lundi 20 décembre 2010

Mamadou M. N'Dongo : La géométrie des variables

La critique de certains bouquins peut s’avérer complexe. Il y a le cas d’un mauvais roman écrit par une connaissance ou proposé par un organe de presse. Une critique radicale s'impose là où la possibilité d’introduire une quelconque nuance n’est point possible. Il y a aussi celle d’un objet littéraire inhabituel pour le modeste lecteur que vous êtes. Il se peut que vous n’ayez pas compris le sujet, le style, les clés, la culture de celui qui écrit. Pourtant vous devez vous prononcer avec lucidité et objectivité. Il y a aussi les textes brillants souvent qui dérangent, qui vous dérangent, dont vous ne recommanderiez pas la lecture parce qu’ils heurtent vos valeurs et que vous vous refusez inconsciemment d’être un passeur. Et il y a la catégorie de textes dont vous avez aimé la lecture sans trop pouvoir expliquer pourquoi.


La géométrie des variables entre dans cette dernière catégorie d’ouvrages pour moi. Je ne sais pas comment vous en parler. Je ne crierai pas au chef d’œuvre. Non. Mais j’ai aimé lire ce texte dont le centre de gravité se focalise sur deux personnages : Daour Tembelly et Pierre-Alexis de Bainville. Ce sont des hommes de l’ombre. Des communicants. Ils font les princes des temps modernes en organisant leurs campagnes électorales pour ceux qui évoluent en démocratie ou en traçant la communication des potentats les plus sanguinaires. N’Dongo met en scène les dialogues entre ces deux personnes. Bainville est le mentor de Tembelly. Ils sont français avec des origines différentes, appartenant à des générations différentes. Ils jettent ensemble un regard sur ce monde des hommes de pouvoir qui les fascinent et qu’ils semblent parfois influencer. En France ou en Afrique, au Proche Orient ou en Amérique du Nord, les antennes de la structure pour laquelle ils travaillent, leur donne une vision élargie des choses. Pourtant leurs échanges restent superficiels, ils ne sont pas forcément critiques, ils laisseront certains lecteurs sur leur faim… Il me semble que l’intérêt du roman n’est pas à ce niveau quoique ces regards très actuels feront sourire plus d’un.

La relation entre Pierre-Alexis et Daour m’a paru passionnante, pleine d’humanité, filiale, chargé d’un respect réciproque. L’un donne subtilement les ficelles à l’autre pour réussir dans ces sphères élitistes. L’autre, brillant, possède les armes pour faire son petit bout de chemin. Mais leur connexion va au-delà du cadre professionnel, elle dépasse les strates des masques, pour parler de choses plus personnelles, plus intimes…

Un texte polyphonique sans que les voix ne s’entrechoquent. L’aîné commence ses longues observations sur le monde décrit plus haut, à partir de France. La recrue parle de son expérience au bureau de New York où, en particulier, il découvre qu’il est noir. Rires, mais pas seulement.

L’écriture de Mamadou Mahmoud N’Dongo est belle. Dans la forme, on reconnait le cinéaste qui sommeille chez cet auteur sénégalais comme dans plusieurs textes de Sony Labou Tansi rappelle chez le lecteur l’homme de théâtre qui écrit. On visualise donc bien tout cela entremêlé à de la critique sur l’art…




Bonne lecture,

Mamadou Mahmoud Ndongo, La géométrie des variables
Edition Gallimard, Collection Continents noirs, paru en 2010

Voir la critique de Yves Chemla sur Cultures Sud, ainsi que celle d'Hervé sur Ballades et escales en littérature africaine ou encore celle du Littéraire.
Vous pouvez également écouter l'auteur sur France Culture.

Photo Mamadou M. N'Dongo par Agnès Lebeaupin

4 commentaires:

Ballades et escales en littérature africaine. a dit…

Salut à toi l'ami.
C'est un livre au phrasé lapidaire brillant ; lapidaire et directe à la manière de ces hommes de l'ombre et du secret ; lapidaire et directe à l'image de l'amitié et du respect grandement complice entre le "bientôt" ancien et le "bientôt" très expérimenté.
Excellent.
Merci pour le renvoi... dès que j'en ai les moyens techniques je fais de même. lol

GANGOUEUS a dit…

Bonjour l'ami!

Je vois que tu as aimé. Il a mieux maîtrisé son sujet que dans El Hadj, de mon point de vue. C'est intéressant de l'entendre dans l'émission de France Culture que j'ai mis en lien. Je pense qu'il a cependant une vision trop idéalisée de la France, quand il la compare au modèle américain.

A bientôt, bonnes fêtes!

Françoise a dit…

Cher Gangoueus, je suis un peu comme toi devant ce roman, je l'ai bien aimé mais j'ai du mal à dire pourquoi .L'écriture est très agréable, l'histoire aussi, j'ai bien aimé ces échanges masculins inter-générationnels dans un monde que je ne connais pas du tout, c'est un livre très érudit sans jamais être ennuyeux, mais je ne peux pas le résumer et si on me le demandait, je ne saurais pas trop l'expliquer .

GANGOUEUS a dit…

Je partage ton avis, chère Françoise. C'est aussi cela la littérature, des personnages qui vous restent en tête sans que vous ne sachiez l'expliquer.

Ce qui est drôle, c'est qu'il y a des romans parfois très techniques, très aboutis selon les canons de l'esthétique littéraire et qui une fois la lecture terminée, passe aux oubliettes.

Ce n'est pas le cas pour moi, concernant ce roman, Daour et Pierre-Alexis resteront dans mon esprit longtemps encore... J'attends son prochain recueil de nouvelles à paraître avant l'été.