pascale Arguedas

samedi 6 août 2011

Bertrand Rosenthal : C'est toujours la vie qui gagne

Bertrand Rosenthal est un grand reporter, ancien responsable de l’AFP dans plusieurs régions du globe, lauréat du Prix Albert Londres pour sa couverture de la guerre de Tchétchénie (avec toute l'équipe de l'AFP Moscou). J’ai eu le plaisir de le rencontrer à l’occasion d’une soirée Afriqua Paris. Grisonnant, l’homme à la voix rauque, le regard qui pétille quand il évoque son métier de reporter, et très attentif quand vous cherchez à tirer les verres du nez de ce personnage de roman. Car c’est ce que représente dans mon imaginaire cette catégorie de journalistes. J’ai sûrement trop lu de romans d’aventure dans mon adolescence.

En abordant les premières chroniques de reporter que présente l’auteur dans ce texte au titre enchanteur C’est toujours la vie qui gagne, je suis d’abord contrarié par le démarrage lent, beaucoup plus basé sur des anecdotes qu’une réelle analyse des différentes situations qu’il couvre. Tchad, Cuba, Roumanie. Alors que je commence à penser que ce journaliste va rester à la surface des choses, le propos se densifie avec l’épisode tchétchène et surtout dans son positionnement en Afrique de l’est qui lui permet d’évoquer le Rwanda, le Burundi, le Soudan, l’Erythrée, l’Ethiopie ou le Kenya et qu’il poursuive son discours sous d’autres cieux, en particulier au Moyen-Orient et aux Caraïbes.

L’esprit mal tourné, je vous livre là ma réflexion au fil des pages, j’ai d’abord pensé qu’il était peut-être plus simple de discourir sur la misère africaine que sur les intrigues de la guerre froide. Il me semble cependant que Bertrand Rosenthal veut partager un regard sur l'état du monde actuel et pousser un coup de gueule sur certains abus. Car le texte commence réellement sur la charge que prononce le journaliste reporter à l'endroit sur ce qu’il appelle le « Charity Business », alors qu’il a posé ses guêtres au Sud-Soudan. Son analyse est une sorte d’écho au propos de Sylvie Brunel par un témoin direct des mécanismes complexes de l’action humanitaire et de son imbrication avec les intérêts politiques des puissances qui les financent et une couverture médiatique parfois sinon souvent orchestrée pour des enjeux mal cernés… La parole de Bertrand Rosenthal semble plus libre à partir de là. Son périple avec Kofi Annan au cœur du génocide rwandais, en particulier la réception volontairement froide par le pouvoir rwandais de l’époque, constitue un prélude intéressant.

Sa couverture du conflit méconnu entre l’Erythrée et l’Ethiopie est très instructive. A chaque épisode, le journaliste est à la fois sur le terrain avec les belligérants et nous fait part de ces rencontres avec des acteurs, sinon auteurs directs de ces conflits, ici Melès Zenawi et Issayas Afeworki. En gros, comment fait-on cent cinquante mille morts sans réelle raison. Bien entendu, les choses sont beaucoup plus complexes avec des orientations politiques et économiques très différents entre ces deux pays liés par l’histoire et par le sang.

La couverture de l’Afghanistan de la période post 11-septembre est particulièrement riche d’enseignement. Les contradictions américaines sont bien relevées, le côté bourrin plus que souligné. Mais c’est aussi un regard sur ce pays historiquement imprenable, intrinsèquement rebelle, ses clans, ses talibans, les statues de Bamyam détruites.

C'est au final une série de chroniques intéressantes, instructives où on suit ce reporter sur des évènements marquants ou ignorés, sous la mitraille, au péril de sa vie.

L'information diffusée quotidienntement a perdu la boussole du bon sens. Plus de relativité, plus d'échelle de valeurs, tout est mis au même niveau dans un immédiat narcissique : 10 malades ici valent mieux que 150 morts ailleurs. Je l'ai vraiment ressenti pour la première fois en revenant du Tchad où je me suis rendu compte qu'il n'y avait qu'un enjeu fondamental: la vie ou la mort. Nos soucis de riches me paraissaient bien bénins.
Nous, médias et journalistes, sommes complices, sans toujours en être conscients, de cette manipulation de la peur, de la trouille, qui fera avaler n'importe quoi au nom du sacro-saint principes de précaution, de la sécurité nationale, personnelle alimentaire, sanitaire, environnementale..., au gré des intérêts en jeu. Son principal avatar reste le racisme, qui n'est qu'une instrumentalisation malsaine de la différence depuis des millénaires; l'autre est responsable de nos maux, l'autre est un danger, l'autre veut ma terre, mon argent, ma mort et celle de ma famille, il faut donc le tuer. Plus facile encore, s'il a une autre couleur de peau, une autre religion, un autre comportement sexuel.
page 144, éditions Choiseul

Bonne lecture!

Editions Choiseul, première parution en 2011, 153 pages.

jeudi 4 août 2011

Palabres autour des arts : Quelle éducation, ici?

Depuis le début de l'été, le restaurant Le Loyo, sise au 18 rue Bachelet, entre Château Rouge et les hauteurs de Montmartre, ce restaurant disais-je est le théâtre de palabres chaudes, bruyantes mais très intéressantes sur différents sujet qui touchent les communautés des différentes diasporas africaines. Enfin, le débat est ouvert à un large public. 

Ces échanges s'inscrivent dans le cadre des Palabres autour des Arts initiés par le griot urbain Joss Doszen. 
La première partie de la rencontre tourne autour d'oeuvres littéraires en lien avec le sujet original sur le modèle d'éducation en Europe. Le mardi 26 juillet 2011, les textes présentés touchaient à des romans passionnants sur parentalité taillée sur tous les angles :
  • Celles qui attendent de Fatou Diome (Editions Flammarion)
  • L’hibiscus pourpre de Chimamanda Ngozi Adichie (Livre de poche)
  • La place des fêtes de Sami Tchak (Editions Gallimard)
  • Le clan Boboto de Joss Doszen (en autoédition)
Celles qui attendent (Fatou Diome) -
Quand des mères envoient leurs garçons au casse-pipe, elles attendent leur retour

Palabres autour des arts - 26 Juillet -... par Culture_video

L'hibiscus pourpre (Chimamanda Ngozie Adichie),
Homme public captivant et moderne, père violent et retrograde
Place de fêtes (Sami Tchak)
Un père, un fils, la France, un univers trash

Palabres autour des arts - 26 Juillet -... par Culture_video

Le clan Boboto (Joss Doszen)
Une famille, des portraits, la cité, la zone négative

Palabres autour des arts - 26 Juillet -... par Culture_video

Dans le cadre du deuxième volet de ces palabres sans fin, Dibakana Mankessi, sociologue et romancier, a présenté son roman Une brève histoire de ma mère qui touche également à la parentalité et à la question du deuil. Ce roman a été présenté ici même en début d'année.


La grosse polémique suit dans les vidéos suivantes. Vous pouvez également réagir sur ce blog.



Palabres autour des arts - 26 Juillet - Piment 2 par Culture_video

Prochain rendez-vous le mardi 16 Août 2011.