Une des plus belles expériences que j’ai réalisé sur le web fut la découverte et l’immersion dans le blog des Tantines. Il y a trois ans déjà. Un site animé par trois charmantes commères qui nous racontaient avec classe leurs petites joies de femmes émancipées, leurs états d'âme et leurs déboires amoureux. Des frangines branchées, plutôt bobo, des citadines pur jus qui célébraient le black nouveau, l’obamanicus. Je rajoute parce que les portraits du mâle nègre qu'elles croquaient avec frénésie n'étaient pas toujours aussi angéliques que la figure du 44ème président des Etats-Unis. Ce fut une expérience enrichissante où le caractère interactif du blog prenait tout son sens. Plusieurs sujets dépassaient la centaine d’interventions où les sista se fightaient tendrement avec les brotha. La provocation n'était jamais loin chez ces secoueuses de cocotiers. Ce fut cependant une démarche éphémère qui n’a même pas laissé de trace sur le Net, puisqu’en créatrices toutes puissantes, les blogueuses se sont autorisées la destruction de leur espace sans préavis et au détriment de ceux ont nourri ce site de leurs nombreuses commentaires, j’ai cité les internautes.
A la différence des Tantines, le roman Blues pour Elise ne disparaitra pas de la circulation par le simple bon vouloir de son auteure. Pour cette septième publication, après sa trilogie africaine, Léonora Miano s’est plongée dans l'atmosphère décrite plus haut. Quatre copines (trentenaires?), les Bigger than life, sont à la recherche de l’amour. Chacune à sa manière. Avec les blessures anciennes, les dérapages inattendus, la difficulté de la rencontre, les déceptions dont on ne se remet point, les trahisons et les surprises agréables. Elles ont la particularité d’avoir un lien avec le Sud du Sahara, connexion assumée ou pas. Elles sont surtout françaises.
Léonora Miano commence à la surface des choses avant de, comme un sous marin, plonger en eaux profondes. Pour cela, elle découpe son roman comme une sorte de série Tv où les épisodes qui s'enchaînent semblent ne pas avoir de lien avec les précédents, laissant apparaître des nouveaux personnages plus ou moins en lien avec les Bigger than Life. Au fil des chapitres, les relations entre les personnages se revèlent et la bonne humeur inhabituelle dans les textes de Miano se dissipe quand on aborde le chapitre du Blues pour Elise. Je n'en dirai pas plus.
C'est un roman où j'ai eu du mal à reconnaitre le style de Léonora Miano. L'écriture est beaucoup plus "enjoyée" dirait les ivoiriens, plus légère que d'habitude comme si ces portions de vie parisiennes version afrodescendants permettaient une attitude plus relax de la romancière et j'ai vraiment kiffé jusqu'au fameux blues d'Elise où une mère se remémore le drame fondateur de sa migration avec son mari vers la France. Je n'en dirai pas plus (bis).
Léonora Miano commence à la surface des choses avant de, comme un sous marin, plonger en eaux profondes. Pour cela, elle découpe son roman comme une sorte de série Tv où les épisodes qui s'enchaînent semblent ne pas avoir de lien avec les précédents, laissant apparaître des nouveaux personnages plus ou moins en lien avec les Bigger than Life. Au fil des chapitres, les relations entre les personnages se revèlent et la bonne humeur inhabituelle dans les textes de Miano se dissipe quand on aborde le chapitre du Blues pour Elise. Je n'en dirai pas plus.
C'est un roman où j'ai eu du mal à reconnaitre le style de Léonora Miano. L'écriture est beaucoup plus "enjoyée" dirait les ivoiriens, plus légère que d'habitude comme si ces portions de vie parisiennes version afrodescendants permettaient une attitude plus relax de la romancière et j'ai vraiment kiffé jusqu'au fameux blues d'Elise où une mère se remémore le drame fondateur de sa migration avec son mari vers la France. Je n'en dirai pas plus (bis).
Ce livre est l'occasion d'une plongée dans cette nouvelle France, avec ces magnifiques portraits de femmes d'aujourd'hui et la quête éternelle de l'amour, l'amour, toujours l'amour.
Ambiance :
Ambiance II
Bonne lecture et surtout bonne musique!
Léonora Miano, Blues pour EliseAmbiance :
D'ailleurs, les choses avaient changé. Depuis un moment, l'homme blanc poussait, lui aussi, son sanglot. Il souffrait. Le capitalisme dérégulé l'oppressait, les traders le mettaient sur la paille, ses bassins industriels étaient de vastes déserts, ses emplois étaient délocalisés, il se demandait à quoi avait servi, tout ça : le code noir, le code de l'indigénat, ça lui faisait une belle jambe, il avait honte des aïeux, voulait tout effacer, ne plus voir, sur les pages d'histoire commune, du rouge sang, sans trêve ni repos, proclamer que Noir et Blanc sont ressemblants comme de gouttes d'eau ( Nougaro), pénétrer dans l'ère post-raciale, ce temps féérique où il n'y aurait que l'identité des humains. L'homme blanc avait réfléchi. Il ne voulait pas se mélanger, évidemment, la disparition des différences ayant rendu la chose impossible. L'homme blanc voulait fraterniser.Page 27, Edition Plon
Ambiance II
Les bigger than life étaient intelligentes, financièrement autonomes, belles, chacune à sa manière. Elles s'étaient données ce nom il y avait déjà des années, quand elles n'étaient encore que des étudiantes souvent désargentées, filles de personne d'important, portant des prénoms non alignés, des patronymes à l'ancrage lointain. Bigger than life était devenu leur devise. Elles ne seraient pas toujours plus fortes que l'adversité, mais elles seraient tenaces.Page 78, Edition Plon
Bonne lecture et surtout bonne musique!
Editions Plon, 199 pages, 1ère parution en 2010.
Voir les commentaires sur le Bric à Book, Lecturissime, Les livres que j'aime, Cuneipage































13 commentaires:
Beau roman d'amour, sans la rage qui accompagnait les autres textes de Léonora Miano, je lui ai parlé quelques minutes aujourd'hui justement et elle reconnait un changement radical dans son écriture.Il est bon aussi parfois de lire des livres d'amour, d'espoir, d'optimisme, mais là on est juste mis en appétit, les personnages sont présentés et c'est déjà fini, comme dans un épisode de série TV .J'aime beaucoup ce roman,vivifiant et ...musical !vivement Paris'Boogie !
C'est le reproche qu'on peut faire sur ce roman. Une entrée en matière qui laisserait le lecteur sur la faim.
Je pourrai reprocher ce coup d'éclat dans le blues d'Elise (le chapitre). Cette situation dramatique est extrême et l'idée qu'une famille puisse mandater un de ces membres pour une telle action punitive me parait déconnecter de la réalité. Je ne peux pas en dire plus pour les futurs lecteurs. Mais il y a chez Miano un désir de montrer la pourriture qui grangrène la structure familiale de ces personnages qui frise l'excès...
Cela n'enlève rien à l'ensemble du texte qui est d'une grande qualité.
J'ai bien aimé le premier (à mon idée) roman de L MIANO, mais, je crains que la "réussite" ne lui soit monté à la tête et que ses romans prennent une teinte "artificielle"... Je l'emprunterai à la bibli pour tester!
Je rebondis par ailleurs sur ta remarque sur la disparition du blog des tantines, je suis moi-même en train de gérer une migration, et j'ai des scrupules à supprimer les articles avec de nombreux commentaires, je garderai pê les articles-débats, rubrique que je ne garderai pas sur le nouveau blog...
Pas lu le livre, donc pas grand chose à dire dessus...
je ne suis qu'au deuxième roman de Miano "contour du jour qui vient", je crois, à moins que je me trompe. J'ai aimé le premier, j'espère qu'il en sera de même pour le second. Pour le reste, comme pour Blues pour Elise, on verra.
Il fait partie des romans de la rentrée qui me fait le plus envie car j'aime beaucoup la plume de Miano. Je te ferai signe quand je l'aurai lu. Bonne semaine Gangoueus.
Un cru complètement différent alors !
Ton article et tout le mystère que tu gardes autour de ce roman me donne envie de le lire en espérant ne pas être déçue...
@ La Nymphette,
Je ne partage pas ton avis. Je crois que Léonora Miano a une assurance qui peut laisser le croire, mais ses textes ont gagné en densité depuis son premier roman. Blues pour Elise est écrit différemment. Il n'a pas l'apreté des textes de la suite africaine. Le sujet est plus cool, quoique...
Concernant les tantines, je me souviens avoir potasser certaines commentaires que j'ai publié sur ce site. Quand du jour au lendemain on supprime un blog sur lequel vous vous êtes investis, cela fait du tort à la blogosphère. Parce que les internautes hésiteront à publier des commentaires sur des espaces totalitaires (si tu vois ce que je veux dire).
Cuntactor, c'est bien le deuxième roman, cher ami. Ce n'est pas le plus doux...
Stephie, je vais suivre ça de près sur les Milles et une pages...
Lo, Il y a une chute brutale sur la fin du roman, une scène qui m'a profondément choqué. Seulement, en parler pourrait modifier la lecture, aussi je préfere que les lecteurs la découvre aussi...
C'est un roman très différent des autres.
Bonjour cher Gangoueus, si tu savais que je fuis la douceur du monde pour me réfugier la dureté littéraire. Il y a la une sorte de réalité écorchée qu'on vit volens nolens tant qu'on poursuit la lecture. J'ai vraiment aimé le premier, cet affrontement entre dynamique et immobilité culturelle.
En ce moment, mais tu le sais déjà, je suis dans les "Lettres persanes".
Bonne soirée.
Oui, l'écriture a radicalement changé, mais cela dit certaines idées restent bien ancrées, donc j'ai encore une fois été charmée par son livre. ;)
Il me semble que Léonora Miano est une romancière que tu aimes bien. J'ai une fois tenté de te suivre mais ai abandonné la lecture du livre à mi-chemin. sans doute qu'il me faudra reprendre cette lecture et l'achever avant d'oser juger l'auteure. Je suis loin de chez moi et ne peux donc pas te dire le titre du roman laissé inachevé. Je ne lui avais rien trouvé de singulier pour m'obliger à aller jusqu'au bout.
Effectivement, Leïloona, il y a des points fixes dans les romans de Miano comme un peu les références systématiques au racisme chez Spike Lee. Même quand il parle de bébés éprouvettes.
Cher St-Ralph, je me demande quel est ce roman de Miano qui t'a laissé sur le carreau. Car s'il y a bien un romancier qui devrait trouver grace à tes yeux, c'est bien la belle camerounaise. Affaire à suivre.
Encore un superbe livre!
Déjà j'ai adoré "Tels des astres éteints"
On s'installe dans l'univers de Léonora et on la suit d'un bout à l'autre du roman. En musique cette fois! Et toujours une belle écriture.
C'est génial!
Gabrielle
Tels des astres éteints est le seul roman de Léonora Miano que je n'ai pas encore lu. Ma LAL est longue, ma PAL ne descend pas, mais il passera à la cassrole...
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