dimanche 2 novembre 2008

Olympe Bhêly-Quenum : Un piège sans fin


Comment commenter un ouvrage ?

Quand la lecture s’est avérée passionnante, surprenante.
Quand on s’est laissé séduire par les personnages, leurs cheminements, leurs ruminations, leurs désillusions, leurs déchéances. On a envie de rendre une copie suscitant questionnement et peut-être intérêt sans trop défricher la trame afin que le futur lecteur puisse partager les mêmes péripéties, les mêmes angoisses, la même gêne sans que tout cela soit desservi par un commentaire trop " bavard ". Voilà les questions que je me pose en commençant cet article.

Olympe Bhêly-Quenum se définit comme un écrivain chercheur. Un piège sans fin est son second roman et il fut publié en 1960 aux Editions Présence Africaine. Son site Internet très étoffé permet d’avoir une idée de cet intellectuel béninois, notamment les interviews qui y sont consignés.

Ce roman retrace la tragique histoire d’Ahouna, un jeune béninois du nord de ce pays pendant la période coloniale. Fils d’un notable de la région, sa famille possède des terres mises en valeur et du bétail. Tout n’est pas rose. Les épidémies frappent le bétail, les sauterelles massacrent les plantations, les travaux forcés imposés par l’administration coloniale affectent même cette famille aisée et dont le père refuse cette humiliation en se suicidant. La vie n’est pas un long fleuve tranquille mais Ahouna arrive à se reconstruire et faire fructifier avec son beau-frère les biens familiaux quand il rencontre la belle Anatou.

Cette relation sublimée apportera à Ahouna le meilleur mais surtout le pire.
Olympe Bhêly-Quenum condamne le lecteur, par le biais de sa plume experte et avisée, à assister à l’avilissement d’un être innocent, au déploiement de la bête qui sommeillait en lui. Il y a une mise au pilori d’une innocence béate et l’enfermement dans un piège sans fin du jeune Ahouna. D’autant qu’on a l’impression, même sur un arbre haut perché avec la vision panoramique du lecteur, que rien ne peut extraire Ahouna de sa triste condition.
On espère secrètement en lisant les pages de ce roman ne pas être confronté un jour à l’absurdité, à la folie de l’expérience du personnage central. En toile de fond, Olympe Bhêly-Quenum dépeint avec une maîtrise de la langue française la société coloniale, le monde rural, le bagne.

Un coup de coeur dont le souvenir ne risque pas de s’estomper.

Bonne lecture
Olympe Bhely-Quenum, Un piège sans finEdition Présence Africaine, 284 pages
1ère parution en 1960

15 commentaires:

A_girl_from_earth a dit…

Tu en fais un commentaire très inspiré et très inspirant. Comment ne pas l'intégrer à ma LAL!

GANGOUEUS a dit…

Pourvu que je ne te déçoive pas...

En tout cas, c'est un de mes coups coeur pour l'exercice 2008.

@ bientôt,

Destinée a dit…

Tu fais une critique si exquise de ce book, qu'on serait presque tenté de se demandé si t'es pas copain avec l'auteur :)
C'est bien écrit en tout cas, as usual. Et ça donne envie.

Toutefois le résumé de l'histoire me rend triste et m'énerve quelque peu (puisque c'est une femme qui est à la source de cette progressive descente aux enfers).

Je pense qu'il n'ya pas de fumée sans feu. Il serait donc indécent d'imputer tous les torts à une femme qui maltraite son conjoint. Il y a toujours des raisons valables à tous les crimes (même à celui de l'infidélité) hélas. Ahouna n'est donc pas totalement blanc dans cette histoire, ni sa femme totalement noire.

Stay blessed and keep reading! :)

GANGOUEUS a dit…

Difficile que je sois son pote, on n'a pas les mêmes valeurs... :o)

Concernant, l'innocence d'Ahouna, c'est le parti pris de l'auteur. La naïveté de son personnage et son altruisme vont le perdre dans des fosses abyssales dont on ne peut s'extraire...

Il peut arriver que dans un couple, la communion disparaisse du jour au lendemain suite à un incident banal. L'événement peut être un révélateur mais il peut également être une cause qui va réveiller une blessure oubliée.

Cela étant dit, je soupçonne Olympe Blêly-Quenum de misogynie (rires), mais quel auteur talentueux, quel dangereux prosateur...

Anonyme a dit…

le mariage,un sassèdoce ou un piège

GANGOUEUS a dit…

N'hésitez pas à signer vos commentaires, question de courtoisie.

Effectivement, le mariage un sacerdoce ou un piège? C'est toute la question de ce livre.
Ahouna en prenant la fuite s'enferme dans un piège également. La fuite n'est pas la solution, mais la réalité du quotidien chez lui est devenu un sacerdoce trop lourd. Qu'il faut assumer... Enfin c'est mon avis. Mais quand on est enfermé entre les griffes d'Olympe Bhêly-Quenum, dans le huis clos de son texte, les choses paraissent moins évidentes...

Anonyme a dit…

Après une lecture passionnante de ce roman , je me rend compte que Ahouna était conduit vers son tragique destin qui était la mort.Son épouse Anatou a juste été l'instrument des dieux.

GANGOUEUS a dit…

Permettez moi de penser que l'approche fataliste que vous soutenez ne correspond pas à la lecture de ce roman.
Le piège pour Ahouna est la rupture avec Anatou. Tout le reste n'est qu'une conséquence de cette brisure dans le couple idéalisé que Ahouna entretenu dans son imaginaire. Il y a un autre piège, celui d'un Ahouna protecteur, qui ne veut pas partager le drame qui l'étreint. Il y a donc une introspection intéressante proposée l'écrivain béninois.

Votre conclusion suppose une sorte de prédestination qui exclut justement l'introspection suggérée.

GANGOUEUS a dit…

Je voulais dire "Ahouna entretient dans son imaginaire".

PS: Je vous prierai de signer vos commentaires où je prendrais soin de les supprimer.

Cordialement,

Françoise a dit…

je ne sais pas si l'auteur est misogyne, mais en tous les cas il donne beaucoup de force au personnage féminin de Anatou ! on ne peut s'empêcher d'éprouver de la pitié pour le pauvre Ahouna, incapable de gérer un conflit qui le dépasse et qui le fait choisir la fuite ...maintenant, en France, il aurait sans doute choisi la sortie dans l'alcool ou la drogue !j'ai beaucoup aimé ce livre,cette histoire d'un homme ordinaire qui abandonne une vie tranquille parce qu'il ne sait pas se défendre contre sa femme qu'il ne comprend plus .C'est l'histoire tragique d'une dépression, transposée dans la dure réalité d'une Afrique coloniale entre deux cultures ....superbement écrite !

GANGOUEUS a dit…

Chère Françoise,
Je disais cela sous l'angle de la plaisanterie. Même si, trois ans après cette lecture, j'ai ce sentiment... Mais ce n'est pas important, ce qui est intéressant, c'est l'aventure passionnante proposée.

Penses-tu qu'Olympe Bhêly-Quenum donne trop de pouvoir à cette jeune femme?

Françoise a dit…

trop de force non, puisqu'elle disparaît rapidement du roman dès que son mari prend la fuite ; c'est surtout à Anouna qu'il donne beaucoup de faiblesses, mais c'est aussi pour ça que ce livre est intéressant ....le schéma classique du couple est un peu inversé

GANGOUEUS a dit…

Justement Françoise, le souvenir que j'ai du roman, c'est justement que tous les actes d'Ahouna sont dictés par la fermeture de sa femme. Sa fuite en avant est une conséquence, ainsi que tous les actes dérivés.

J'ai le souvenir que j'avais le sentiment que le coeur d'une femme sous la plume d'Olympe Bhêly-Quenum était parfaitement insaisissable. On sortait du livre avec l'impression qu'il ne fallait surtout pas prêter son coeur à ces dernières de peur que ces dernières ne foulent de leurs talons aiguilles. Lol!

JE parlais de misogynie parce que ce roman peut inciter à ce sentiment. Parce que le projet littéraire est extrêmement bien mené.

Soit rassuré, mon regard bienveillant sur les femmes a survécu à la violence de ce roman.

Ismael a dit…

En quoi ce live est un roman d'aventure?c'est mon seul soucie, sinon le livre est parfait.

GANGOUEUS a dit…

Les pérégrinations du personnage central quand il fuit la jeune femme s'apparentent à une triste aventure... Je ne comprends pas trop votre question...