mercredi 14 octobre 2009

Jean Echenoz : Je m'en vais



J’ai découvert cet auteur à l’occasion de l’attribution du Prix Nobel de littérature à Jean-Marie Gustave Le Clézio. Peu de temps après, ce dernier passait sur une émission littéraire La Grande Librairie de F. Busnel en compagnie de Jean Echenoz, qui sortait son dernier roman Courir consacré à l’itinéraire de vie de l’athlète tchèque Emil Zatopek. Très réservé, peut-être intimidé par Le Clézio, j’avais toutefois trouvé son intervention intéressante et je m’étais promis d'aborder les textes de cet auteur dès que l’occasion me serait fournie. J’ai eu sous la main, Je m’en vais, titre pour lequel, ce romancier a reçu en 1999 le Prix Goncourt.

Je me suis lancé avec l’avidité du lecteur émoustillé sur ce texte. L’incipit promettait une approche intéressante :
Je m'en vais, dit Ferrer, je te quitte. Je te laisse tout mais je pars. Et comme les yeux de Suzanne s'égarant vers le sol, s'arrêtaient sans raison sur une prise électrique, Félix Ferrer abandonna ses clefs sur la console de l'entrée. Puis il boutonna son manteau avant de sortir en refermant doucement la porte du pavillon.

Ferrer, le personnage principal quitte Suzanne, son épouse, sorte de mégère dont il a dû supporter les sautes d’humeur cinq années durant. Il est seul. Il lui laisse tout. Il s’en va. Il squatte, le temps de se refaire, dans sa galerie d’art qu’il tient dans un beau quartier de Paris. Son affaire tangue tant bien que mal. Son adjoint lui propose alors une affaire « en or », qui consisterait à extraire des objets d’art d’une cargaison perdue au plein cœur de pole nord d’un navire ayant échoué il y a plusieurs dizaines d’années...


En me lançant dans cette lecture, je ne sais pas trop où devait me conduire le romancier. N’ayant pas lu de commentaires sur ce texte, j’ai d’abord pensé que ce « Je m’en vais » prenait la forme d’un de ces romans nombrilistes dont foisonne la littérature française. Puis, suite au détour vers le grand nord, j’ai cru plonger dans un roman d’aventure. Ce qui n’était pas pour me déplaire. Mais finalement, ce texte me fait penser à une calzone. Les afficionados de cette spécialité de pizza apprécieront la métaphore. Creux. Comme cette pizza, décevant à coup sûr celui qui ne connaît pas cette spécialité. Le parcours de Ferrer est fait d’embûches, d’incohérences qui rendent toute possibilité d’identification improbable. En parallèle apparaissent des personnages dont on ne comprend pas trop la présence dans la construction du roman. Le dénouement de l’intrigue qui tourne autour d’une histoire d’arnaque d’objets d’art apporte une maigre consolation au lecteur que je suis qui s’est efforcé de mener cette lecture à son terme.

Jean Echenoz tente sans succès d’intervenir dans son texte. Les artifices littéraires ne prennent pas malheureusement. Chose à laquelle je fais rarement attention, les variations sur le temps du texte ne sont pas correctement assurées. Ma déception est à la hauteur de mes attentes. Bref, un mot pour dire combien, je me suis profondément ennuyé à la lecture de ce roman, et je me suis sincèrement demandé comment sur une moyenne de 700 livres à l’occasion d’une rentrée littéraire en France, ce livre a pu obtenir le Prix Goncourt. Un motif de satisfaction, toutefois, l’ambiance très lutécienne du roman, qui m’a permis d’apprécier l’attachement me liant à cette ville.

Bonne lecture.

Jean Echenoz, Je m’en vais
Edition de Minuit, 253 pages, 1ère parution 1999
Prix Goncourt 1999


Source Photo Sandro di Carlo Darsa (http://www.sandro.tv/)


Je vous propose également d'autres critiques qui vous permettront de vous faire une idée et de relativiser mon commentaire.
Littexpress (Critique enthousiaste et détaillée)
L'espèce de blog a beaucoup rigolé
Le coin lecture a apprécié les artifices littéraires
L'enthousiasme de Pitou m'étonne et je me demande si nous avons réellement lu le même livre.
Farenheit 45 partage ma lecture.
Lily a apprécié ce livre.

12 commentaires:

Ndack a dit…

Gangoueus, j'aime bien le "Bonne lecture." très propre qui a suivi ton commentaire :o). Habituellement (quand tu as apprécié le roman), tu finis pas un "Bonne lecture !" bien jovial dans lequel on sent les smileys et tout! Comme quoi la ponctuation est un outil qui dit beaucoup de choses.

GANGOUEUS a dit…

Bonne observation!
Je n'y avais pas pensé...

AnnDeKerbu a dit…

C'est plutôt rare que vous exprimiez un avis si négatif sur un livre. Je trouve que dans ce cas, l'engagement est plus fort finalement.
Personnellement j'ai beaucoup aimé "Je m'en vais" et aussi "Courir" que j'ai lu plus récemment. Chez cet auteur, c'est surtout le style que j'apprécie, une manière d'écrire "sans en avoir l'air", un certain détachement.

sylire a dit…

Cela confirme que le Prix Goncourt n'est pas le meilleur !

GANGOUEUS a dit…

Chère Anne,

Je comptais justement vous rendre une visite vu que vous avez apprécié ce roman.

J'en attendais beaucoup, et j'ai été profondement déçu. Parce que l'histoire est très légère, les personnages improbables, limite pathétiques (voir l'affrontement en Baumgartner et Ferrer du côté de St-Sébastien, je me suis arraché les cheveux) et surtout les artifices littéraires qui ne prennent pas et ne rattrapent pas le roman dans son ensemble. A cela je rajoute, les problèmes de temps de conjugaison, chose sur laquelle je ne prête jamais attention.

Je me dis intérieurement que je ne suis pas tombé sur le bon roman d'Echenoz.

Mais, en tant que lectrice vous comprendrez ma désillusion.

GANGOUEUS a dit…

A Sylire,

Je n'ai pas lu suffisamment de Prix Goncourt pour les apprécier.
Mais je suis inquiet, je sais que je n'ai pas passé le premier chapitre de Rouge Brésil de Rufin. Je compte réitérer l'experience.

Je réalise que ces prix sacrent plus l'auteur que le roman en lice. Je causais dernièrement avec un spécialiste de Tierno Monemembo, qui m'expliquait que le Roi de Kahel était un bon roman, mais il était très loin des meilleurs textes du guinéen. Si Mémoires de porc-épic, est un bon texte que j'apprécie, Verre cassé est sans contestation possible le meilleur roman de Mabanckou.

Je vais donc plus me fier à l'impression des lecteurs et à mon flair :o) qu'aux annonces pompeuses et trompeuses d'un Prix.

AnnDeKerbu a dit…

Je sais, c'est bête mais lorsque je lis une critique négative sur un livre que j'ai beaucoup aimé, je me sens presque personnellement mise en cause, agressée. Ce n'est pas le cas ici avec "Je m'en vais" parce que, je l'avoue, je ne me souviens plus très bien du livre. Mais il m'avait suffisamment plu pour que je me lance avec confiance dans la lecture de "Courir" du même auteur. "Creux", oh là là, c'est dur quand même! C'est peut-être le côté un peu surréaliste du personnage qui ne vous a pas plu, c'est un peu délirant. Paradoxalement, vous m'avez donné envie de le relire...

GANGOUEUS a dit…

Je vous comprends. C'est peut-être pour cela que je suis relativement modéré dans mes commentaires de lecture pour éviter de blesser les lecteurs que nous sommes, ou les auteurs qui font un travail énorme.

Je crois que ce qui a accru mon dépit, ce sont les commentaires extrêmement élogieux de certains critiques. Mais, bon, c'est aussi cela un blog, exprimer un point de vue :o)

Je vous souhaite une bonne lecture!

Anonyme a dit…

Imaginez, un type, pas plus bête qu'un autre, qui bosse à plein temps dans l'écriture de romans depuis une trentaine d'années. Il est devenu un bon artisan ; il est considéré par la critique (journalistique et universitaire) comme un des meilleurs stylistes du roman français. Il obtient le principal prix littéraire français, qui certes n'est pas une référence absolue, mais garantit quand même un minimum syndical. Et voila que vous venez nous dévoiler que son livre présente des problèmes de temps de conjugaison...
L'idée ne vous a pas effleurée que les problèmes étaient peut-être du côté de la réceptrice, qu'il y avait là dans la forme et le jeu sur les temps quelque chose qui vous a échappé, et qu'une deuxième lecture pourrait n'être pas inutile. Votre assurance me confond. Un écrivain qui passe deux ans sur 200 pages, incapable de conjuguer ses verbes et d'assurer la concordance des temps, un éditeur réputé comme l'un des plus exigeants infoutu de le relire... tout part à vau-l'eau, ma brave dame. Allez, essayez d'en lire un autre — je vous recommande "Les grandes blondes" — en partant du postulat qu'Echenoz sait écrire, et que les effets qui vous semblent curieux sont volontaires. Laissez-vous entraîner, ça n'est douloureux que si on résiste.

GANGOUEUS a dit…

Cher Anonyme,

Avant de monter sur vos grands chevaux, un minimum de respect voudrait que vous signez votre post.

Contrairement à vous, je ne conditionne pas mon point de vue de lecteur à ce que pense la République d'un ouvrage aussi bien primé qu'il soit. Mais à mon ressenti de lecteur. La narration me parle, le style, les personnages, l'intrigue. Je n'ai pas besoin de tout cela pour être heureux en tant que lecteur. Mais un seul de ces éléments peut me réjouir.

Je l'ai dit plus haut. J'attendais beaucoup de cet ouvrage. Parce que j'ai aimé la prestation d'Echenoz à la Grande Librairie. Je n'ai pas l'habitude de porter des jugements aussi virulents. Vous me dites "relisez le bouquin!". Pour mieux comprendre les artifices littéraires? Qu'apportent-ils à l'histoire? Echenoz intervient dans son roman. Oui et alors? Cela n'apporte rien au texte.

Monsieur, vous vous méprenez totalement. Sur les incohérences de temps de conjugaison, elles sont tellement flagrantes que j'ai bien compris qu'elles étaient voulues par l'auteur. Question : qu'apportent-elles au texte? Rien, bidri, que dalle.

Il n'est pas question d'assurance à mon niveau. La preuve, pour relativiser mon propos, j'ai mentionné d'autres sources, d'autres commentaires (dont le votre) pour montrer aux lecteurs de ce blog, mon droit de ne pas comprendre un écrivain sans les entrainer dans ma galère. C'est ma manière de respecter le travail d'Echenoz.

Cela étant dit, je vous encourage à lire les critiques de Farenheit 45 sur "Je m'en vais" et "Un an".

Visiblement, je ne suis pas le seul à ne pas comprendre. Et je me sens mieux.

dasola a dit…

Bonjour Gangoueus, je n'ai lu que "Courir": une merveille d'écriture. Un enchantement. Bonne journée.

GANGOUEUS a dit…

Merci Dasola, pour tes mots et ce point de vue. Je compte dès que possible me redonner une chance avec cet auteur. La piste de Courir me semble la bonne... On verra.

A bientôt.