Aku-nna (La richesse de mon père en ibo) est une jeune adolescente qui vit à Lagos, la grande métropole nigériane. Elle partage son existence avec son père, ancien soldat de l’armée coloniale britannique revenu de lointains fronts marqué par un handicap récurrent à sa jambe (Il est chef de moulage dans les chemins de fer du Nigéria), avec sa mère Ma Blackie et son jeune et insouciant frère Nna-Ndo. Aku-nna, jeune élève brillante, espère faire un beau mariage dont son père pourra se réjouir. Malheureusement, ce père aimant et protecteur disparaît suite à la dégradation de sa vieille blessure de guerre.
" Nous n’avons plus de père, il n’y aura plus d’école pour moi. C’est fini. "
pense avec Aku-nna. A raison.
Progressivement, Buchi Emecheta nous présente les survivances des coutumes liées aux funérailles ibo dans une grande ville comme Lagos, les solidarités qui se mettent naturellement en place, l’hypocrisie qui dirige certains comportements. Puis elle transporte ses observations dans le contexte rural où s'installe toute la petite famille Odia désormais sans ressource à Ibuza chez Okonkwo, frère aîné d’Ezechiel Odia.
C’est chez cet oncle très attaché aux valeurs traditionnelles que la frêle et maladive Aku-nna découvre une culture figée, machiste. On peut se demander si la référence à Okonkwo, personnage haut en couleur et extrêmement replié sur sa culture dans le roman de Chinua Achébé est le fruit du hasard. Ici, l'oncle Okonkwo intéressé par sa propre ascension sociale au sein du clan compte sur la dot d’Aku-nna, dès qu’elle présentera les premiers signes qui feront d’elle une femme.
Entre-temps elle s’attache à Chiké, un jeune enseignant dont le statut de descendant d’esclave fait de lui un paria de la communauté.
Progressivement, Buchi Emecheta nous présente les survivances des coutumes liées aux funérailles ibo dans une grande ville comme Lagos, les solidarités qui se mettent naturellement en place, l’hypocrisie qui dirige certains comportements. Puis elle transporte ses observations dans le contexte rural où s'installe toute la petite famille Odia désormais sans ressource à Ibuza chez Okonkwo, frère aîné d’Ezechiel Odia.
C’est chez cet oncle très attaché aux valeurs traditionnelles que la frêle et maladive Aku-nna découvre une culture figée, machiste. On peut se demander si la référence à Okonkwo, personnage haut en couleur et extrêmement replié sur sa culture dans le roman de Chinua Achébé est le fruit du hasard. Ici, l'oncle Okonkwo intéressé par sa propre ascension sociale au sein du clan compte sur la dot d’Aku-nna, dès qu’elle présentera les premiers signes qui feront d’elle une femme.
Entre-temps elle s’attache à Chiké, un jeune enseignant dont le statut de descendant d’esclave fait de lui un paria de la communauté.
Dans ce roman, on retrouve des interrogations que Chinua Achébé soulevait déjà dans le Monde s’effondre, à savoir la possibilité d’un questionnement de certaines tares de cette culture traditionnelle ibo. La question des castes par exemple. La différence ici est que le regard extérieur n’est plus celui d’un missionnaire occidental, mais plutôt celui d’une jeune fille africaine des grandes villes africaines. Contrairement à l’héroïne de Léonora Miano, Aku-nna ne rejete pas toute sa culture en bloc. Mais elle s’oppose au mariage forcé et à l’ostracisme qui jette aux bans de la société la famille de Chiké. Buchi Emecheta analyse enfin le poids sur l’inconscient de toutes ces croyances magico-religieuses et de leur caractère sclérosant même quand semble poindre une liberté pour les individus.
On est embarqué dans cette histoire dont la tonalité et le rythme sont parfaitement maîtrisés.
Très bel ouvrage.
Gangoueus
La dot, Buchi Emecheta
Editions gaïa (Collection 10-18)
1ère parution 1976
Traduction Maurice Pagnoux































10 commentaires:
J'adore cet auteur. J'ai lu la Cité des ...Je ne me rappelle plus la suite ! Apparemment, tu as aussi lu Léonora Miano. J'ai été vraiment marquée par Contours du jour qui vient
Bonjour Sylvie,
Je crois que le titre que tu évoques est La cité de la dèche.
C'est ma première lecture d'Emecheta. Ce ne sera pas la dernière.
Concernant L. Miano, j'ai cru retrouver l'atmosphère de L'interieur de la nuit en lisant la dot. Même univers clos, évoluant hors du temps. L'approche d'Aku-nna est toutefois moins radicale et beaucoup plus passive que celle d'Ayané.
Contours d'un jour qui vient attend patiemment dans mon coin de bibliothèque.
@+
Gangoueus
Salut gangoueus, merci d'avoir indiqué les références de ton blog dans ton dernier post sur le mien. Je viens de m'y promener et on sent ta passion pour les lettres ; tu remets au goût du jour des classiques de la littérature africaine, de toutes façons un classique par définition est tjrs une oeuvre de premier plan, est-ce à dire qu'il y aurait des livres de second plan, de seconde zone comme il y a des citoyens de seconde zone, titre d'un des romans de Buchi Emecheta ? Il y a quelques temps que j'ai découvert cette écrivaine, que j'ai appréciée. Il me reste à lire La dot et tu me donnes envie de le faire très prochainement. Quant à toi j'espère que tu as, depuis, lu les contours de Miano, qui pour moi impressionne surtout par la beauté de la langue...
Ton blog et bien illustré, première de couv des oeuvres et photo des auteurs... Et celle de l'auteur du blog donc ? On aimerait bien mettre un visage sur ton pseudo.
Bonjour Liss,
Je suis très honoré par ta visite.
Il faut dire que j'ai lu quelques unes de tes critiques de très grande qualité sur Congopage.
Merci pour tes encouragements.
"Contours d'un jour qui vient" me contemple. Triste de ne pas avoir encore été pris en main. Ca ne saurait tardé. Comme d'ailleurs, la présentation de "L'interieur de la nuit" sur ce blog. @ faire et @ suivre.
Tu poses une bonne question. La tête de l'auteur du blog. Hum, mais Gangoueus, est un personnage de la Toile...contrairement aux auteurs ou critiques littéraires ;o)
Ecoute, j'y réfléchis.
@+
Grâce à toi, j'ai appris à mieux faire connaissance de Petite Momie sur son blog. Je me rends compte que de nombreux hôtes du village de Mabanckou se "rencontrent" aussi ailleurs et se rendent visite les uns les autres, tous ou presque ayant désormais un espace personnel...
Bonjour Liss,
Disons qu'on existait avant le village d'Alain Mabanckou.
Le blog de Petite Momie est très intéressant. Morbide certes, mais elle a beaucoup de talent au niveau de l'écriture. Qu'en penses-tu?
En dehors, de Petite Momie, je ne connais personne d'autre ayant un espace perso.
Gangoueus
Ma visite rapide de son blog m'a fait penser : mais qu'est-ce qu'elle attend pour publier ? Elle est à l'évidence habitée par quelque chose qui trouverait sa place dans une oeuvre, poésie ou prose. Et cela ne se ressent pas avec la même force à travaers ses commentaires chez Mabanckou.
Totalement d'accord avec toi, chère Liss.
Je souhaite revenir sur un point. L'idée pour moi n'est pas de présenter que des classiques. Samba-Kifwani, Tima Ouamba ou encore l'ouvrage des frères Roy sur la guerre d'Angola sont loin d'être des classiques. Mais des coups de coeur ou des ouvrages utiles.
Après, je dois reconnaître que j'ai dû mal à acheter une oeuvre récente. Le risque sûrement d'être déçu me tétanise. Aussi, je lis avec attention les présentations d'oeuvres récentes africaines. Ce travail est encourageant pour les lecteurs que nous sommes, pour faire le pas vers l'oeuvre encore inconnue.
@+
Gangoueus
Excellent article ! Je l'ai linké au bas du mien. Je ne connaissais pas cet auteur avant de lire ce roman.
Vous semblez être très au fait de la littérature africaine. Je vais parcourir ce blog pour en apprendre plus.
Merci pour ces mots, schlabaya et bienvenue chez gangoueus!
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