lundi 9 juillet 2007

CHINUA ACHEBE : Le monde s'effondre


Chinua Achebe est sûrement l’un des plus grands écrivains africains encore en vie. Un précurseur. Son roman « Le monde s’effondre » est né d’un sentiment de révolte et d’un désir d’apporter un témoignage afrocentré sur une Afrique pré-coloniale et sur le choc des premières rencontres avec l’Occident. Ce roman est encore aujourd’hui le roman africain le plus vendu dans le monde.

 

Ce roman aura cinquante ans l’année prochaine. L'auteur suit les traces d’Okonkwo, un guerrier et un grand agriculteur, qui projette de redorer le blason de sa famille terni par un père assisté et paresseux. Le cadre historique est celui d’un clan ibo, groupe de population du Sud-est du Nigeria dans le contexte d'une Afrique pré-coloniale. Chinua Achebe brosse donc le portrait d’un homme rude, complexé, ambitieux qui veut s’accomplir et devenir une figure de son clan. Dans une écriture que la traduction de l’anglais de Michel Ligny semble nous révéler très sobre, le romancier narre cette ascension progressive, son apogée puis l’exclusion inattendue du clan. La force de ce roman réside dans la description très rigoureuse qu’il fait des fondements structurels de cette communauté. Les croyances, les rites initiatiques, les cérémonies funéraires, nuptiales, liées à la production agricole ou à la justice, les valeurs collectives, les relations avec les autres clans, les sacrifices humains sont tous relatés avec objectivité et lucidité. Sans complaisance, sans auto-flagellation.

Le personnage d’Okonkwo contraint à l’exil avec toute sa famille (dont trois épouses) suite à une transgression grave d'un code du clan, est amené à prendre du recul, à observer l’hospitalité de son clan maternel où il purge sa peine et de percevoir les premiers échos de l’arrivée de l’européen en terre ibo. Contact fait d’incompréhensions et de premiers heurts violents.

Le monde s’effondre. L’écrivain décrit dans un second temps, avec érudition, le choc des civilisations matérialisé par l’arrivée des premiers missionnaires chrétiens, la portée de leur message évangélique, les dérapages liés à la collusion de certains missionnaires avec le pouvoir administratif colonial et les sociétés traditionnelles dont l’unité spirituelle est brisée par l‘émergence de la communauté chrétienne naissante mais également la remise en cause de certaines pratiques comme l’infanticide des jumeaux. Une tentative de dialogue est amorcée mais, malheureusement, elle ne sera pas pérenne. Le reste est une histoire d’orgueil, de peur, de haine et d’ignorance.

J’ai rarement lu un ouvrage dont l’auteur avait une aussi bonne connaissance de la doctrine chrétienne et des croyances traditionnelles africaines. La maîtrise par Chinua Achebe des philosophies sous-tendant ce contact frontal et la distance du romancier nigerian sont la grande force de ce roman. Un texte complet qui reste d'une extrême actualité.


Chinua Achebe a reçu le mois dernier le MAN BOOKER INTERNATIONAL PRIZE, pour l’ensemble de son œuvre qui récompense les grands auteurs de langue anglaise. Il succède à Ismaïl Kadare.


1ère parution 1958, Traduction de l'anglais, Michel Ligny, Présence Africaine, 6,10 €


42 commentaires:

Dinam B. a dit…

Yo man!

Ce bouquin me parait etre interessant. As-tu vu l'avant dernier film de Nicolas Cage intitule "Lord of War"(Le Seigneur de la Guerre...je crois en traduction litterale francaise)? Je tarde a acheter le DVD, mais dans ce film on montre exactement comment le trafic d'armes entre l'occident et l'Afrique se fait. On se rend compte comment notre continent est entrain d'etre detruit. Je te recommande de voir le film.

GANGOUEUS a dit…

Hi Dinam,

Je te le conseille vivement. En anglais, ce devrait être un plus.

Je n'ai pas vu "Lord of War" mais le DVD de ce film est bien dans ma ligne de mire. On pourra en rediscuter quand je l'aurai vu.

Merci pour ton message!

Gangoueus

Ndack a dit…

J'ai lu ce livre à l'école comme lecture obligatoire dans un cours de français. Il m'avait beaucoup marqué de par son objectivité. L'auteur décrit ce qui est sans justifier, sans enjoliver, sans interpréter... du naturalisme à mes yeux. Et les romans naturalistes ont toujours été mes préférés (c'est mon côté un peu scientifique peut-être qui parle). Bon ensuite, selon son bagage, ses origines et ses expériences, le lecteur interprète cette page de vie comme il peut. C'est pour cela je crois que ces romans traversent les décennies, voir les siècles. Ce sont des témoignages, des fresques d'un époque. Et contrairement à ce que l'on pourrait penser de prime abord, les auteurs naturalistes sont souvent extrêmement engagés - qu'ils en soient conscients ou non - mais un engagement d'une belle universalité, un engagement destinée à l'humanité toute entière.

GANGOUEUS a dit…

Bonjour Ndack,

J'ai découvert le concept de naturalisme en lisant ta réponse. Un courant que l'on doit à Zola apparemment.

Je suis réservé concernant ton analyse. Je pense que ce roman de Chinua Achebe est un livre à thèse. Ce qui est extrêmement intéressant dans cet ouvrage, c'est que Achebe possède une parfaite connaissance de la doctrine chrétienne et de ses croyances ancestrâles, ce qui lui permet de mettre en scène correctement son propos avant de prendre position...

Ndack a dit…

Bonjour Gangoueus,

Pourrais-tu développer sur ce qui pourrait être la thèse dans ce roman de Achebe ? Surement Achebe a voulu envoyer un message (comme tout écrivain en général), mais je sais que moi, quand j'ai eu fini de lire ce roman, je n'avais ni envie de retourner en arrière pour vivre l'époque d'avant la colonisation, ni envie d'accepter le discours qui dit qu'il y a un quelconque côté positif, si minuscule soit-il, de l'arrivée de l'Homme Blanc en Afrique. Son texte m'a paru très anthropologique. Certes en pleine ascension, Okonkwo a fait une chute et son "monde s'est effondré". Mais Okonkwo n'a pas été pour moi un héros, quelqu'un à qui je me serai identifier au fil des pages et je n'étais pas non plus nostalgique de son monde... qui comportait des splendeurs et des horreurs, tout comme mon monde à moi aujourd'hui. C'est en ce sens que ce texte m'a semblé universaliste. Il ressemble d'ailleurs au roman de Yves Thériault, "Agakuk" (Je te le recommande fortement si tu ne l'as pas lu: http://felix.cyberscol.qc.ca/LQ/auteurT/theria_y/agagu_yt.html). Okonkwo vivait au coeur de l'Afrique, Agagkuk au coeur du Grand Nord, leur monde et leur science millénaire a été balayé par la Civilisation Blanche représentée par ces colons sans coeur mais... aucun des deux ne m'étaient sympathiques ! Peut-être aussi parce que je suis une femme, qui sait...

Quant à Zola... La collection de 20 romans de sa série "Les Rougon-Macquart - Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire", est le chouchou de ma bibliothèque ! Une famille de timbrés aussi, pas très sympathiques non plus, mais nous les aimerons quand même ces personnages, si nous nous aimons nous-mêmes.

GANGOUEUS a dit…

@ Ndack,

Tu relèves le point suivant : "Certes en pleine ascension, Okonkwo a fait une chute et son "monde s'est effondré".

C'est toute la thèse de ce roman. Un système qui s'effronde du fait de son incapacité de se remettre en cause lors de la mise en contact avec des valeurs étrangères. Le suicide d'Okonkwo est l'acte ultime de cet effondrement. Il est très intéressant qu'Achebe est une analyse aussi brillante de la situation qu'a connu son peuple ibo et par extension de nombreuses populations africaines. Ce qui est encore plus intéressant, c'est que l'infiltration des missionnaires britanniques dans ce cas spécifique n'est pas violente. Elle se construit sur certaines déviances observées de la culture ibo : infanticides des jumeaux, le phénomène des ogbanje (enfants sorciers), la démystification de sites sacrés...
Le contact dérape par la suite avec le changement de pasteur, mais la remise en cause ne vient pas. Il est trop tard. Okonkwo n'a que les armes là où le défi estculturel et la structure sociale déstabilisée à cause de ses tares.
La société est divisée. J'ai lu, il y a quelques années, le texte d'une romancière indienne où le même mécanisme d'évangélisation était utilisé, et naturellement, dans une société indienne où les castes appuyent sur le sentiment d'inégalités de naissance entre les hommes, la pénétration évangélique n'en était que plus logique.

Un monde s'effondre par la faute de son immobilisme.

C'est pour cela que je ressens moins l'universalisme que tu évoques, car l'immobilisme dont il est question dans l'ouvrage d'Achebe me semble très singulier...

Je note la référence d'Agakuk.

Je n'ai pas lu Zola, triste confession, m'aimeras-tu quand même? (Rires !)

Merci pour tes mots. @ suivre...

Ndack a dit…

À Gangoueus,

Comment ? Tu n'as pas lu Zola ?! Il faut absolument que tu lises "L'Assommoir", avec Gervaise Macquart, c'est mon préféré.

Je vois la lecture que tu as du roman d'Achebe. J'ai la même, sauf que cet immobilisme ne me semble pas singulier. Pour moi, c'était pareil à la cour de Louis XVI et de Marie-Antoinette à l'arrivée des idées révolutionnaires de Robespierre, l'équivalent du pasteur qui vient avec une vision nouvelle pour diviser la société. Le Roi et la Reine ont soutenu jusqu'au bout que le pouvoir royal était divin, pas de remise en cause ici non plus, et ils se sont accrochés à cette idée jusqu'à la guillotine. Dans ce contexte, cela a conduit à la violence (interne) car la puissance des armes étaient du côté des conservateurs qui ont tenté de mater la rébellion, alors que dans le roman de Achebe, les armes (venus de l'étranger) était contre le pouvoir en place.

C'est ainsi que les missionnaires n'avaient pas pu avoir un rôle aussi déterminant dans les régions où l'Islam s'était déjà imposé. Il y a eu recours à la violence car il était plus difficile de diviser la population, celle-ci ayant déjà fait plusieurs fois l'expérience de l'infiltration étrangère et commençant aussi à assimiler la notion d'"égalité" des hommes, ne serait-ce que devant Dieu.

Le monde qui s'effondre à cause de son immobilisme c'est une loi universel pour moi. Il faut constamment se renouveler et rester à l'écoute pour survivre ici bas. C'est cela la force de l'Occident depuis ces deux derniers siècles, depuis qu'ils ont retiré le pouvoir à leurs rois, le meilleur élève de flexibilité étant les États-Unis, avec comme exemple récent le passage de Bush à Obama, qui ont représenté deux types de valeurs assez différentes ne serait-ce que symboliquement. C'est ce que l'Asie essaie de faire (Japon en tête de liste depuis l'Ère Meiji), mais de manière plus complexe, en essayant de garder son identité culturelle. L'Afrique y arrive plus difficilement car encore perturbée par son rapport passé avec l'Occident, mais les efforts sont réels. Les peuples aborigènes d'Australie tiennent aussi le coup. Par contre, là où l'immobilisme fait encore rage pour moi c'est dans la façon dont sont traités les peuples amérindiennes de l'Amérique du Nord. Au Québec, les réserves amérindiennes sont encore régies par des lois qui datent de 1876. De ce que j'en ai compris, leur culture n'est pas reconnue comme faisant parti intégrante de la culture officielle de base du pays: par exemple, aucune de leurs langues n'est encore enseignée dans les écoles publiques. La domination à ce niveau continue aussi tranquillement car c'est une colonisation de peuplement (extrêmement massive en plus) qui a eu lieu en Amérique.

Sur les peuples autochtones au Québec: http://www.radio-canada.ca/nouvelles/dossiers/autochtones/index.html

À plus !

GANGOUEUS a dit…

Cher Ndack,

Tu dis : J'ai la même, sauf que cet immobilisme ne me semble pas singulier. Pour moi, c'était pareil à la cour de Louis XVI et de Marie-Antoinette à l'arrivée des idées révolutionnaires de Robespierre
Les idées révolutionnaires de Robespierre se mettent en place à cause d'une inégalité sociale de fait. Il fallait repenser le modèle. Il y a une réaction face à l'immobilisme de l'Ancien Régime sauf qu'ici, le moteur de cette révolte est interne, justement. Et on pète le système. Les idées révolutionnaires se sont nourris d'un siècle des lumières où de nombreuses questions sont soulevées par les intellectuels de ce temps.

Il n'est pas possible de faire une comparaison avec l'immobilisme du clan ibo d'Okonkwo. Ce clan se refuse à toute possibilité de remise en cause de ses valeurs. Les remettre en question ne signifie pourtant pas les rejeter. C'est la toute la singularité de cet immobilisme. Pour appuyer ma thèse j'évoquerais le Japon qui a également connu ce contact avec l'extérieur "occidental" avec une réaction qui semble très différente.

GANGOUEUS a dit…

Cher Ndack,

Tu dis : J'ai la même, sauf que cet immobilisme ne me semble pas singulier. Pour moi, c'était pareil à la cour de Louis XVI et de Marie-Antoinette à l'arrivée des idées révolutionnaires de Robespierre
Les idées révolutionnaires de Robespierre se mettent en place à cause d'une inégalité sociale de fait. Il fallait repenser le modèle. Il y a une réaction face à l'immobilisme de l'Ancien Régime sauf qu'ici, le moteur de cette révolte est interne, justement. Et on pète le système. Les idées révolutionnaires se sont nourris d'un siècle des lumières où de nombreuses questions sont soulevées par les intellectuels de ce temps.

Il n'est pas possible de faire une comparaison avec l'immobilisme du clan ibo d'Okonkwo. Ce clan se refuse à toute possibilité de remise en cause de ses valeurs. Les remettre en question ne signifie pourtant pas les rejeter. C'est la toute la singularité de cet immobilisme. Pour appuyer ma thèse j'évoquerais le Japon qui a également connu ce contact avec l'extérieur "occidental" avec une réaction qui semble très différente.

Ndack a dit…

Cher Gangoueus,

Je comprend mieux ce que tu veux dire. Mais je doute que tout le monde dans le clan d'Okonkwo se refuse pas à toute possibilité de remise en cause de ses valeurs. Okonkwo oui, ainsi que les hommes de pouvoir dans le clan, mais parmi les autres, il y en a qui ne sont pas d'accord avec le système car ils ont été ensuite les premiers à se détacher du clan et à suivre les missionnaires. Ainsi, après avoir été banni, Okonkwo revient au village pour y trouver des partisans du modernisme. Si le monde s'est effondré aussi "facilement" c'est parce qu'il n'était pas solide au départ: des dissensions devaient commencer à germer depuis longtemps même si les questionnements restaient non dits (notamment chez les femmes dans cette société régie par le patriarcat). Je ne pense pas que les Blancs soient juste venus et aient réussi à "blaguer" comme ça certains de nos frères comme les chefs du clan veulent le croire. Les missionnaires ont donné à ceux qui se posaient naturellement des questions l'opportunité de manifester leur désapprobation par rapport à certaines traditions du clan.

Citation:
"Le Blanc est très malin. Il est venu tranquillement et paisiblement avec sa religion. Nous nous sommes amusés de sa sottise et nous lui avons permis de rester. Maintenant il a conquis nos frères, et notre clan ne peut plus agir comme un seul homme. Il a placé un couteau sur les choses qui nous tenaient ensemble et nous sommes tombés en morceaux."

Je pense que ceci est le coeur de la thèse de Achebe. Et ce que je veux dire c'est que ces "choses qui les tenaient ensemble" allaient tôt au tard se fragiliser car rien ne résiste au temps. Cela prend juste plus de temps dans les régions avec de bonnes terres (moins de chance de révolte interne quand tout le monde mange à sa faim - la base de la révolution française c'était cela "Du Pain !") et qui sont plus difficiles d'accès de part les forêts et les montagnes (influence extérieure). Mais ce clan aurait forcément fini par avoir leur Robespierre au moindre mécontentement prolongé mais le Blanc est venu avant, tout simplement, et a imposé un traumatisme brutal à une société qui n'en était pas là dans son évolution interne.

La différence avec le Japon, c'est que le Japon est un peuple qui avait une tradition pas mal impérialiste, depuis le 16è siècle au moins, notamment avec la Corée. Et comme c'est presque toujours le cas avec l'impérialisme, c'était pour des raisons économiques vu qu'il s'agit là d'une péninsule (ce sont les peuples qui ont le moins de ressources naturelles qui ont toujours le plus cherché à conquérir d'autres terres). Le Japon ne cherchait pas seulement à survivre tranquillement dans son coin, mais aussi à dominer, à conquérir par la guerre. D'où sa lancée vers le modernisme après le contact d'avec l'Occident. Ce clan Ibo quant à lui avait tout ce dont il avait besoin sur son territoire, ne cherchait pas à conquérir le village voisin (d'où le sacrifice d'Ikemefuna pour éviter la guerre) et tout ce que le pouvoir en place désirait en gros c'était de pouvoir continuer tranquillement à cultiver la terre et à organiser la Fête de la nouvelle igname chaque année... Et cela allait continuer ainsi jusqu'au jour où des dissensions surviendraient, que cela soit de l'intérieur (quand la récolte d'igname ne sera plus aussi bonne !) ou de l'extérieur (parce que les récoltes en Angleterre n'étaient pas très bonnes !).

En résumé, pour moi les sociétés humaines évoluent de la même façon en général, mais le timing est différent pour chacune d'elle, selon sa situation géographique et économique. Plus le sol est restreint et pauvre, plus vite le système social changera à l'intérieur... et à l'extérieur aussi - malheureusement d'ailleurs pour l'extérieur car nous n'étions pas prêts nous !

À bientôt !

GANGOUEUS a dit…

Effectivement, chère Ndack, ce n'est pas tout le clan qui adhère.
C'est l'élite qui dérape.
C'est d'ailleurs toute l'intelligence de ce roman. Je ne sais pas si tu te souviens de cette mère de famille qui était tourmentée d'avoir abandonné ses jumeaux dans la forêt comme le stipulait les croyances du clan. Elle est la première à se jeter dans les bras de la nouvelle église du village.

Tu remarqueras, et je pense aussi que c'est ce qui fait l'actualité de ce roman, que sans vouloir dresser de généralités, les élites africaines restent enfermées dans cet immobilisme. Il n'y a qu'à voir comment beaucoup d'entre nous ont dù mal à ne pas se cabrer sur leurs positions quand on évoque la responsabilité de l'africain dans les différentes traites d'esclaves par exemple. La raideur des élites se différencient très peu de l'approche d'Okonkwo. Sinon, ils passent à un autre extrême en rejetant complètement leur système de valeurs.

Si le monde s'est effondré aussi "facilement" c'est parce qu'il n'était pas solide au départ
Totalement d'accord avec toi. Il faut le dire, certaines croyances sont complêtement absurdes. Achebe n'explore pas l'essence de ces infanticides, la question de l'ogbanje ou encore la question du bois sacré. Il constate que ces croyances n'ont pas pesé lourd face aux valeurs et la foi des missionnaires. Un monde de croyances, de fables s'écroule également. Dans ce cas de figure, l'élite local est dépassée. Alors que le vrai défi était justement après ce premier constat de laisser l'évangile questionnée cette culture ibo et extraire les croyances malsaines...

Tu remarqueras que cette interpellation était possible avec le premier pasteur qui a fait montre d'une ouverture d'esprit et d'une détermination à vivre et partager sa foi. J'insiste sur cette première rencontre, parce qu'ici le missionnaire ne travaille pas en collaboration directe avec le colon.

Le cheminement de mon point de vue pourrait te surprendre, mais c'est justement la force des occidentaux qui ont reçu cet évangile venu d'Orient et qui l'ont progressivement, à partir du 1è siècle ap J.C, au fil des siècles laissé modeler et extraire les croyances héritées du paganisme.

Là-dessus, je ne suis pas sur qu'Achebe partage mon opinion.

Tu remarqueras que les nations pénétrées par l'Islam (tu l'as exprimée déjà d'ailleurs plus haut) ont mieux résisté sur le plan culturel à l'invasion européenne. Quelque part, la doctrine islamique a eu le temps de fortifier pendant plusieurs siècles des sociétés animistes, païennes. Et surtout, au Sénégal, les élites ont réussi à produire une lecture propre du Coran.

@ suivre...

Ndack a dit…

Merci Gangoueus pour l'exemple de cette femme qui avait perdu ses jumeaux, c'était exactement le type d'illustration que je voulais faire mais je ne me souvenais plus des détails du livre.

Je me souviens quand j'étais au lycée que cela m'avait marqué tous ces infanticides sans que l'on demande l'avis des principaux concernés, à savoir les parents. Il fallait se plier à ces coutumes, qui ne sont pas tombés du ciel non plus et ont été régies par des individus. Une vraie dictature ! Et personnellement, je suis très contente d'être née et de vivre dans une époque et dans des lieux où le choix de la pratique de sa culture et de sa religion est de plus en plus individuelle, et où les lois fondamentales qui régissent la vie en société sont choisis de plus en plus par la grande masse de la population. Bien sûr il y a des inconvénients aussi dans notre mode de vie actuel et peut-être qu'en réalité il n'est pas meilleur (nous vivons des dictatures plus complexes - voire crise actuelle). Mais je choisis subjectivement de croire que nous avons quand même évolué vers quelque chose de meilleure, c'est plus intéressant comme ça !

Je vois tout à fait ton point concernant les élites africaines. Car c'est justement cet immobilisme des élites qui nous ralentit (je m'inclus là-dedans). Tellement de nos modèles de dynamisme sont morts avant d'avoir pu réaliser leurs rêves (Lumumba, Sankara,...), du coup nous manquons de courage. Notamment celui de faire à grande échelle l'autopsie de notre histoire et de notre vécu, mais en disant tout, et en allant jusqu'au bout - comme dans ce roman. Ou comme Mabanckou tente de le faire à sa façon (on en avait parlé d'ailleurs). Il en faut plus, beaucoup plus. Ensuite, il nous faut avoir aussi le courage de mener le processus de décolonisation à son terme pour de bon. La françafrique par exemple existe encore. Et quand je vois les États-Unis et la Chine resserrer leurs liens et discuter du pétrole africain, ma foi, il y a urgence...

Mais si l'élite ne bouge pas plus, le peuple africain lui ne dort pas. Il y va de sa survie. Malheureusement, quand le peuple n'est pas content, cela finit souvent en catastrophes dans la rue. Mais qu'importe, il a du courage lui. Le temps de reprendre ses esprits après les traumatismes du passé, il montre de plus en plus sa compréhension du système, même si celui-ci est complexe, et commence à dire "non":
- et à ses élites (exemple récent des élections locales au Sénégal où le Président Wade très surpris a reçu quelques jets de pierre et une défaite cinglante aux urnes).
- et au reste du monde (Voir: http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2340).

D'ailleurs dans cet interview ci-dessus de Ziegler qui est européen, tu noteras que de son côté il fustige l'immobilisme (et même le négationnisme) du Nord face à la clameur de plus en plus menaçante du Sud. On se souvient du cas de la Côte-d'Ivoire, de ces mères blondes aux yeux bleus qui prenaient l'avion pour rentrer en France sous les jets de pierre et les invectives des populations et qui ne comprenaient pas d'où est-ce que cette haine provenait...

A+

Moïse a dit…

MERCI à tous les deux pour votre discussion qui m'aide à propos du travail de recherche que nous a donné notre enseignant.En fait,il s'agit de faire une étude comparative sur le thème de la religion dans Le Monde s'effondre et La Cinquième Montagne(Paolo Coelho). D'ailleurs,si vous avez dejà lu ces deux oeuvres,puis-je avoir votre avis à ce sujet?
MERCI,et à bientôt je l'espère.

GANGOUEUS a dit…

Bonjour Moïse,

Je n'ai lu que l'Alchimiste de Paolo Coehlo. Je ne te serai donc d'aucun secours. Bon courage pour tes travaux.

@+

Mapandza a dit…

Bonjour,

Le monde s'effondre: je crois que c'est le premier livre que j'ai lu. Je devais avoir 9 ou 10ans, je l'avais piqué à mon grand-frère, collégien, qui en parlait sans cesse. Depuis je suis à la recherche d'un exemplaire. Quelqu'un sait où l'on peut se le procurer. Je précise que je suis en région parisienne.

Merci.

GANGOUEUS a dit…

Bonjour Mapandza,

Tu peux te procurer ce roman chez Présence africaine, au 25 rue des écoles, dans le 6ème arrondissement de Paris (Métro 10 Cardinal Lemoine). Mais je pense que si tu le demandes à la Fnac, ils peuvent te le commander. Sinon tu as aussi la possibilité de passer commande sur Amazon...

N'hésite pas à le relire, le regard d'un enfant de 10 ans est différent de celui d'un adulte sur les questions fondamentales que pose le nigérian.

Bienvenue!

Mapandza a dit…

J'ai enfin pu me le procurer,en anglais, par hasard dans une brocante. Il était bradé, c'est à croire que son ancien propriétaire ignorait ce qu'il possédait. Comme je m'en doutais un peu, il est excellent. Seule déception: je ne me rappelle pas grand-chose, j'aurais bien aimé replonger une vingtaine d'années en arrière.

GANGOUEUS a dit…

Bonjour Mapandza, Présence Africaine n'avait plus d'exemplaires en français? Dommage.
Concernant votre déception, je ne la comprends pas bien. Est-ce le sujet qui vous ne retenez pas?

Mapandza a dit…

Bonjour Gangoueus,

Ma déception n'a absolument rien à voir avec l'oeuvre, que je trouve, je le rappelle, excellente. Comme dit dans un précédent post, je l'ai lue pour la première fois je devais avoir 10 ans. j'espèrais juste que certains passages me replongeraient à cette merveilleuse période de ma vie.

GANGOUEUS a dit…

Je ne suis pas remonté à la première contribution... Je pense que c'est un peu normal. J'imagine que si je l'avais à cet âge là, je me serai surement ennuyé...

Mapandza a dit…

Moi non, je me rappelle l'avoir adoré. Mon grand-frère en parlait tellement. C'est justement ce qui me déçois un peu: ne pas m'en rappeler alors que j'avais aimé.

Jean Pierre T a dit…

Je cherche ce livre pour l'offrir à mon fils mais il n'est plus en librairie car il n'est plus édité. Qui pourrait m'aider à le trouver (contact sur t_jeanpierre1958@orange.fr
Merci de vos précieux renseignements.

GANGOUEUS a dit…

Cet ouvrage est épuisé sur Amazon et il n'est pas disponible chez Présence Africaine... Il faut espérer une réimpression...

Françoise a dit…

Merci à toi, cher Gangoueus, de m'avoir permis de lire ce roman introuvable .C'est un livre superbe, tant par son écriture que par son contenu.On sent que l'auteur maîtrise complètement ce qu'il raconte, les descriptions de cette vie quotidienne avec ses traditions, ses rituels, et le chamboulement progressif à l'arrivée du blanc et de sa religion.On peut avoir différentes lectures de ce roman, soit le prendre comme la peinture d'une civilisation africaine avant et pendant l'évangélisation ....le tableau est superbement peint, malgré tout, le drame final laisse penser que l'auteur se pose la question : est ce un bienfait, cette intrusion dans une société qui était structurée avec ses traditions ?

GANGOUEUS a dit…

Chère Françoise,

Je suis content que tu aies pu lire cet ouvrage qui m'est très précieux.

J'aimerai d'abord dire que ce roman n'est pas au niveau du style le texte le plus passionnant qu'il m'ait été donné de lire. Par contre, Achebe intègre très bien les personnages dans le contexte qu'il veut brosser. Aussi Okonkwo est intéressant à suivre. Il n'en fait pas un héros. C'est d'ailleurs une inspiration délicieuse, pour que l'identification ne prenne pas trop de place dans le bouquin. Car pour lui, l'important est la description de ces deux systèmes de valeurs qui vont s'entrechoquer. J'insiste sur le terme de "système de valeurs". Car si tu y réfléchis bien, dans un premier temps, ce n'est pas de religion dont parle Achebe. Il parle d'organisation sociale avec des aspects positifs comme d'autres négatifs (à l'instar des infanticides par exemple). Comme il a une très bonne connaissance doctrinale de l'Evangile, il montre avec le premier missionnaire comment dans l'échange, les systèmes de valeur se mettent en regard, sans forcément qu'il y ait un jugement. Les populations qui observent ce dialogue sans heurts physiques, peuvent apprécier les manquements et les croyances à remettre en cause.
Et en filigrane, Achebe, au moment où il écrit ce texte dit simplement que si les postures n'avaient pas été trop défensives, si une remise en cause des sages quand les chrétiens à bâtir une église dans le bois sacré, avait été possible, la fracture aurait été moins grande.

Le fin d'Okonkwo est très révélatrice d'un certain dogmatisme et conservatisme encore très présent chez de nombreux intellectuels africains, ne voyant dans le christianisme qu'un système exterieur qui ne peut être costumizé ou plutôt que ne peut influencer sans détruire nos cultures. Ce qui est faux, jusqu'à ce que le second pasteur entre en scène...

Anonyme a dit…

je dois faire une interpretation sur la mort d'Okonkwo dans un exposé et je ne sais même pas ce que veut dire le sujet aidez moi s'il vous plaît.

GANGOUEUS a dit…

Cher anonyme, pouvez-vous signer votre article, c'est une marque de respect.

Concernant votre question, avez-vous lu le livre?

william a dit…

MORT D'OKONKWO:je suis désolé si je vous es vexé.c'est l'anonyme je suis entrain de le lire mais sincèrement je ne comprend pas l'histoire jusque là

GANGOUEUS a dit…

Bonjour William,

Je vous conseille de lire l'histoire jusqu'au bout. Et une fois que vous aurez terminé on en discute. Il s'avère que j'ai un avis très particulier sur la mort d'Okonkwo.

WILLIAM a dit…

bonsoir j'ai commencer à lire et je suis au milieu.Ne pourriez vous pas commencer à m'aider.

GANGOUEUS a dit…

Ne comptez pas sur moi pour faire le travail à votre place. Comme je vous l'ai indiqué, vous aurez les clés une fois que vous aurez terminé le roman. Je pourrai vous apporter alors une analyse personnelle sur la mort d'Okonkwo et la dimension symbolique qu'elle porte.

William a dit…

Bonsoir je ne suis pas si paresseux.Je voulais savoir comme devrai-je poser mon plan et ce que je devrais comprendre par cette interpretation car c'est ma première fois.je suis en 2de C.

GANGOUEUS a dit…

OK. Notez bien l'évolution, son ascension progressive du personnage d'Okonkwo, dans son clan. Il est important d'analyser ses objectifs de vie. Puis sa gaffe et son exil dans son clan maternel.

Le drame d'Okonkwo se révèle à son retour dans son clan paternel. Quels sont les motifs qui entraînent sa mort? Pourquoi la mort est la seule alternative? Pourquoi, ne peut-il pas s'adapter à la nouvelle donne? Tout est dans son ambition dans un cadre complétement chamboulé.

L'idée est donc de noter tous les points de rupture entre la société avant son départ et après son retour. Et d'analyser ce que représente la mort de ce personnage.

William a dit…

Bonsoir merci beaucoup pour votre aide.Je commence à mieux comprendre l'histoire

Anonyme a dit…

bonjour, pourriez vous s'il vous plait de me développer le processus de l'effondrement selon l'ouvrier de chinua achebe le monde s'effondre

GANGOUEUS a dit…

Lisez le bouquin, vous comprendrez. Une fois la lecture faite, on pourra en discuter.

Anonyme a dit…

ce livre m'a été imposé par mon prof de français a l'école mais quand je l'ai lus moi seule sais a quel point j l'ai aprécié just pour dir que j'ador ce ouvrage.je mappelle rosemonde kpegba j vie au togo j'ai 15ans et j suis en 1ère D

junior a dit…

bonjour a ts!excusez moi pour cela mais j'orai besoin que vous m'aidiez je dois exposer sur l'arrivée des missionnaire blancs.s'il vous plait!j'ai pas de roman.alors aidez moi!de grace expliquez moi ce que cela va en quelque sorte engendrer.je suis gabonais en classe de scnd.si c'est possible retrouvez moi sur facebook.mon identifiant est:junior evoung.merci d'avance.

Anonyme a dit…

Bonjour,

Je suis à la recherche de " Le monde s'effondre" de ACHEBE.
En version francaise, ce livre est épuisé, et n'est plus édité. Quelqu'un saurait-il ou je peux acheter cet ouvrage, même d'occasion ?
mon email : francoiswad@yahoo.fr
Merci

Anonyme a dit…

bonjour
je voudrais savoir le nombre de pages de ce roman

Anonyme a dit…

Pouvez-vous me résumer chaque partie de ce roman?

Traversées africaines a dit…

TOUT S'EFFONDRE, c'est le titre de la nouvelle traduction du livre de CHINUA ACHEBE qui vient de paraître chez Actes Sud. Bonne initiative, car le livre est culte chez les anglophones et était épuisé. TRAVERSÉES AFRICAINES en a fait une PRÉSENTATION CRITIQUE sur son site (LIRE). Nous avons tenté de donner des repères pour ceux qui souhaitent "ENTRER EN LITTÉRATURES AFRICAINES". Nous espérons contribuer à faire aimer ce livre.
Bonne lecture.