jeudi 13 août 2009

Jean-Marie Gustave Le Clezio : L'Africain
























Croquis de Gilles Guias
On pourrait penser que je colle à l’actualité avec huit mois de retard. Mon côté coupé-décalé. Un prix Nobel dans l’espace francophone et le lecteur que je suis, se dit : 
Bon sang, comment as-tu pu louper le mec ?

A vrai dire, je balancerai en disant que Le Clézio n’était pas à la une de la blogosphère quand il a été primé. Mais depuis, ce grand écrivain est régulièrement lu et commenté. C’est l’avantage des grands prix de vous remettre en scène, au goût du jour… Je ne pouvais déroger à cette mise à jour. Mais entre nous, j’avais Jean-Marie Gustave Le Clezio dans le collimateur depuis belle lurette, faisant partie de ma modeste liste d’auteurs à lire au moins une fois.
Les suédois m’ont juste pris de vitesse. Ce n’est pas grave. En guise d’introduction avec cet auteur prolixe, j’ai sauté sur le livre qui semblait le plus proche de mes récentes lectures. L’Africain. Un petit livre illustré à l’aide de photos de la famille de l’auteur.
L’africain, c’est son père. La filiation de JMG Le Clézio est connue. Si ce dernier est né à Nice, sa famille a des attaches mauriciennes et bretonnes. Maurice ayant été une colonie britannique, c’est en tant que médecin de l’armée britannique que le père du romancier a consacré près 20 ans de sa vie dans les contrées de l’ouest du Cameroun et de l’est du Nigéria.
Ce texte est l’occasion pour l’auteur de revenir sur ses années d’enfance, celles passées après la guerre en terre africaine. Mais il porte également un regard sur cette figure paternelle qui a été tenue si longtemps éloignée de la cellule familiale. JMG Le Clezio devine beaucoup plus qu’il n’affirme les choix de son père. Il n’y a pas une liste de revendications ou rendez-vous manqués entre un père et un fils. Ce n’est pas de cela dont il s’agit. Mais au travers de ses souvenirs, des photographies de famille, des échanges avec le père ou même la mère, de ses propres pérégrinations, il recolle le puzzle de la vie de cet homme au cœur d’une Afrique encore souvent inconnue, sa passion pour ces peuples, la désillusion de ne pouvoir être aux côtés de sa famille durant la guerre. On ressent le désir de comprendre l’évolution de ce personnage au gré de ses différents épisodes de vie, pour mieux relire sa propre construction.

C’est un commentaire délicat que je fais, puisque vu l’aspect intimiste des écrits de l’auteur, je souhaite être le plus proche de ce regard scrutateur de l’auteur. Le regard d’un fils sur l’histoire lointaine de son père qui a malgré tout, on le sent très bien, façonnée son propre parcours.

Bonne lecture,





JMG Le Clezio, L'africain
Edition Mercure de France, Collection Folio
124 pages, 1ère parution en 2004

Voir les critiques de Livres et cinéma, Sylire, Nanne

13 commentaires:

St-Ralph a dit…

A la fnac de Dijon, j'ai vu le livre, l'ai pris et l'ai reposé. j'avais d'abord cru à un roman. Quand j'ai vu qu'il s'agissait de la vie de son père, je l'ai reposé parce que j'ai trouvé la jaquette trompeuse.

Je n'aime pas que sous la robe de Prix Nobel ou autre prix on nous vende n'importe quel produit. La jaquette du dernier livre de Claude Ribbe (Le Diable noir) est également repoussant.

Anonyme a dit…

J'ai lu "L'Africain" fin 2006. Je me rappelle bien que j'ai mieux compris pourquoi il a écrit "Onitsha", le titre de LeClézio qui m'avait beaucoup touché. Je l'ai découvert et lu grâce à une liste des titres de cinq Francais. A l'époque, j'avais commencer à lire des auteurs francais en francais et non en traduction. C'était pas toujours facile, mais beaucoup mieux que toute traduction ! Lors d'un stage à la BPI à Paris, j'avais demandé ces cinq Francais de me nommer chaqu'un ses 10 livres préférés. Et là, il y avait "Onitsha". D'ailleurs, grâce à cette liste j'ai découvert de bons romans et je remercie vivement ces co-stagiaires !

Très joli (si vous cherchez un cadeau) sont les "Sirandanes", des devinettes qui portent sur la vie quotidienne à l'ile Maurice, suivies d'un lexique du créole mauricien. Paru aux éditions SEGHERS.

La lionne

St-Ralph a dit…

Je suis content de constater que tu as lu mon ancien camarade d'université, Daniel Biyaoula.
J'avais lu, au début des années 90, son premier manuscrit que j'avais alors trouvé fort intéressant mais trop long pour un premier roman.
je prendrai le temps de découvrir le romancier.

GANGOUEUS a dit…

@ St-Ralph,

Je pense que pour toi qui te passionne pour le choc des civilisations africaine et européenne, L'Africain est une reflexion interessante qu'offre Le Clezio. Certes, il parle de sa famille, de ses années d'enfance, de son père. Mais il y a aussi ce regard peu conformiste du père sur l'Afrique sous le joug colonial. Et il est intéressant de voir ce regard évolué au gré de son histoire personnelle.

Biyaoula a fait ses bancs avec toi?
Dans la même filière? Je crois savoir que c'est un microbiologiste... Je pense que tu parles de L'impasse. C'est un grand auteur. Trop discret ces derniers temps.

Chère Lionne,

Je note la référence concernant Onitsha. Il y a pas mal de retour positif sur ce roman.
Je note ton idée de cadeau :o)

Bonne semaine !

Ballades et escales en afrique littéraire a dit…

Personnellement - oui je suis un peu sévère - mais Le Clezio n'est pas un "grand" Nobel. Mais ne faisons pas la fine bouche, le personnage est remarquable.

GANGOUEUS a dit…

Bienvenu chez Gangoueus!

Il faudrait que vous définissiez ce que vous entendez par Grand Nobel, cher Hervé. Ceci est un premier dans l'espace de Le Clézio... J'apprécierai au fur et à mesure.

Anonyme a dit…

St-Ralph,
c'est bien que tu parles de Daniel Biyaoula. J'ai lu ses trois romans et j'avoue que "Agonies", le premier roman, m'a beaucoup marqué. Même s'il est littérairement peut-être moins developpé que les autres tires. "Developpé" est certainement pas la bonne expression, j'espère que tu comprennes quand même. Depuis longtemps, j'attend la parution d'un nouveau roman de Daniel Biyaoula !

La lionne

St-Ralph a dit…

J'ai fait une formation de lettres modernes et Daniel Biyaoula la microbiologie ; tous les deux à l'Université de Dijon. Forcément nous nous connaissions et prenions de temps à autre un pot ensemble. Mais nous n'étions pas vraiment amis. Puis nous nous sommes retrouvés tous les deux pendant quelques années dans la même ville dans l'Yonne où nous avions passé beaucoup de temps à discuter de tout et de rien. C'est là qu'il m'a donné à lire son premier manuscrit.

Mais chose extraordinaire, c'est mon fils qui, lors d'un séjour d'études en Angleterre m'a appris qu'il avait publié un livre puisque son professeur lui en avait parlé. Je suis donc content de découvrir ses références sur ton blog Gangoueus.

@ Bravo la lionne !
Bravo pour avoir lu trois livres de Daniel. Il va falloir que j'en lise au moins un. Peut-être qu'il se manifestera quand il lira ma critique.

Alex Engwete a dit…

« Bon sang, comment as-tu pu louper le mec ? »

Le même cri de détresse a réverbéré dans les études des critiques littéraires des grands journaux et magazines étatsuniens quand on a annoncé le Prix Nobel du grand Le Clezio.

Il se fait en effet que Le Clezio est « résident de la république » dans l’Etat du Nouveau-Mexique, dans le paysage quasi-lunaire du Désert de Sonora, qui se prolonge au Mexique…

Ils ont fait des gorges chaudes sur ce Nobel, les Ricains, croyant obscurément que la terre d’Amérique y était pour quelque chose dans l’éclat du génie de Le Clezio…

Même attitude d’ailleurs chez les « Frogs »—ou « grenouilles » ou « citoyens français » , selon les Amerlocks — qui croient que le Jazz est né à la Nouvelle-Orléans et qu’il doit avoir été ainsi imprégné tout aussi « obscurément » de la culture française.

Merci, Gangoueus, pour la présentation de cette œuvre inestimable.

Ndack a dit…

@ Alex,

Chacun y est donc allé de son commentaire de chaque côté de l'Atlantique... Mais dans le cas de Le Clézio, c'est tout à fait inutile. Il y a des êtres comme ça qu'on ne peut cloisonner, car ils ont accepté très tôt de s'ouvrir au monde, au monde entier, avec tout ce qu'il regorge de beau et de terrible.

naomed a dit…

Encore un livre que je ne lirais pas. Les livres à Dakar sont beaucoup trop chers pour moi. Dommage

GANGOUEUS a dit…

Dommage, chère Naomed. C'est un format de poche, qui normalement est plus accèssible. Mais je comprends ton argument.

Lo a dit…

Dans l'Africain, il y a des descriptions vraiment réussies, une perception de l'Afrique coloniale hors des clivhés, très personnelles (dans le regard de JMG et dans celui de son père qu'il décrypte).
Comme dit Ndack, un homme qui très tôt a été ouvert, - offert - au monde. Et une enfance très libre qui l'a marqué, qui a fait ses premières empreintes. De ça il sait très bien parler.

Il me tarde de lire Onitsha.