lundi 11 mai 2009

Gwokas à la Gare du Nord

Copyright Leucippus


Je ne résiste pas à la tentation d’évoquer un événement auquel j’ai assisté lorsque d’un passage qui se voulait éclair à la Grande Gare du Nord de Paris. Dimanche 09 Mai, 12h00.

J’attendais patiemment l’embarquement d’un passager sur l’Eurostar. C’est un peu comme quand on prend un avion. Il faut arriver très tôt sous peine de louper son train pour la perfide Albion. L’affluence n’était pas énorme à cette heure du repas dominical. Il y avait un bruit de fond, éloigné, au sein de la gare. Quand j’ai vu le drapeau haïtien qui flottait près du lieu d’où venait le vacarme, je me suis tout de suite rapproché.

Des musiciens aux tenues créoles battaient le tambour devant un stand aménagé autour de la commémoration de l’abolition de l’esclavage. Vous pensez bien qu’avec les lectures que je fais actuellement, je ne pouvais être indifférent à cette manifestation festive et j’y ai retrouvé en illustration quelques personnages de mes dernières lectures : Barnave, le député grenoblois esclavagiste, Moreau de Saint-Mery du club Massiac, l’Abbé Grégoire de la Société des Amis des Noirs qui a tant œuvré sous la Révolution afin les grands principes énoncées s’appliquent aux populations exploitées sous le joug de l’esclavage dans les colonies françaises. Mais surtout, ces images d’esclaves enchaînés… Pour dire que les panneaux de l’Association de Cheminots (ARCADEIF) qui est à l’origine de ce projet étaient synthétiques mais très instructifs.

Entre temps, le son de la musique, au fur à mesure que je m’approchais de l’espace d’animation s’était affiné, etant plus agréable à l’écoute que les effets d’échos qui me parvenaient initialement de la plateforme d’embarquement. Gwoka. A la Gare du nord. On a beau dire, souligner les points de divergences du Grand bazar noir de France, quand on entend, on ressent les vibrations du gwoka pour eux, du tam-tam pour moi, on est quelque peu ému de constater l’une des principales survivances de la culture africaine aux Antilles. On a cela en commun. Le Gwoka subjugue, le gwoka est une invitation à la danse, un désir de communion entre lui et le danseur… Certains spectateurs se sont lancés sur la piste devenant ainsi acteurs de l'événement. Pas forcement des ultramarins. Ils se sont engagés comme ce voyageur antillais débarquant de Londres qui nous a dispensé de ses pas gracieux, de sa candeur, de son extase, répondant ainsi à l’invitation du tam-tam, et dont j’ai personnellement cru qu’il aurait basculé dans une transe magnifique s’il n’eut été interrompu dans son enjaillement. Comme au Congo. Comme quelque part en Afrique. Comme quelque part en Colombie ou au Brésil. Vous avez donc une petite idée de l'ambiance qui a prévalu.

Modeste mais magnifique commémoration de cette histoire douloureuse. Loin des discours politiques et des polémiques, le tam-tam a parlé des souffrances passées de beaucoup, hier, à l’imposante Gare du nord.



Source Photo Gwokas

9 commentaires:

Stephie a dit…

J'adore le gwoka, c'est un vraiment un son puissant et envoûtant.

Tania a dit…

On croit les entendre, très vivant ce billet !

GANGOUEUS a dit…

@ Stephie et Tania,

Je regrette de ne pas avoir eu mon appareil photo avec moi, les images auraient mieux parlé :o)

Bien à vous,

Alex Engwete a dit…

Gangoueus:
Merci de nous plonger dans l’ambiance du flâneur qui saisit au vol des tranches de vie au gré de ses dérives urbaines. Ton texte se déploie comme une camera exécutant un travelling. Tu devrais écrire, si tu n’as pas déjà commencé !

St-Ralph a dit…

Je comprends tout à fait ton émotion à cette plongée inattendue dans le passé via cette manifestation "solitaire" exilée dans ce petit coin de France. Il est bien agréable de parfois s'exprimer son émotion.

GANGOUEUS a dit…

@ Alex,
Il va falloir que je suive ton conseil...

@ St-Ralph,
C'est l'effet des vibrations, des rythmes du tam-tam. Cet instrument a eu une influence énorme dans la survivance de l'Afrique parmi les descendants déportés.
Il y a deux ans, j'assistais à un colloque à l'occasion de la commémoration de l'abolition de l'esclavage, et une introduction fut faite par le tam-tam à cet événement très élitiste dans sa forme. Le batteur faisait une ode à son instrument et à l'Afrique perdue. Magnifique.
@+

GANGOUEUS a dit…

Je crois, en y réfléchissant, que le tam-tam n'éveille point en nous quelque chose de cérébral. On est effectivement plus dans l'affectif, dans la charge émotionnelle. Est-ce cela que j'ai ressenti? Est-ce le poids de mes récentes lectures (très cérébrales) qui trouvaient là un cadre les justifiant? les matérialisant? Encore une fois, en regardant ce danseur improvisant s'oubliant à la gare du nord, j'ai été profondement marqué par cette histoire des peuples africains faites de joies élevées et d'abyssales détresses le tout au rythme du tam-tam.

Liss a dit…

décidément, Gangoueus, il se passe vraiment quelque chose entre toi et les Antilles ces temps-ci, mais keba na yo soki ozo tala pe ba antillaises ; oza na mwasi déjà (rires)

GANGOUEUS a dit…

Chère Liss,

Pardon, je ne regarde pas mes soeurs antillaises, elles sont effectivement du beauté à damner un saint :o) Les joies du métissage produisent de belles choses... Mais ma belle me suffit, boni yo boyé ko?

An ou alé, Vive le gwoka ! Vive les Antilles!