48 heures de la vie d’une rencontre. Clovis Nzila est un sans papier en Ile-de-France à la rue. Son pote qui l’hébergeait l’a tout simplement mis à la porte. Dure réalité de Paname. Le lecteur le découvre donc telle une bête traquée aux environs de la gare de Lyon. Les forces de l’ordre obsèdent son esprit et il ne sait pas où il va crêcher.
Christelle est une aide-soignante qui ne travaille pas trop loin de la Gare d’Austerlitz, sûrement à Pitié-Salpétrière, mais on n’en sait rien. L’auteur ne le précise pas et, ce n’est pas important. Son travail, qu’elle exerce avec beaucoup de dévotion, lui permet de s’extraire du tourment de sa vie personnelle. Elle est un être blessé par la vie, qui chemine vers sa gare pour retourner à sa banlieue paumée.
Et la rencontre eût lieu :
Elle flâna un peu sur le boulevard de l’Hôpital encombré de passants et d’autos. C’est en traversant le pont d’Austerlitz qu’elle me vit pour la première fois. Elle fut tout de suite attendrie par mon air de profonde tristesse, Christelle me croyait perdu dans un rêve. Le poing sous le menton, je scrutais les détritus gelés que charriait la Seine en ce mois de février. Christelle m’identifia comme un homme seul au milieu de rien, recroquevillé dans sa peau, avec la tête qui aurait préféré disparaître entre les épaules.
Page19, Edition Actes Sud
Ce petit passage illustre la première difficulté que j’ai eue en rentrant dans ce texte. Le narrateur, Clovis Nzila parle pour deux. Si bien qu’on a un peu l’impression qu’il lit dans les pensées de Christelle.
La deuxième difficulté réside dans l’attitude de Clovis. Sans-papier traqué par les services de police, légèrement paranoïaque, il tombe dans une forme de fascination excessive pour cette femme qui en quelque sorte le secourt, mais surtout porte une attention à son histoire, s'attache à lui.
L’amour, l’amour.
Un peu naïf. Mais alors que le lecteur que je suis pense s’enfermer dans un roman à l’eau-de-rose, plein de bons sentiments, les différents personnages se dénudent, se révèlent avec tous les risques que peuvent engendrer un tel dévoilement.
Les blessures de Christelle dans un premier temps. La relation gémellaire de Clovis, un poil incestueuse. Son itinéraire de vie, fait d’exclusions, de violence, de clandestinité… Marcelline apparait.
L’amour, l’amour.
C’est un texte sur la rencontre, mais surtout sur l’écoute, sur le silence, sur les non-dits, sur l’espoir, sur la rédemption ou pas. On sent que cette démarche est importante chez Wilfried N’Sondé. La voix du sans-papier ne peut être entendue que dans le cadre d’une relation passionnée, tendre. L’espoir prend source dans la confiance que Christelle accorde à Clovis alors qu’elle ne sait rien de lui. La police, elle, traque et réprime. La rencontre avec cette dernière est donc brutale, implacable. Reste celle que l’auteur propose aux lecteurs et aux lectrices. Rencontre avec un sans papier qui ne signifie pas être celle avec un sans histoire. Paradoxe. Plus la narration progresse, moins les bons sentiments ont prise et ils laissent la place au doute, à l’inquiétude, à la nuance, à l’horreur.
L’amour, l’amour.
Un texte qui ne laisse pas indifférent tant par sa forme que par son fond. Allez, je vous laisse ces quelques mots venus de Marcelline, la jumelle de Clovis.
La colère et la vengeance, sœurs en gestation dans un cœur meurtri, jaillirent du ventre de Marcelline alors qu’elle souffrait atrocement. La rage et le malheur s’échappèrent de son esprit. Dans son imagination ils prirent la forme de deux magnifiques chiens célestes, immatériels, beaux et rapides qui foncèrent et allèrent traquer Stanislas dans son repos nocturne. Ces prédateurs invisibles déversaient toute l’amertume de Marcelline dans la poitrine de son ancien amant. Ils dansaient et se tordaient dans ses cauchemars, l’écume à la gueule, ils réveillaient Stanislas en sursaut, lui interdisant tout repos.
Pages 112, Edition Actes Sud
Bonne lecture!
Edition Actes Sud, 170 pages, paru en 2010
Voir également la critique de Boniface Mongo Mboussa sur Cultures Sud































12 commentaires:
J'avais découvert l'auteur chez toi l'an dernier. Je note ce titre mais ma PAL ne supporte plus rien en ce moment, rires ;)
Sacré PAL. La tienne doit avoir la hauteur d'un gratte-ciel new yorkais...
Merci pour ton passage !
Je connais cet écrivains seulement de nom. J’ai croisé son livre dans un petite librairie, mais il n’a pas réellement attiré mon attention. A la lecture des extraits que tu cites, je trouve le style très intéressant. Je vais probablement aller me balader dans ses pages. Merci à toi pour cette nouvelle découverte. Il y a tant de bouquins à lire !
Je connais cet écrivain seulement de nom. J’ai croisé son livre dans un grand magasin mais il n’a pas réellement attiré mon attention. A la lecture des extraits que tu cites, je trouve le style très intéressant. Je vais probablement aller me balader dans ses pages. Merci à toi pour cette nouvelle découverte. Il y a tant de bouquins à lire !
J'ai trouvé le premier extrait déroutant et même pas très agréable. Un récit à la première personne où le narrateur omniscient analyse avec trop de certitude le regard que l'on porte sur lui m'apparaît comme une autosatisfaction déplaisante. C'est plus que de la difficulté à le suivre ! Cela sent le roman à l'eau de rose à plein nez ! Et ce que tu en dis à la fin de la première partie de ton billet traduit bien cette impression. Heureusement qu'il y a quelque chose qui sauve ce roman. J'espère que la partie la plus intéressante est la plus longue. Les longues traversées du désert sont très éprouvantes pour celui qui a soif d'originalité.
L'amour, l'amour.
C'est le printemps chez Gangoueus en ce moment!
Comme vous, j'avais bien aimé "Le coeur des enfants léopards". Vous êtes bien moins enthousiaste pour celui-ci, il me semble.
Le deuxième passage cité semble sympa. Soyez magnanime.
Merci pour ton soutien Reassi.
@ St-Ralph,
Ce n'est peut-être pas le meilleur extrait. Mais je voulais souligner cette manière de raconter qui m'a un petit peu gêné dans la première phase du roman. Cette démarche est voulu par l'auteur. Je ne pense pas que ce soit une erreur de forme.
Oui, St-Ralph, la première partie du roman semble plein de bons sentiments. Mais, dans mon commentaire, il y a un "mais" (rires!). Le dévoilement des personnalités et en particulier celle de Clovis, explique cette attente. On y voit ses projections dans l'autre. C'est pour cela qu'il est important de dépasser la première partie de roman mieux la comprendre ensuite.
Je n'ai pas souhaité trop développer de peur de trop dévoiler un texte qui finalement assez court, comme ce fut le cas dans le coeur des enfants léopards.
La 2ème partie est dense. Elle donne tout le sens à ce roman.
@ Anne,
Je pense avoir lever quelques voiles en répondant à St-Ralph. C'est un très bon roman. Il est moins continue que son premier roman en terme de qualité de son écriture, mais sur la 2è partie du roman, on retrouve la poésie de N'Sondé, donc tout son talent.
@ Hervé, Merci pour tes mots. Je te conseille la découverte de cet auteur.
Tu me rassures, Gangoueus. Je ne fuirai donc pas l'auteur quand je l'aurai à protée de main. Je redécouvre le roman et je suis sans doute trop prudent. Mais crois-moi que je fais des progès. j'en lis de plus en plus grâce beaucoup à toi et aux auteurs bogueurs lecteurs de romans. je suis en train de lire "L'homme invisible" de Ralph Ellison, et je viens d'acheter "Le diable dévot" d'un certain Libar Fofana.
Bravo pour wilfrid. C'est un ecrivain talenteux cela justifie le prix des cinq continents qu'il a reçu. Beaucoup de courage et bonne chance
De rien, cher St-Ralph.
Bienvenue Littérature congolaise.
A ce soir !
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