mercredi 30 juin 2010

George Müller : L'audace de la foi


Il y a quelques années, je quittais Montpellier pour la région parisienne. "Quelle folie!" me signifiaient certaines personnes de mon entourage, dégoûtées par le rythme de vie de la capitale, préférant les douceurs du climat méditerranéen. Je les comprends. Je quittais également une petite communauté protestante avec laquelle j'avais noué des attaches très fortes que seule la quête d'un emploi et d'une immersion dans le monde professionnel pouvait expliquer. Mon pasteur m'offrit deux ouvrages. L'Ethique de Dietrich Bonhoeffer et L'audace de la foi de George Müller. Le premier étant très théologique, très technique, il n'a pas encore été épluché comme il le faut. Par contre, c'est une seconde lecture que je viens de réaliser de l'ouvrage de George Müller, un ensemble de notes de son journal intime extrêmement riche d'enseignements.

C'est un ouvrage étonnant que je viens donc de relire. Il traite d'une personnalité hors du commun dont  les choix de vie étonneront beaucoup. George Müller est un pasteur allemand né au début 19ème siècle,  et qui a principalement travaillé sur la ville anglaise de Bristol. Parmi les faits marquants de son ministère, on note les orphelinats qu'il a fondés et développés sur cette ville au coeur de ce siècle où beaucoup d'orphelins étaient placés dans des centres de détention faute de place dans les hospices ou les orphelinats.

Ce livre retrace la vie de cette homme, sa conversion radicale à la foi chrétienne, son action au sein des mouvements des frères, mouvement évangélique né durant cette période et s'appuyant sur un retour à une liturgie proche de l'église primitive, son engagement pour les enfants pauvres de Bristol tant par la création d'écoles, que celle d'orphelinats. 

L'intérêt de cet ouvrage réside dans le fait qu'il nous permet de comprendre les motivations de l'action sociale de George Müller et les moyens utilisés par cet homme sans ressource pour atteindre ses objectifs.

Certes, je désire de tout cœur que Dieu m'emploie pour faire du bien à des pauvres sans père ni mère; avec son aide, je m'occuperai de leurs corps et de leurs besoins temporels et je veillerai à ce qu'ils soient élevés dans sa crainte. Cependant, mon but principal, c'est que Dieu soit glorifié. Qu'il soit glorifié parce que les orphelinats auront tout ce qu'il leur faudra uniquement en réponse à la prière et à la foi, et sans que rien ne soit demandé à personne. par là, il sera évident que Dieu est toujours fidèle, et qu'il répond toujours à la prière
Page 53, L'audace de la foi, Éditions Emmaüs

Notre homme se tiendra à cette vision et donc à ce mode de fonctionnement toute sa vie.  Je dois dire que certains faits semblent; à la première lecture, relevés de la fiction. La simplicité de la démarche de Müller m'a une nouvelle fois bousculé et poussé dans mes retranchements. Cet homme est passé par des situations extrêmes par lesquelles il a marché à vue, voir, disons-le, dans un brouillard à couper au couteau. Avec la gamelle de plusieurs centaines de gamins à remplir. L'audace de la foi. Pendant une quarantaine d'années Müller va gérer les orphelinats. Au soir de sa vie, il voyagera de par le monde pour, en s'appuyant sur son expérience avec les orphelinats, évangéliser mais également encourager des auditoires importants sur la pertinence de la foi.

Ce livre permet de rentrer dans l'intimité d'un homme qui aura réussi à transformer de nombreuses vies en plaçant son espérance uniquement en Dieu. Un texte qui se lit assez facilement, très rafraichissant qui ne manquera d'étonner les plus sceptiques. Mais c'était l'ambition de George Müller.

Bonne lecture,
Editions Emmaüs, Parution en 1982, 175 pages


mardi 29 juin 2010

3 ans de blog et tourmente...

« Ne fais pas ta Cosette, mec ! »
C’est ce que certains djeun’s pourraient dire à mon sujet au moment où je commence mon article. Oui, il faut croire que Victor Hugo continue sa percée parmi les nouvelles générations. Pathos. Un blogueur sans unité centrale, c’est comme un tennisman sans raquette, un électricien sans testeur, un maçon sans truelle.

C’est dans ce contexte très particulier que Chez Gangoueus entame sa quatrième année d’existence. Des soucis techniques m’empêchent de surfer quotidiennement sur le web et de mettre à jour ce blog. Bon, j’espère trouver une solution dans les jours qui viennent et  me permettre de butiner de nouveau sur vos espaces aussi j’ai dû délaisser à l’insu de mon plein gré.

3 années de blogging ! Je ne pensais pas que cette aventure durerait aussi longtemps en me procurant toujours autant de plaisir. Parce que j’aime bloguer. La production des articles est un plaisir. Bon, elle est soumise à la régularité de mes lectures, mais je garde ma constance de départ et je m’en réjouis.

Cette troisième année m’a permis d’atteindre certains objectifs, comme celui d’échanger avec certains
auteur(e)s sur leur travail. J’ai été honoré par leur disponibilité et la qualité de leurs réponses qui j’espère, vous encourageront à découvrir leur étalage de mots et de maux.

Troisième année donnant lieu à de nouvelles rencontres avec les auteurs, leurs œuvres d’abord, mais également avec le monde du livre, avec des lecteurs forcenés ou des blogueurs passionnés. Quelques contributions sur Cultures Sud, sur AfriquaParis, une collaboration enrichissante avec le portail culturel Agendakar, un public grandissant sur Paperblog...

Le must a été sans aucun doute la sélection de mon blog pour la finale du concours des BOBs, véritable reconnaissance de cette joie que j’ai à partager toutes ces lectures avec vous. Le but n’étant pas une mise en avant d’un égo sur-dimensionné mais réellement au fil des billets, de faire découvrir ces textes riches, ces voix souvent inaudibles, étouffées par le brouhaha d’un mercantilisme farouche et les sirènes d’une diversité de façade.

C’est encore pour moi l’occasion de vous remercier pour le soutien que vous avez accordé à mon blog pendant cette dure épreuve (rires!) et plus simplement pour votre fidélité.


Nouvelle année, nouvelles aventures, nouvelles lectures alors à bientôt ! Et, tchin! tchin! en l'honneur des livres.

samedi 19 juin 2010

Rebecca Di Giusto : La vie sous d'autres cieux

J’apporte une attention marquée au titre des ouvrages. Il m’arrive même de faire des impasses sur certains ouvrages mal titrés à mon goût. Je conçois la difficulté pour certains auteurs de trouver la bonne formule pour traduire l’esprit d’un texte ou orienté notre interprétation de ce dernier.

Le titre de ce récit autobiographique de Rebecca Di Giusto a quelque chose de basique, d’assez simple mais qui en dit pas mal sur le positionnement de l’auteure.

C’est le récit de voyage d’une jeune femme partie avec son mari, Patrick, au Kenya le temps d’une année sabbatique découvrir ce pays et en particulier ses réserves animalières. La narratrice nous partage la conception de ce projet ambitieux pour ce jeune couple mixte basé dans la banlieue ouest de Paris, sa préparation matérielle, les contacts, l’arrivée au Kenya et à Nakuru en particulier, ville secondaire de ce grand pays de l’Afrique de l’est. Installés en plein cœur Milimani, quartier résidentiel de cette ville, la narratrice et son compagnon vont constituer leur petite ferme avant de parcourir les grandes réserves du Kenya, à pied, en bus, accompagnés, en couple... Ce couple sorti de son train-train quotidien et de la grisaille s’extasie à ce contexte nouveau auprès d’une population kenyane très imprégnée des codes de la société britannique.

Je ne connaissais pas beaucoup le Kenya, mais en fermant cet ouvrage j’en conclus que Rebecca Di Giusto m’a fait réaliser un beau voyage. Si on perçoit que chez nos deux tourtereaux, l’intérêt premier est cette rencontre avec la nature et le monde animalier très prolifique et accessible dans ce pays où les safaris sont légendaires, la narratrice porte également son regard sur les habitants du Kenya, les rencontres humaines inévitables. Et elle offre dans certains chapitres une description « ethnologique » de ce pays qui m’a parue très enrichissante. L’année sabbatique se prolonge en trois années, où ce couple revient travailler en Hexagone, un peu comme on fait un plein de carburant pour reprendre l’autoroute. On sourit, quand l’auteur porte un regard à la fois affectueux et acide sur Paris et son mode de fonctionnement s’appuyant sur la consommation chaque jour plus engagée de l’individu. A la lisière entre deux systèmes, on peut envisager si on fait le premier pas, bosser quelques mois et aller se la couler douce au cœur de la savane africaine. On sourit parce que Rebecca reste malgré tout attachée au fait du shopping chaque fois qu’elle revient à la « civilisation », que ce soit Nairobi,  au Cap ou à Paris.

Enfin, ce qui m’a intrigué, c’est cette distance de l’auteure avec le lieu qu’elle observe. Parce que n’eut été le quatrième de couverture qui nous rappelle l’immigration récente de l’écrivaine en France, originaire du Cameroun où elle a vécu jusqu’à l’âge d’être adulte, et un épisode dramatique par lequel la narratrice revient sur sa rencontre avec son homme à Douala, on a là la description d’une occidentale complètement détachée de cette Afrique. Le Kenya n’est pas le Cameroun, c’est certain. Mais, la vie sous d’autres cieux...

Ce sont là des réserves sur le fond. Mais, je recommande vivement ce livre à tous ceux qui en mal d’exotisme trouveront à la fois le désir de découvrir ce pays magnifique et les moyens de parvenir à cet objectif. Mention spéciale à la description de l’épisode de la guerre civile qui a suivi la réélection de Mwai Kibaki il y a deux ou trois ans. Contrairement à de nombreux touristes, notre couple est resté et il a longtemps vécu les choses de l’intérieur.

Je terminerai en soulignant la qualité de l’écriture de Rebecca di Giusto. Le style est très sobre, mais l’écriture est maîtrisée et agréable.  

Rebecca Di Giusto, La vie sous d'autres cieux
Edition Le manuscrit, 1ère parution en 2010, 279 pages

samedi 12 juin 2010

Enfants de la balle, nouvelles de foot, nouvelles d'Afrique


Je ne sais pas si on peut faire mieux en termes de timing, mais le fait est que j’ai terminé la lecture de ce recueil de nouvelles consacrées au football, hier soir (*). Mes soucis d’ordinateur continuent mais, c’est avec plaisir que je publie cet article alors que le Mondial de foot démarre aujourd’hui en Afrique du sud.

J’aime le football même si je ne suis pas un adepte forcené de ce sport. Je le regarde pour les grandes occasions. Comme les demi-finales et finale de Champions League, de CAN, de Coupe d’Europe ou encore toute la coupe du monde. Je savoure l’aspect fédérateur de ce sport planétaire (contrairement au rugby), ou populaire (contrairement au tennis). Je pourrai déblatérer longtemps sur ce sport capable de jeter plus de 800000 personnes sur les Champs Elysées  de Paris,  qui met en scène les plus grosses rivalités sociales, régionales, ethniques comme les classico PSG - Marseille,  Saint-Etienne - Lyon,  ASEC Mimosa - Africa Sports etc. Un sport qui pousse aux limites de l’absurdité, le système capitaliste triomphant en rémunérant de manière hallucinante ses plus grands artistes.

Abdourahmane A. Waberi donne l’occasion à plusieurs auteurs africains de s’exprimer le temps d’une nouvelle sur ce phénomène mondial de société que constitue le football.

J’ai d’abord apprécié le choix des auteurs qui représentent assez bien le continent. L’Afrique du Nord, l’Afrique du sud, l’Afrique de l’ouest, la corne de l’Afrique... J’ai aussi apprécié le mélange de genre, ces voix féminines incarnées par Ananda Devi et Laila Lalami m’ont parues pertinentes quand on souligne souvent l’univers machiste des fondus de ballon rond...

J’ai ensuite dégusté les différentes formes de narration. Car chaque texte vient avec sa structure, sa richesse. La nouvelle de Mark Behr semble complètement hors sujet, par exemple, quand par une seule phrase, la violence, le cloisonnement de ces communautés sud africaines, le rugby, le foot, tout prend sens. Le discours est directement centré sur le football ou alors il s’appuie sur ce sport pour souligner ses aspects « exutoire d’un régime totalitaire, violent » pour laisser s’exprimer une rage inouïe d’exister, de survivre, d’exulter, de détruire de la plèbe. La nouvelle Yahia Belaskri incarne le mieux les nouvelles qui sont allés dans ce sens.

N’Sondé, Devi, Uzuor ou Mabanckou ont plutôt choisi d’explorer l’intériorité du footballeur. Avec plus ou moins de succès. Mais ces points de vue atténuent la rengaine constante et facile exercé ces derniers temps sur les footballeurs stars que les masses grenouillantes estiment surpayés. Le domaine de la fiction est le lieu de tous les possibles, n’est-ce-pas ? Aussi, le personnage du clan des voleurs, d’Ananda Devi a quelque chose de très touchant. Ce texte est chargé de poésie. Lui qui vient d’un peuple ignoré dans sa lointaine contrée et qui n'intègre pas le matérialisme occidental vers lequel il a été déporté, ne comprend pas le rapport entre ses aptitudes à voler et marquer des buts et les avoirs associés.

J’ai été gêné par les connexions qui semblaient excessives entre terrorisme, islamisme et football de certains auteurs. Un peu tiré par les cheveux, même si j’entends bien, que le passage entre de l’un à l’autre est peut-être plus ténu qu’on ne le pense... A vous de vous faire une idée.

Enfin, j’ai jubilé en lisant la première nouvelle de Kangni Alem dont je connais l’aversion profonde à l'endroit de ce sport, à moins qu’elle ne soit feinte. L’auteur togolais s’amuse d’ailleurs à parler de tout sauf de foot, puisque que lorsque l’on se croit emporter dans un match de soccer, on se rend compte qu’en fait il n’est question que de baby-foot. et de faillite intime. Rires. Le texte le plus intimiste de ce recueil.

Félicitations à Abdourahmane Waberi et aux écrivains qui se sont prêtés à l’exercice et qui, décidemment ont renforcé mon envie de voir cette coupe du monde dans la poudrière sud-africaine, loin des amertumes de ceux qui ne supportent plus de voir des pousseurs de ballons être les rois de nos sociétés.

Vive les diables verts ! Et bonne coupe du monde !






Enfants de la balle, nouvelles d'Afrique, nouvelles de foot
A. A. Waberi, Kangni Alem, Mark Behr, Yahia Belaskri, Anouar Benmalek, Ananda Devi, Laila Lalami, Alain Mabanckou, Jamal Mahjoub, Wilfried N'Sondé, Uzor Maxim Uzoatu
Editions JC Lattes, 1ère parution en 2010, 218 pages

Voir également les chroniques d'Opoto et d'Afrik.com


(*) Article publié avec 2 jours de retard suite à des petits soucis techniques

dimanche 6 juin 2010

Mariama Bâ : Un chant écarlate

J'ai eu un peu de mal à commencer la lecture de ce roman. En effet, la mise en scène des personnages m'a posé un problème. Ousmane Guèye est un jeune lycéen vénéré par sa mère Yaye Khady. Il vit dans les bas-fonds de Dakar, à Usine Niari Talli pour ceux qui connaissent. Son père est un invalide des guerres coloniales, dévôt patient de la foi musulmane, traducteur de sourates en langues locales. Ousmane a été un garçon serviable pour sa mère durant son enfance et son adolescence, un élève brillant qui nourrit néanmoins un complexe certain à l'endroit de la gente féminine qu'il tient à distance depuis un choc de l'enfance.

Au lycée qu'il fréquente, nait une idylle avec Mireille, la fille unique d'un diplomate français en poste au Sénégal. Une blanche. Après la lecture d'un classique dense comme Une si longue lettre, le lecteur que je suis, à la prudence de l'amoureux qui marche sur des œufs, saisi par la peur d'être déçu. Aussi cette rencontre plus qu'improbable pour moi, au Sénégal entre le fils d'un prolétaire musulman et la fille d'un aristocrate représentant la diplomatie française, me laissait entrevoir une suite peu cohérente vu l'hermétisme qui régit les rapports entre européens et africains dans les grands centres urbains d'Afrique noire francophone...

Le diplomate français renvoie sa fille en France quand il découvre cette relation inattendue. Nous sommes dans la période du tumulte de mai 68. Mireille n'abdique pas, les émeutes  auxquelles elle participe consacre la rupture avec la génération "sclérosée" de son père qui a rejeté " ça ", Ousmane . Fidèle à  ce dernier malgré les milliers de kilomètres qui les séparent, elle entreprend une correspondance avec ce dernier pendant toute la période de leurs études universitaires avant que ce dernier ne vienne, à l'insu de leurs parents respectifs, l'épouser en France dans une mosquée et rentrer avec elle à Dakar.

C'est l'analyse  de cette rupture de Mireille avec sa famille et son pays et le retour sur Dakar avec toutes les péripéties qui attendent ce couple mixte que nous propose Mariama Bâ. Une analyse fine, passionnante, critique, subtile de la société sénégalaise. Mariama Bâ propose une réflexion profonde sur cette variante du mariage mixte, en cochant sur papier les épisodes de l'intégration de Mireille auprès de sa belle famille, le portrait d'Ousmane à la fois attaché à son épouse et fidèle à Yaye Khady, jouant dans une forme d'indécision fruit de cet écartèlement qui caractérise les intellectuels africains face à ce choc culturel de la rencontre avec l'autre. Il est intéressant d'observer sous la plume de l'écrivaine sénégalaise les idéaux magnifiés dans l'échange épistolaire entre les amoureux passés sous le feu de la réalité dakaroise. Racisme, choc des cultures, on a parfois du mal à mettre des mots sur les maux tellement leur description nous est faite dans toute leur complexité.

Entre Mireille qui s'enfonce dans une solitude et un rejet orchestré par sa belle-mère, Ousmane qui se refuse à tout choix et les intrigants qui n'accordent pas de crédit à cette union hors norme, chaque lecteur aura sa lecture suivant sa sensibilité. Mariama Bâ fait vivre de l'intérieur le ressenti de toutes ces femmes. Que se soit Yaye Khady la belle-mère, Ouleymatou la maîtresse,  Mireille l'épouse, c'est dans ces portraits de femmes que la narration de la romancière excelle. Réalisant à ma grande surprise et après des débuts laborieux, un roman de la même efficacité qu'Une si longue lettre par la juste distance voire neutralité que Mariama Bâ place entre elle et la réalité qu'elle décrit.

Quelques extraits : 
Entendons cette belle-mère sénégalaise réalisant le mariage de son fils avec une tubaab
"Oussou! mari d'une femme blanche! Il y a des maux que le confie à l'amitié. Il existe dont le partage est aisé. La confidence sincère trouve souvent un baume."  Mais ce qu'elle ressentait, elle , Yaya Khady? L'espérance désertait son âme. Pouvait-on vivre sans désirer?
Son cœur se durcissait. Pouvait-on vivre sans aimer?
L'amertume l'habitait. Pouvait-on vivre de mélancolie?
Le flux et le reflux de ses pensées tristement roulaient leurs vagues dans sa tête.
Page 134, Editions NEAS
Entendons cette jeune femme, Ouleymatou, qui veut reconquérir le cœur d'Ousmane
Elle fit briller tout son corps à l'aide d'une vaseline parfumée. Sa peau ointe la vêtait comme un voile velouté qui se gonflait à l'emplacement des seins petits et durs, et à la cambrure  des hanches pour envelopper une croupe rondelette et ferme.
L'encens montait dans un vase d'argile troué et s'enroulait en volutes odorantes autour de ses jambes légèrement écartées. Elle offrait tout son corps aux caresses tièdes des nuages.
Des colliers  blancs tirés d'une boîte garnirent ses reins de leurs ceintures sonores. Elle choisit un pagne assez léger pour laisser deviner ses formes tout en restant décent. Elle déplia un soutien-gorge spécialement acheté pour faire valoir sa poitrine.

Page 210, éditions NEAS

Vous avez une idée brève de la chaleur des sentiments qui animent les acteurs (les actrices) de cette tragédie humaine.

Mariama Bâ, Un chant écarlate
Editions NEAS, reparution de 2005, 316 pages
Lu grâce à mes amis dakarois d'AGENDAKAR

vendredi 4 juin 2010

Gangoueus sur Global Voices



Mes navigations sur le web sont ralenties par des petits soucis avec mon personal computer. Mes lectures cependant continuent. Je suis actuellement plongé dans un magnifique roman de la grande écrivaine sénégalaise Mariama Bâ. Un chant écarlate. J'aurai l'occasion de revenir sur le sujet.

Le concours des BOBs 2010 continuent d'avoir des impacts intéressants pour l'exposition de mon blog. Entre autres une interview que m'a accordée la journaliste Claire Ulrich de la plateforme Global Voices. Si vous ne connaissez pas ce média, je vous encourage non seulement à me découvrir grâce à cette interview traduite en anglais et italien (pour le moment), mais aussi à vous plonger sur ce média qui essaie de faire en entendre les différentes voix que constituent cette prise de parole publique et citoyenne par les blogueurs.

Dans cette interview, je reviens sur la création de ce blog et ma passion pour la littérature en général, afro-antillaise en particulier. Certains points méritent un développement comme mon rapport à la littérature française contemporaine par exemple... Si rapport il y a. Mais dans l'ensemble, je me reconnais dans ce reportage web.

Bonne lecture : en français, en anglais, en italien 

Il est intéressant de percevoir les nuances de la traduction. Merci à Claire Ulrich et aux traducteurs!
Vous pouvez réagir ici ou sur Global Voices.