samedi 26 février 2011

Le coeur des enfants léopards au Tarmac de La Villette

Le coeur des enfants léopards est un roman magnifique de l'écrivain congolais Wilfrid N'Sondé dont j'ai fait la lecture il y a deux ans déjà. Un très beau texte adapté au théâtre et mis en scène par Dieudonné Niangouna qu'on ne présente plus. Cette pièce sera jouée en première ce mardi 1er Mars 2011 au Tarmac de la Villette et interprété par le brillant comédien Criss Niangouna. Lumière de Laurent Vergnaud. Tarif promotionnel de 8€ jusqu'au 28 février.
La pièce sera jouée du 1er  au 19 Mars 2011. J'y serai. Et vous?

Notez également que sera joué au Théâtre du Tarmac de la Villette Samantha à Kinshasa de Marie-Louise Mumbu dit Bibish. C'est également un texte dont je garde un très bon souvenir et dont je retiens la joie de vivre des personnages de ces chroniques kinoises qui ne sont pas toujours roses. Evidemment, comme avec Le coeur des enfants léopards, je me demande comment l'adaptation de ces bouts de vies sera réalisée sur les planches du Tarmac. Mais entre nous, après le bonheur que m'a procuré le Black bazar de Mabanckou adapté par Modeste Nzapassara, je suis serein. Wait and see at Tarmac.
La pièce sera jouée du 29 Mars au 09 Avril 2011, avec Alvie Bitémo et Benoist Bouvot, une mise en scène de Catherine Boskowitz.

Le mois de mars est très dense à Paris sur le plan de la création artistique autour du  Congo Brazzaville.
Au théâtre du Grand Parquet, la pièce Elf Pompe Afrique écrite, mise en scène et interprétée par Nicolas Lambert (compagnie Un pas de côté) du 3 Mars au 3 Avril 2011.

Faites-vous une idée avec les séquences disponibles sur Google et chargez vos agendas!

mardi 22 février 2011

Interview de Sami Tchak sur Al Capone le Malien

C'est avec un immense plaisir que je vous partage cet entretien avec le romancier togolais Sami Tchak, autour de son 7ème roman, Al Capone Le Malien, paru au Mercure de France. En gras, les questions de Gangoueus, en clair les réponses du romancier. Bonne lecture!


Vous avez habitué vos lecteurs à des excursions en Amérique latine dans vos dernières parutions (Hermina, La fête des masques, Paradis des chiots ou Filles de Mexico). Qu’est-ce qui a déterminé, voir dicté ce retour en Afrique ? Est-ce que pour l’auteur que vous êtes, il y a eu des difficultés à écrire dans cet univers ?


Je pars de l’idée que chaque créateur s’inspire de tout ce qui, à un moment, l’interroge avec une sorte d’urgence. Parfois, c’est la nouveauté (la découverte) qui le stimule. Je n’ai jamais pensé qu’en tant qu’auteur togolais, il y ait un terrain ou un territoire qui s’impose à moi d’emblée, même si, contrairement à certains commentaires sur moi, je n’ai jamais laissé entendre que mon pays, ou le continent africain, était exclu de mes sources d’inspiration. Pour chaque livre, un événement, un prétexte, une situation, une expérience. L’Amérique latine m’en avait fourni et m’en fournira sans doute encore. Mais le dernier roman est né, lui, d’un moment précis dans ma vie : lorsque je me suis retrouvé à Niagassola (Guinée), dans le compte du magazine Géo, pour un reportage sur le balafon mythique de Soumaoro Kanté, classé par l’UNESCO comme patrimoine mondial immatériel de l’Humanité. D’autres éléments, puisés surtout dans l’histoire récente du Cameroun se sont par la suite introduits dans mes expériences à partir de mes voyages. Le roman est né de là. Et d’autres viendront, si la vie m’en laisse le temps et les moyens, sur ces mêmes sujets dont je tenterai de rendre davantage la complexité.

On retrouve plusieurs éléments déjà présents dans Filles de Mexico. Le premier auquel je pense est la géographie. Ce roman se déroule successivement en Guinée et au Mali avec un épisode assez long au Cameroun. La France est présente aussi. Est-ce votre côté globe-trotter qui influence cette construction géographique de vos histoires ? Ou plutôt un besoin de ne pas zoomer sur une seule cible ?

Ces éléments étaient déjà présents dans tous mes autres romans, depuis Place des Fêtes. Je dirais que pour le moment mes personnages sont des êtres assez mobiles, dont les expériences traversent des frontières. Cela ne renvoie pas à un besoin de ne pas « zoomer une cible », mais au fait assez simple que pour le moment c’est de cette manière que je trouve plus adapté de rendre compte des expériences de mes personnages. Un jour, je pourrais écrire aussi un roman dont les actions se déroulent par exemple dans une piaule ou dans une voiture. L’essentiel étant de tenter de jeter un regard relativement personnel sur le monde dans lequel on vit, sur la condition humaine, les sujets littéraires de tous les temps.

Le 2ème élément est ce personnage narrateur, René Cherin, qui fait beaucoup penser à celui de Djibril Nawo de votre précédent roman. Tous deux sont des personnages un peu pommés, se laissant porter par les situations, permettant la libération de la parole et/ou celle de l’action des personnages qu’ils observent. S’agit-il d’un artifice littéraire uniquement ou d’un discours sur la passivité et la rencontre de l’autre ?

Là aussi, il s’agit de traits qu’on retrouve chez le héros de Hermina, chez celui de La fête des masques, chez le narrateur principal du Paradis des chiots. Pas forcément des personnages paumés, mais plus des gens qui se laissent emporter, qui suivent, pour certains par une sorte de résignation, pour d’autres par curiosité ou inconscience, mais dans tous les cas c’est de cette manière qu’ils se retrouvent au cœur des secrets des autres, qu’ils voient et restituent le monde devant eux, dont l’impact sur eux devient peut-être l’élément qui les rend originaux. Leurs manières de réagir les singularisent mais aussi dévoilent, peut-être, ce qui en eux, chez eux, est universel.

Une petite différence entre Djibril Nawo et René Cherin. Djibril a des origines togolaises comme vous, alors que René est blanc et il sort de sa campagne bien française, même s’il a vécu dans une de ces banlieues très mondialisées d’Ile de France. A-t-il été difficile pour vous de vous glisser dans la peau de ce personnage ?

Entre Djibril Nawo et René Cherin, la différence va au-delà de ces aspects soulignés. Mais cela n’est peut-être pas le plus important. Prenons en compte juste René. Il n’a pas vécu dans une banlieue, mais dans le vingtième arrondissement de Paris, dans un immeuble où en effet il croise des hommes et des femmes venus, pour la plupart d’entre eux, d’ailleurs. Il ne m’a pas été plus difficile, ni plus facile, de me mettre dans la peau d’un journaliste blanc se retrouvant dans des pays africains qu’il ne l’avait été pour moi lorsque j’écrivais dans les années 1980 mon premier roman en faisant parler une femme. C’est le même travail pour tenter de rendre crédibles les voix des gosses d’un quartier difficile d’une capitale latino-américaine ou la voix d’un jeune Français fils d’immigrés africains. Même pour un roman dit autobiographique, je crois que le travail de l’écrivain consiste, entre autres contraintes, à se mettre sous la peau de ses personnages. La véritable question, à mon avis, c’est s’il le réussit toujours !

Il y a comme une sorte d’inversion des rôles – du rapport dominant/dominé - qu’on a du mal à concevoir parfois dans le contexte africain actuel, notamment ce rapport de fascination qui le lie à tous les personnages qui gravitent autour d’Al Capone ?

Je ne sais pas si on peut parler de rapport de dominant/dominé, mais il est, en effet, moins fréquent qu’on mette en scène des Blancs, quels qu’ils soient, qui, dans un pays africain, découvrent des personnages qui les fascinent, qui ne viennent pas vers eux comme des mendiants de situation, mais comme des « maîtres » qui les aspirent dans leur monde. Mais la personnalité de René, mieux que la couleur de sa peau, explique la situation qui s’est créée, le rapport vertical entre Al Capone et lui. Le photographe n’a pas éprouvé la même fascination, on peut même parler, de son côté, d’une sorte de répulsion pour le faux prince et ses mœurs. Il est donc resté totalement à l’écart de cet univers, il n’a éprouvé de l’intérêt que pour les paroles de Namane Kouyaté. Peut-être parce que lui, le photographe, était un habitué du terrain, avait déjà établi des liens avec beaucoup de sociétés africaines qu’il interroge pour comprendre leurs vérités les plus ancrées.

Emmanuel Dongala expliquait lors de son passage à la Grande Librairie qu’il a dù écrire son roman Photo de groupe au bord du fleuve à la 2ème personne du singulier parce qu’il ne pouvait écrire autrement pour laisser une libre expression au personnage féminin central de son roman. Est-ce quelque chose que vous comprenez et que vous avez ressenti en regardant ce monde africain au travers de ce journaliste français ? Sinon, est-ce le fait que vous ayez un regard extérieur aux situations que vous narrez, un peu comme celui de l’occidental que vous seriez devenu ?

Ce que dit Emmanuel Dongala relève d’une expérience personnelle. D’autres, à sa place, pour ce même sujet, auraient pu écrire à la première ou à la troisième personne, pour aboutir à un résultat appréciable. Personnellement, je ne pense pas être devenu (avoir un regard) un occidental. Mais je pense que chaque regard est relativement chargé d’une expérience personnelle, elle-même façonnée par une culture plus collective, un contexte… Quel que soit le terrain, il ne m’est pas forcément familier, c’est en étranger que je l’aborde et tente de m’imprégner de lui. Je ne suis pas issu de ce grand espace de l’ancien empire du Mali. Bien que mes expériences d’enfant du village au Togo me permettent de saisir certaines choses de façon immédiate dans les autres pays d’Afrique noire, partout je suis d’abord un regard extérieur qui ne demande qu’à s’enrichir. Ensuite, interviennent ma propre personnalité, mes propres convictions. Des éléments qui m’ont servi de prétexte, un autre écrivain aurait tiré un livre tout à fait différent. Sa propre sensibilité nous aurait conduits sur d’autres pistes. L’essentiel, je pense, c’est le résultat de l’expérience, sa crédibilité, sa cohérence interne.

Al Capone le Malien est un feyman, un escroc camerounais d’envergure internationale. Comment avez-vous été conduit à créer ce personnage ténébreux, complexe, charismatique, très moderne ?


Je me suis inspiré des histoires de feymen qui ont réellement existé, au premier rang desquels Donatien Koagne, celui qu’Al Capone considère comme son dieu. Comme dans mes autres romans, il me faut du concret, à partir duquel ma liberté d’écrivain a un sens.

Une autre figure introduit ce roman, celle de cet ancien diplomate guinéen ; Namane Kouyaté. Homme dévoué passionnément à son épouse et à son art de joueur de balafon et de griot mandingue. Enraciné dans l’histoire, dans la tradition orale, il est antithèse d’Al Capone. Avez-vous souhaité reproduire, en confrontant ces deux personnages, le choc de deux mondes que Chinua Achebe, version 2010 ? Une collision frontale entre le matérialisme bling-bling d’Al Capone et l’« archaïsme » d’une culture millénaire incarnée par un balafon enfermé dans une vieille case ?

J’ai tenté de montrer la complexité des éléments qui composent nos identités. Bien sûr, il y a une véritable opposition entre les visions du monde de Namane et d’Al Capone, mais ce qui me semble encore plus important, c’est la façon dont ces mondes si antagoniques cohabitent, font la modernité, le dynamisme de nos sociétés. Si on prend le cas de Donatien Koagne, le plus célèbre des feymen, on verra que c’est sur les symboles des sociétés anciennes de son pays qu’il a construit son mythe. Il s’est autoproclamé roi du Cameroun et on le voit habillé comme un roi, avec sa canne, tous les symboles extérieurs qui vont avec, dont l’or. Al Capone, avant qu’on ne sache qui il est, se présente aussi comme un prince venu à Niagassola pour voir un symbole du pouvoir ancien, le balafon. Namane Kouyaté, l’homme toujours en veste et cravate, incarne sans doute une certaine identité, fondée sur ce que le passé a de plus glorieux. Mais c’est aussi un homme de son temps. Les choses sont relativement plus complexes dans la réalité, elles ne peuvent être simples dans les livres qui s’en inspirent.

On pourrait vous reprocher de regarder cet effondrement des valeurs avec une pointe de sarcasme quand vous mettez en scène cette photo avec ces notables de Niagassola qui veulent être immortalisés devant la limousine du feyman… Qu’en pensez-vous ? Y-a-t-il des choses à rattraper ?

Pour me reprocher une sorte de sarcasme, il faut me prêter ce sarcasme. C’est ce que je viens de dire : les choses ne sont pas aussi simples, ni dans la réalité, ni dans le livre. Si vous vous référez à un autre moment du livre, vous le remarquerez encore plus aisément : Namane Kouyaté parle d’un féticheur, Moustapha Diallo, assez riche dont l’une des passions consiste à acheter des voitures de luxe. Moustapha Diallo existe réellement, et ce que je dis de lui est authentique. Il vous suffit de chercher sur Internet le féticheur Moustapha Diallo du Mali pour découvrir ce personnage. Ce n’est donc pas parce que les vieux sont bien ancrés dans leurs valeurs qu’ils demeurent insensibles aux symboles actuels de la puissance, de la richesse, du pouvoir. Et il me semble que je regarde l’effondrement de certaines valeurs avec une pointe de tristesse. Je ne sais s’il y a des choses à rattraper, mais il est possible, au moins sur un plan individuel, de ne pas céder facilement à la fascination de tout ce qui brille.

René Cherin observe dans le cadre du reportage qui l’a conduit en Guinée, ces français noirs qui viennent découvrir l’Afrique des ancêtres. Vu le regard qu’il porte sur le sujet, peut-on pensez que vous êtes extrêmement sceptique quant à l’intérêt de ce type d’initiative ? Finalement le feyman est là pour lever le voile à toute cette mascarade. Est-ce votre propos ?

Je n’ai pas à être sceptique ou pas sceptique, mais je pense que pour des jeunes dans leur situation, les valeurs et les héros sont plus actuels. L’origine de leurs parents ne fait pas d’eux des héritiers naturels de l’histoire du grand Mali. J’estime que de tels voyages vers la source ne pourraient être fructueux que s’ils se situent dans le prolongement d’une éducation. Aimer son passé pour mieux s’inventer un avenir, cela s’apprend. Sinon, les gosses se retrouvent dans la situation des touristes et le caractère sacré de certains symboles ne peut agir suffisamment sur eux au point de les retenir quand leur propre monde les appelle.

Je découvre ce groupe de mots « français noir », Léonora Miano m’avait habitué au terme « afropéens ». Cela me fait penser au concept de « noir américain » comme s’il fallait marteler l’idée que cette association de mots est compatible. En vous lisant, doit-on comprendre que c’est un impératif ?

Je n’ai jamais fait usage du néologisme Afropéens, mais je le comprends quand Léonora lui donne son sens. Je parle de jeunes Français noirs, puisqu’ils sont de jeunes Français noirs. Mais je n’en fais pas une expression générique, c’est une désignation directe. Dans le contexte précis du livre, René les nomme ainsi pour qu’on puisse comprendre leurs rapports avec le balafon et l’importance de l’événement qui s’ensuivra : le fait qu’ils aient couru derrière la limousine. Mais on peut aussi les appeler des Français de couleur ou une minorité visible. Moi, je dis juste Français noirs.

En page 161, Namane Kouyaté, le gardien du temple dit à propos des écrivains francophones d’Afrique noire « Avec leurs choix de styles, de thématiques toujours dans l’esprit d’attirer l’attention du public et des critiques blancs, ils ne parviendront jamais à la hauteur de leur propre vérité. Il manquera à leurs écrits une âme que seul peut conférer à un texte un véritable ancrage culturel ». Plus loin il assène ce qui suit : « Une telle situation ne permet pas l’émergence d’une création authentique. Un véritable écrivain est d’abord le produit d’une langue et d’un peuple, il écrit d’abord pour les siens, il aspire à entrer en communion avec l’âme authentique de sa société ».
Il s’agit d’une critique féroce à l’endroit des écrivains francophones. Pensez-vous votre écriture authentique ? Peut-on espérer un jour vous voir écrire dans une langue du nord du Togo ou au contraire vous vous démarquez des dérapages de la pensée de Namane Kouyaté ? Comment expliquez-vous qu’aucun écrivain africain de langue française d’envergure n’ait tenté cette expérience ?

Je ne trouve nul dérapage dans les propos de Namane Kouyaté, mais des réflexions cohérentes par rapport à sa vision du monde, que je partage pour l’essentiel. Il s’agit plus d’une réflexion, qui me concerne aussi, que d’une critique féroce à l’endroit des écrivains francophones (je ne crois pas que le problème soit forcément résolu quand on écrit en anglais ou en portugais ou en espagnol, le marché principal des littératures africaines se situe en Occident.) Je rêve d’écrire un jour un livre dans ma propre langue, le kotokoli, non par révolte mais pour vivre cette expérience et mesurer si elle déclencherait en moi des sensations particulièrement originales. Mais en aurais-je les moyens ? Je ne le sais. Cette expérience a déjà été tentée par un écrivain africain de langue française, un écrivain de grande envergure dont la parole est toujours puisée au plus profond de lui, un homme d’une authenticité à qui, d’ailleurs, j’ai pensé à écrivant ces mots : Boubacar Boris Diop. Au moment où Namane Kouyaté commence à parler de la littérature francophone d’Afrique noire, de l’écriture dans les langues d’emprunt, etc., j’ai eu et gardé en tête Boubacar Boris Diop.

Vous n’allez pas vous faire que des amis au Cameroun… Finalement, comme c’est souvent le cas dans vos romans, vous observez toutes ses sociétés par leurs travers, les mœurs dérapantes, les bas-fonds. Niagassola, Bamako, Yaoundé, Douala… On pourrait vous reprocher de délaisser votre propre pays, le Togo… Que répondriez-vous dans ce cas ?

Je ne sais si j’observe Niagassola par un angle négatif, mais ce que je sais c’est que presque toujours, c’est plutôt dans leurs contradictions, dans leurs maladies, dans leurs déchets, que les sociétés offrent aux écrivains leur mine. C’est du moins ce que je constate en lisant les grands classiques. Donc en cela, je me situe dans une démarche qui me semble finalement propre à la littérature. Et comme il ne me vient pas à l’esprit de me faire, en écrivant, ni des amis ni des ennemis, j’accepterai toutes les réactions possibles. Quant au Togo, mon premier roman s’y passe entièrement. Et bientôt, personne ne pourra plus penser que je délaisse le Togo. Je ne l’ai jamais délaissé. Il se trouve dans tous mes livres. Il s’y trouvera encore plus explicitement bientôt.

Le regard que René Chérin sur son propre pays semble celui d’un déclin amorcé. Est-ce votre point de vue ?

Ah, je ne m’en suis pas aperçu. J’ai cru qu’il parlait juste de la mort de ce qui a constitué son identité, à lui, le monde rural. Ce monde-là se métamorphose. Aussi, René se retrouve-t-il seul, et le sera davantage quand disparaîtraient ses parents déjà à la retraite et dont la ferme est passée entre d’autres mains. Le monde de René, son monde rural, et surtout les terres de sa famille, se dérobent à lui. Il ne s’agit pas du déclin de la douce France.

Pouvez-vous proposer aux lectrices et  lecteurs de ce blog, une liste de romans que vous conseilleriez ?

Une liste de romans ? Enfin…. Je lève mes yeux vers ma bibliothèque :
  • La forêt des pendus de Liviu Rebreanu
  • Le pousse-pousse de Lao She
  • Diadorim de Joao Guimaraes Rosa
  • Le monde s’effondre de Chinua Achebe (à relire)
  • Tête de chien de Morten Ramsland
  • Mère-Solitude d’Emile Ollivier…
Une liste ? A partir de deux, je pense que c’est déjà une liste. Et certains livres nous prennent un bon morceau de notre temps de vie qu’un seul pourrait déjà suffire. Dans ce cas, je dirais Diadorim.

Merci !

dimanche 20 février 2011

[Afriqua Paris] : Rencontre avec Mamadou M. Ndongo et Sami Tchak

Le cadre est sympathique, l'atmosphère agréable, l'entrée est free, les artistes sont accessibles, le fait culturel est mis en valeur, bref on sort chaque fois enrichis des rencontres Afriqua Paris qui permettent le contact, l'écoute ou parfois la découverte d'écrivains, de metteurs en scène, de comédiens passionnants.

A l'occasion de la prochaine rencontre du jeudi 24 février 2011, les romanciers Mamadou Mahmoud Ndongo et Sami Tchak :

Mamadou Mahmoud Ndongo, cinéaste de formation, est l'auteur de 5 romans. J'ai personnellement eu l'occasion de lire ses deux derniers ouvrages. Un mot me vient à l'esprit en pensant à cet auteur : la singularité. Son nouveau roman La géométrie de variables paru en septembre 2010 chez Gallimard met en scène l'univers des communicants, des coulisses du pouvoir, questionne l'art et pour en savoir plus, vous pouvez jeter un coup d'oeil sur la chronique que j'ai réalisé l'automne dernier.

Sami Tchak est un sociologue qui a basculé dans le roman. On pourra lui demander le pourquoi de ce dérapage contrôlé et réussi. Il poursuit la construction d'une oeuvre littéraire dense, fortement influencée par les lettres sud-américaines. Al Capone le Malien est son nouveau roman. Je pense ne pas en avoir dit assez dans mon billet précédent, mais venez écouter cet intellectuel qui s'exprimera sur le regard décalé qu'il porte sur l'Afrique d'aujourd'hui et sur les personnages hauts en couleur qui naissent de sa plume.

Notez également la présentation de la bande dessinée Les diamants de Kamituga réalisé par le congolais Séraphin Karibwami, BD qui nous plonge dans le quotidien des habitants de la RDC.

La rencontre a lieu dans le quartier Passy, à 15 minutes de Saint-Lazare et de la place de l'Etoile. Rendez-vous à 19h.

Au restaurant Albarino Passy, 4 rue Lekain, Paris 16ème. Métro 9 La Muette. 
Tel 01.44.96.74.78 / 06.99.02.80.37.

Pour plus d'infos :
Albarino Passy

A jeudi !!!

Photo Mamadou M. N'Dongo par Agnès Lebeaupin
Photo Sami Tchak - Source Mercure de France / Catherine Hélie

jeudi 17 février 2011

Sami Tchak : Al Capone le Malien

© Armand Borlant

L’auteur togolais nous avait habitués à plus de sobriété dans le choix de ses titres : La fête des masques, Place de fêtes, Hermina, Paradis des chiots, Filles de Mexico. On pourrait parler de rupture en pensant à ce titre clinquant qui ne manquera pas d’émoustiller la curiosité du lecteur… à juste raison.


En effet, Al Capone le Malien est le personnage de ce roman. Il est le noyau d’un atome d’Uranium autour duquel gravite une myriade de personnages-électrons, tous sous l’emprise de son champ de force qui empêche toute fuite possible. Il est des personnes dont il n’est pas souhaitable d’entendre la simple voix. Tout est dérèglement autour de ce feyman, entendez par là escroc international d’origine camerounaise. L’homme est un hédoniste accompli, il vit chaque seconde de sa vie comme c’était la dernière, il aspire l’air de ceux qui l’entoure, les abreuve selon son bon vouloir à coup de champagne Veuve Cliquot.

C’est au travers d’un de ces électrons insignifiants qu’on observe le charme qu’opère le malfaiteur africain. René Chérin est un journaliste français venu à Niagassola réalisé en compagnie d’un photographe un photo-documentaire sur l’art du Manding pour un très grand magazine, en particulier sur le fameux Sosso-Bala, balafon ancestral lié à l’épopée mandingue. Il rencontre tout d'abord Namane Kouyaté, un notable guinéen devant l’aider dans le cadre de sa mission. L'homme a été diplomate, mais il est surtout un très grand griot et un fin connaisseur des cultures mandingue et occidentale, un défenseur d’une Afrique se rassérénant de son passé glorieux dont il ne reste cependant que des traces orales dans l’histoire.
C'est au cours de la cérémonie traditionnelle que René Chérin, sorte de personnage éponge, figure récurrente de la prose tchakienne, se prend d’intérêt pour cet Al Capone, figure concrète et charismatique de l’Afrique contemporaine dans tout ce qu'elle a de retors et de moderne. Il le retrouve à Bamako.

Disons-le tout de suite, Sami Tchak réussit là un très beau portrait de cette Afrique des coulisses, des arcanes du pouvoir. Celles du Cameroun principalement, quand est exploré le passé d’Al Capone, ce qui le définit. Comme à son habitude, Sami Tchak explore les fossés jonchés de détritus, d’histoires scabreuses, les scandales dont certains sont liés à des faits réels qui ont secoué le Cameroun. Son terrain d’exploration n’est plus l’Amérique latine. Bamako que le livre de Valérie Marin La Meslée présentait sous un aspect positif est revisitée dans son aspect ténébreux, loin des valeurs ancestrales clamées par les djéli, plus proche de cette course matérialiste et égocentrique de l’individu et de la faillite des moeurs.

Plus que le personnage de Djibril Nawo, dans le roman précédent de Sami Tchak, René Chérin agace par sa passivité. Elle n’est pas seulement un artifice littéraire pour permettre une libération totale de la parole des personnages observés. Personnages qui malgré l'extravagance de leurs actions, avancent masqués. L’emprise d’Al Capone est réelle. Il donne une direction, à des personnages en quête de spiritualité, en quête d’eux-mêmes. Que ce soit une bell française d’origine malienne, spécialiste de littérature. Que ce soit une fille à papa initiée à la luxure. Que ce soit une certaine malienne malicieuse. Que ce soit un français en perte de repère, préfiguration d’un pays sur le déclin ?

 
Quand on remonte, le temps d'une confession, sur le parcours de Joseph Tawa dit Al Capone, sur sa fascination pour Donatien Koagne, prince disparu des feyman, on saisit une part de la personnalité de ce comédien né. Enfin, on croit le saisir... Le reste est à découvrir.
 
Bonne lecture,
 
Editions Mercure de France, 1ère parution en 2011, 298 pages.
 
Voir la note de Baguissoga Satra sur Cultures Sud ainsi que l'interview de Sami Tchak  réalisée par Nathalie Philippe.

vendredi 11 février 2011

Lauren Ekué : Carnet Spunk

Une jeune  femme, une française noire, se balade dans la nuit d'Harlem, le quartier mythique afro-américain de l'île de Manhattan. L'ambiance est à la fête car nous sommes dans la nuit du 4 novembre 2008 et Barack Obama vient d'être élu, 44ème président des Etats-Unis, lui et sa femme sont blacks... La narratrice sillonne la nuit américaine, capte des moments de l'instant historique dans ce quartier où l'élection d'Obama a une saveur particulière. Elle décrit fort bien cette atmosphère particulière :
Harlem. 125ème rue. Place du bâtiment Adam Clayton le 04 Novembre 2008. Iris bruns extasiés vers l'un des écrans. Barack Obama vient de gagner l'élection présidentielle. La foule massivement composée d'afro-américains envoie des e-mails via leurs Blackberry. En transe, ils pleurent. Tombent dans les bras ces uns et des autres. Dansent un furieux morceau de George Clinton. Improvisent de zélés discours. On s'éclate. Une vieille regarde le ciel et entame un thank you Jesus.
Page 25, Edition Anibwé 

L'apparition de Michelle Obama aux côtés de son mari va toutefois recentrer la narratrice sur des questions identitaires plus personnelles.
L'arrivée de Michelle Obama est incontestablement ma petite victoire personnelle. Un homme de pouvoir gravit la plus haute marche avec à son bras une femme Noire. Cet exemple a de quoi réconforter quand on voit les dirigeants africains si fiers d'épouser des Blanches et dénigrer ainsi des Noires.
Page 26, Edition Anibwé

Quelques timides gouttes de pluie tombent. Mes complexes aussi. J'adore la sobriété du carré lisse de Michelle Obama. L'épouse du président apparait en grande forme et radieuse. Pourtant aurait-elle dû se pointer avec des dreadlocks?
Page 27, Edition Anibwé

Je ne sais pas si certains d'entre vous ont vu le film Une nuit en enfer de Robert Rodriguez, mais ce texte dans sa structure me fait penser à ce film culte. Pas de braquage, pas de vampires à chaque recoin d'un saloon mexicain. Un seul intérêt, la connexion entre deux genres. Merci Salma Hayek. La dernière question de l'extrait cité fait le fameux pont entre le discours d'Obama et une exploration à priori inattendue de la question capillaire afro, de ce à quoi elle renvoie. Un grand écart surprenant. Le personnage analyse les standards de beauté qui, dans les sociétés occidentales,  dominent et oppressent  les femmes d'essence africaine, qui s'y soumettent bon gré mal gré avec l'excuse facile de la domination masculine qui participerait à l'imposition de manière consciente ou inconsciente, de ce cheveu lisse, greffé, soumis, tout le contraire du cheveu crépu originel.

Ce que je trouve intéressant finalement, c'est de réaliser combien nos regards peuvent être différents sur une même situation. Si le personnage du Carnet Spunk de Lauren Ekué se retrouve à Harlem quand Obama remercie l'Amérique de lui avoir fait confiance, j'étais également cloué  devant mon écran de télévision avec des pensées qui étaient à des années-lumières du personnage de la romancière franco-togolaise. 

Lauren Ekué a un talent certain qui mérite encore du travail, son écriture est originale tantôt très libre, parfois poétique. On regrettera une introduction poussive et la critique hasardeuse de Frantz Fanon et de son mythique Peau noire, masques blancs. Désolé, mais il y a des icônes qu'on ne touche pas sans risquer la brûlure.

Pour le reste, cette réflexion m'a parue intéressante, même si je regrette le côté on n'est responsable de rien, c'est la faute aux hommes ou au système occidental. Cette question du cheveu a fait l'objet d'un chapitre entier du récent roman de Léonora Miano, Blues pour Elise. Preuve que le sujet est brûlant. Michelle Obama, femme (aux cheveux assouplis au fer chaud) du premier président afro-américain des Etats-Unis, est rayonnante de beauté et d'intelligence. Toni Morrison avec ses dreadlocks de grand-mère est au top de sa production littéraire, épanouie et éclatante de vitalité. Il y a de la place pour tous dans cette arêne, n'est-ce pas?

Bonne lecture,

Edition Anibwé, 1ère parution en 2010.



dimanche 6 février 2011

Ancrage africain

N'importe quel inculte en géographie ayant sous ses yeux une globe terrestre et un découpage de l'Afrique, verrait que l'Algérie est l'un des plus grands pays, en superficie en tout cas, du continent africain. Aussi, pourrait-il être un poil surpris par le titre de ce recueil de nouvelles, Ancrage africain, paru aux éditions algériennes APIC, dans le cadre d'une résidence d'auteurs africains ou plutôt algériens et africains, pendant le PANAF 2009. Ce titre m'a paru suspect mais pas forcément surprenant tant j'avais déjà entendu un certain discours sur la difficulté pour l'algérien de ressentir une sentiment d'appartenance à l'entité africaine. D'ailleurs ne sont-ils pour beaucoup plus maghrébins qu'africains? La question est ouverte.

Je pensais justement retrouver  plus ou moins, dans ces nouvelles, une réflexion sur cette thématique de l'ancrage africain. Par le PANAF, les Afriques se sont retrouvées dans les rues d'Alger, par les folklores, par différents spectacles musicaux, expositions et rencontres littéraires, j'imaginais que cette nécessité d'enracinement sur une terre africaine, qu'elle fut nord-africaine ou subsaharéenne, allait transparaitre.

Mais ce ne fut pas vraiment le cas ou plutôt je ne l'ai pas ressenti comme tel.

Des personnages qui semblent déracinés reviennent dans cette ville d'Alger et tentent de retrouver des lieux et des repères. Ils sont partis, ils reviennent, leurs avions atterrissent, ils ne font que passer, chargés de leurs histoires d'ailleurs qui leur donnent un regard nouveau. Yahia Belaskri, Kebir Mustapha Ammi.

D'autres ont bourlingué. A la recherche d'un amour, d'eux-mêmes ou encore en raccompagnant une bande de romanciers pétris de savoir et de suffisance, ils ont fait le tour de l'Afrique, enfin le quart de tour. Sous la plume du nouvelliste qui entreprend cet exode, on sent la connaissance ou la méconnaissance de l'autre, la capacité de le mettre en scène dans une fiction cohérente ou pas. Hamid SkifAnouar Benmalek.

Celle qui a la part belle dans cette affaire, c'est finalement Alger. Que ce soit par cette relation passionnelle qui la lie  avec certains de ces auteurs natifs que parfois on a le sentiment qu'elle a vomi ou encore avec celles et ceux  qui passent, transitent, viennent festoyer le temps d'un festival. Ibrahima Aya, Eugène Ebodé ou Tanella Boni  tentent avec un certain succès de faire vivre Alger sous leur plume, donnant la parole aux petites gens,à leurs croyances,à leurs délires, renvoyant le lecteur dans les méandres d'une histoire fantasmée d'Al Mahroussia.

En bouclant ce recueil, mon avis est que les textes qui m'ont le plus touché sont ceux qui parlent de la rencontre. Ceux qui reconnaissent qu'il y a peut-être des fossés d'ignorance à combler, un temps de découverte qui dépasse le cadre d'un festival. Un échange qui permet de mettre à nu un passé souvent fait de razzias et de traites. Passé qui conditionne de nombreux comportements, dicte des regards, empêche l'union comme celle tue qui constitue la chute de la nouvelle d'Hamid Skif. Dans cet esprit, je trouve que les nouvelles d'Alain Mabanckou et de Sami Tchak sont une entame de ce dialogue, une entrée dans un tunnel poussiéreux mais incontournable. C'est là,  l'ancrage d'un dialogue à poursuivre...

Ecoutons le poète Gabriel Mwènè Okoundji parlant de l'Afrique :


Etoiles du ciel, cette maison est notre Terre
Du nord au sud elle n'est plus à vendre
Jamais l'histoire ne se répétera! Cette maison est notre Terre
Elle n'est pas à vendre, ni à l'est ni à l'ouest
La parole est notre mémoire, attention aux escrocs!
Page 201, Editions Apic 

Bonne lecture,

Ancrage africain
1ère parution en 2009, APIC Editions, 252 pages
Kebir Mustapha AMMI, Ibrahima AYA, Yahia BELASKRI, Anouar BENMALEK, Tanella BONI, Eugène EBODE, Alain MABANCKOU, Gabriel Mwènè OKOUNDJI, Hamid SKIF, Sami TCHAK. 

Avis complémentaires : Newscribe, Infosoir

mercredi 2 février 2011

Atiq Rahimi : Syngué Sabour

Un homme est blessé dans une chambre quelque part dans une ville afghane. Il est inconscient. Une femme prend soin de lui. Elle prie. Elle égrène un chapelet. Elle lui parle. Elle le caresse. Elle sort. On ne sait pas trop ce qui est arrivé à cet homme, mais les mots de cette femme situent progressivement le lecteur. Elle parle. Dehors, on entend la ville. Des obus par ci, des tirs à l’arme lourde par là.

La femme entre. La femme sort. Parfois les enfants rentrent malgré l’interdiction de leur mère.


Des militaires qui ratissent le quartier, pénètrent. Il trouve
l' homme inerte. Des questions. Le silence pour réponse.

On entend la voisine psalmodier. Elle est devenue dingue. Sa famille a été exterminée, sa maison détruite. Elle chante. On l’entend.

La femme parle. Elle dit des choses qu’elle ne devrait pas dire. Des choses qu’elle n’a dites à personne. C’est la voix d’une femme dans une société patriarcale. La voix d’une femme où son silence est réclamé, exigé, imposé.

Vous dire que l’on sent ses boyaux se nouer au fil du déroulement de ce monologue est peu de chose. Vous dire que ce qui terrifie le lecteur que je suis le plus est la question sourde qui sans cesse se répète en moi :
« Va-t-il se réveiller ? Entend-il la complainte de son épouse, lui le héros de guerre, abandonné par sa famille dont il faisait la fierté ? Si oui, que fera-t-il ? » .

Je dois dire que je sors émerveillé de cette lecture. Déboussolé aussi. J'avoue ne pas savoir par quel angle vous décrire ce roman qui est en fait une pièce de théâtre se déroulant dans le huis clos de la chambre du malade inerte.

Emerveillé tout d'abord par l'écriture poétique d'Atiq Rahimi qui réussit le tour de force avec des mots simples, une mise en scène sobre, à faire résonner de manière singulière la voix de cette femme afghane inconnue. Emerveillé par l'intensité du cri, de la rage d'une humanité dans ces quatre murs où de l'intérieur on entend le crépitement des armes dans une ville qui pourrait être Kaboul.

Déboussolé et estomaqué par la référence choisie pour mettre en scène le propos de cette femme. La pierre de patience renvoie à un rituel de confession des pélérins à la Mecque. Il faut lire le roman pour comprendre l'association d'idées et découvrir le final de cette affaire.

Déboussolé par cette prise de parole réussie d'Atiq Rahimi dans un texte assez court pour parler de la condition de la femme dans son pays, avec une densité dont je souhaiterais que les visiteurs de ce blog qui auront eu le plaisir de lire ce livre puisse laisser une trace en commentant ce billet.

Merci Martine !
Bonne lecture, en attendant la pièce de théâtre...

Editions POL, Collection Folio

Crédit Photo : PEN American Center/Beowulf Sheehan.


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